La jeunesse de Moïse

 

 

Jacob eut douze fils qui sont les ancêtres des douze tribus d'Israël. Un des plus jeunes, Joseph, fut vendu par ses frères à des marchands d'esclaves qui l'emmenèrent en Egypte. Profitant de circonstances favorables, il accéda à la position de vice-roi d'Egypte. C'est là que sa famille, chassée d'Hébron par une famine, vint le retrouver. Quand Joseph arriva en Egypte, les pyramides et le sphinx étaient là depuis quinze siècles. Le peuple de Dieu va donc connaître dans ce pays l'une des civilisation les plus grandes et les plus belles de l'époque.

Et voici les noms des fils d'Israël venus en Egypte. Ils étaient venus avec Jacob, chacun avec sa famille : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issakar, Zabulon et Benjamin, Dan et Nephtali, Gad et Asher. Les descendants de Jacob étaient, en tout, soixante-douze personnes. Joseph, lui, était déjà en Egypte. Puis Joseph mourut, ainsi que ses frères et toute cette génération-là. Les fils d'Israël fructifièrent, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent de plus en plus forts : le pays en était rempli (Ex. 1, 1-7).

Ainsi, depuis l'époque de Joseph, Israël est devenue une nation puissante au coeur d'une autre. Il convient de noter que les descendants d'Israël se sont installés dans la campagne égyptienne à l'est du Nil, dans la terre de Goshen, toujours verdoyante grâce à l'inondation du fleuve, habilement canalisé dans les champs. A l'époque, encore plus qu'aujourd'hui, c'était une source de richesse. Les princes de l'Egypte ont pris ombrage de sa puissance, même s'ils avaient d'abord apprécié cette main d'oeuvre active. Inquiets de l'explosion démographique, ils décrétèrent des mesures de rétorsion.

C'est un changement politique qui en est l'origine. Vers 1580 avant Jésus-Christ, la monarchie des Hyksos fut renversée, ce qui entraîna un changement de situation pour les Israélites soupçonnés de sympathie pour le précédent régime politique, en raison de leurs affinités raciales. Les descendants de Jacob avaient plus ou moins collaboré avec la dynastie précédente, les Hyksos, d'origine sémite. Ceux-ci étaient venus du Nord, sans doute de Syrie, à la fin du dix-huitième siècle, les Egyptiens étaient alors divisés en rivalités dynastiques, ce dont profitèrent les envahisseurs. Les Hyksos gouvernèrent non seulement l'Egypte, mais aussi un empire considérable en Asie occidentale pendant plus d'un siècle. C'est alors que les Egyptiens commencèrent à se battre pour se libérer.

Dès que la politique changea sous l'influence des prêtres égyptiens, l'attitude de la nouvelle dynastie changea à l'égard d'Israël et des tribus étrangères qui avaient collaboré avec les envahisseurs. Les enfants d'Israël devinrent une réserve royale d'esclaves, mais, malgré cela, ils continuaient à se multiplier et à devenir puissants, ce qui exacerba la xénophobie des Egyptiens.

Alors un nouveau roi (les savants croient que ce pharaon fut Séti Ier, de 1309 à 1290, fondateur de la dix-neuvième dynastie et père de Ramsés II), qui n'avait pas connu Joseph, se leva sur l'Egypte. Il dit à son peuple : Voici que le peuple des fils d'Israël est trop nombreux et trop fort pour nous. Prenons donc de sages mesures contre lui pour qu'il cesse de se multiplier. En cas de guerre, il se joindrait lui aussi à nos ennemis, il se battrait contre nous et il sortirait du pays. On lui imposa donc des chefs de corvée pour le réduire par des travaux forcés, et il bâtit pour Pharaon des villes-entrepôts, Pitôm et Ramsés. Mais plus on voulait le réduire, plus il se multipliait et plus il éclatait, on vivait dans la hantise des fils d'Israël. Alors les Egyptiens asservirent les fils d'Israël avec brutalité et leur rendirent la vie amère par une dure servitude : mortier, briques, tous travaux des champs, bref toutes les servitudes qu'ils leur imposèrent avec brutalité (Ex. 1, 8-14).

C'est dans un contexte de racisme et d'antisémitisme que se pose la question de la survie du peuple de Dieu, d'autant plus que les mesures de rétorsion du pharaon deviennent de plus en plus sévères. Ces Hébreux étaient une source de profit, il eut été de bonne politique de conserver en vie cette main d'oeuvre bon marché. Mais la xénophobie est souvent pleine de contradictions et irrationnelle. Non content de réduire Israël à l'esclavage, un nouveau pharaon veut en plus exterminer la race en faisant supprimer les enfants mâles... Ainsi serait assuré l'anéantissement de la communauté. Comment peut-on encore croire en la promesse de Dieu quand les enfants sont menacés de destruction ?

Le roi d'Egypte dit aux sages-femmes des Hébreux, l'une s'appelait Shifra et l'autre Poua : Quand vous accouchez les femmes des Hébreux, regardez le sexe de l'enfant. Si c'est un garçon, faites-le mourir. Si c'est une fille, qu'elle vive. Mais les sages-femmes craignaient Dieu... et le peuple se multiplia et devint très fort. Pharaon ordonna à tout son peuple : Tout garçon nouveau-né, jetez-le au fleuve ! Toute fille, laissez-la vivre ! (Ex. 1, 15-21).

La disposition visant à faire mourir les nouveaux-nés est en contradiction avec l'économie sociale fondée sur l'esclavage, celle-ci devant plutôt favoriser l'explosion démographique pour augmenter la main d'oeuvre masculine au lieu de la supprimer. A un moment critique de son histoire, le peuple, qui s'était plus ou moins détourné du Dieu de ses pères pour ne plus se soucier que de sa seule croissance et de son pouvoir, se retourne vers son Dieu qui, seul, pouvait le sauver de l'oppression et de la servitude en Egypte. Ramsés II, connu dans l'histoire comme guerrier et comme bâtisseur, fut le dernier grand roi de l'Egypte. Il exigea de ses sujets et des hébreux, à demi assimilés, des efforts gigantesques. C'est lui le pharaon persécuteur dont parle le livre de l'Exode.

C'est dans ce climat dramatique que vient au monde Moïse, descendant de Lévi par son père et par sa mère. Il sera choisi par Dieu pour prendre la tête du peuple. Il est d'abord sauvé au moment de sa naissance, puis adopté comme fils par une princesse égyptienne. Mais il est surtout le fils d'une femme des Hébreux qui, pour le sauver de la condamnation à mort qui pesait sur chaque enfant mâle, décida de l'exposer sur le fleuve dans une corbeille de roseaux, espérant qu'il obtiendrait la faveur de la princesse qui se baignait régulièrement à cet endroit. Ce récit s'inspire de la légende qui entourait la naissance et l'enfance de Sargon...

Un homme de la famille de Lévi avait épousé une fille de Lévi. La femme conçut, enfanta un fils, vit qu'il était beau et le cacha pendant trois mois. Ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui trouva une caisse en papyrus, l'enduisit de bitume et de poix, y mit l'enfant et le déposa dans les joncs sur les bords du Fleuve. La soeur de l'enfant se posta à distance pour voir ce qui lui adviendrait. Or, la fille de Pharaon descendit se laver au Fleuve. Elle vit la caisse parmi les joncs et envoya sa servante le prendre. Elle ouvrit et regarda l'enfant, c'était un garçon qui pleurait. Elle eut pitié de lui : C'est un enfant des Hébreux, dit-elle. Sa soeur dit à la fille de Pharaon : Veux-tu que j'aille appeler une nourrice chez les femmes des Hébreux ? Elle pourrait allaiter l'enfant pour toi. Va, lui dit la fille de Pharaon. Et la jeune fille appela la mère de l'enfant. Emmène cet enfant et allaite-le moi, lui dit la fille de Pharaon, et c'est moi qui te donnerai un salaire. La femme prit l'enfant et l'allaita. L'enfant grandit, elle l'amena à la fille de Pharaon, il devint pour elle un fils et elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l'ai tiré des eaux (Ex. 2, 1-10).

Moïse est élevé à la cour du Pharaon, il reçoit l'éducation d'un véritable prince de l'Egypte, mais il découvre aussi son appartenance à la nation des Hébreux. Il prend le parti d'un des esclaves et tue un chef de corvée égyptien. Contraint à l'exil, il s'enfuit dans le désert où il devient berger pour le compte de Jéthro, prêtre de Madian, dont il épousera une des sept filles. Il réfléchissait sans doute beaucoup tandis qu'il parcourait avec ses moutons les vastes étendues du Sinaï, il pouvait comprendre peu à peu le mystère qu'il n'avait pas saisi lors de sa jeunesse au milieu des Egyptiens polythéistes. Un jour, alors qu'il faisait paître le troupeau de son beau-père, il parvient au mont Horeb (autre nom pour désigner le Sinaï), c'est là qu'il eut une vision sous la forme d'un buisson qui brûlait sans se consumer. Dieu lui donne alors l'ordre de libérer le peuple hébreu et de le conduire vers un bon pays.

L'ange du Seigneur apparut à Moïse dans une flamme de feu au milieu du buisson. Moïse regarda, le buisson était en feu, et le buisson n'était pas dévoré. Moïse dit : Je vais faire un détour pour voir cette grande vision, pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour pour voir, Dieu l'appela du milieu du buisson : Moïse ! Moïse ! Il dit : Me voici ! Il dit : N'approche pas d'ici ! Retire de tes pieds tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. Il dit : Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. Moïse se voila la face car il craignait de regarder Dieu. Le Seigneur dit : J'ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses gardes-chiourmes. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel. Va maintenant, je t'envoie vers Pharaon, fais sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël... Moïse dit à Dieu : Voici ! Je vais aller vers les fils d'Israël et je leur dirai : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. S'ils me disent : Quel est son nom ? Que leur dirai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis qui je serai. Il dit encore : Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : Je suis m'a envoyé vers vous... Le Seigneur, Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous. C'est là mon nom à jamais, c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge (Ex. 3, 3-14).

Après avoir entendu son ordre de mission, Moïse demande à Dieu qui il est. Et la réponse apparaît comme étrange, singulière. Il se définit comme celui qui est présent, un Dieu qui demeure avec son peuple. La réponse, en hébreu est : Je suis qui je suis, autrement dit : je refuse de donner mon nom. De même, on peut comprendre : Je suis celui qui est, en comparaison des autres dieux qui ne sont que des néants. La version grecque de la Bible hébraïque, version dite des Septante, a adopté cette interprétation, soulignant ainsi le concept de l'existence de Dieu, que le peuple d'Israël ne mettait pas en doute. En comprenant : Je suis qui je serai, le nom de YHWH devient le lieu d'une histoire qui va se nouer entre Dieu et les hommes. C'est dans l'histoire des hommes que Dieu manifestera peu à peu qui il est. La réponse faite à Moïse est à la fois une révélation et un refus de se révéler complètement. C'est seulement dans les événements de l'exode et dans le cours ultérieur de l'histoire du salut que Moïse et tout le peuple pourront comprendre plus précisément qui est le Dieu qui est entré en relation avec eux, dans le cadre d'une alliance, au Sinaï. Dans la pensée sémitique, le nom désigne la personne, et appeler quelqu'un par son nom, c'est exercer un pouvoir sur lui. Il n'est pas permis à l'homme de nommer Dieu, il lui suffit de savoir qu'il est une personne présente et qui manifeste sa présence en accomplissant ce qu'il dit.

En un éclair de lucidité, tout pouvait prendre place dans l'esprit de Moïse : les événements du passé, le choix que Dieu avait fait de lui depuis sa naissance et le destin qu'il avait connu à côté de son peuple. Chaque moment de sa vie avait un rôle précis pour l'amener à jouer un rôle dans l'existence de son peuple d'origine. Pour tenir ce rôle, Moïse se trouvait quand même peu équipé, il hésitait, énumérait ses faiblesses. Il s'exprimait avec difficultés : les légendes d'origine biblique font de lui un bègue, son frère Aaron lui servira de porte-parole. Il craignait que son peuple ne veuille pas le suivre : Dieu lui donnera des signes, changeant son bâton en serpent puis de nouveau en bâton, rendant sa main lépreuse puis la guérissant immédiatement. Et, c'est à nouveau le silence de Dieu. Moïse reste seul avec comme mission à accomplir la délivrance de son peuple

Moïse repart en Egypte, alerte ses frères, mais Pharaon refuse de les laisser partir. Et c'est l'affrontement de Dieu et de Pharaon qui commence par les dix plaies qui s'abattent sur l'Egypte, dix catastrophes qui vont finir par faire plier l'orgueil de Pharaon :

D'abord, les eaux du Nil furent changées en sang,

puis vint la plaie des grenouilles,

puis les moustiques attaquèrent bêtes et gens,

la vermine, les taons envahirent les maisons égyptiennes,

la peste s'abattit sur le bétail des Egyptiens,

puis les furoncles couvrirent les personnes,

la grêle tomba sur les sols égyptiens,

les sauterelles poursuivirent l'aridité du sol,

les ténèbres recouvrirent le pays.

Ces catastrophes qui semblent naturelles, le peuple d'Israël considère qu'elles ont été voulues par Dieu pour frapper le Pharaon au coeur même de sa puissance et de sa prétention à la divinité. Les premières plaies qui frappaient l'Egypte étaient des catastrophes aptes à mettre en question les choix du Pharaon.

La composition littéraire de ces récits permet de voir dans ces plaies, qui semblent des phénomènes naturels courants dans la région du Nil, une série de châtiments destinés à punir l'obstination du Pharaon et des miracles voulant montrer la puissance de Dieu. Même s'il s'agit de phénomènes naturels, comme le fait que les eaux du Nil deviennent rouge-sang après la décomposition de certains champignons, ou comme le fait que le vent brûlant du désert amène des nuées de poussière qui obscurcissent le ciel plusieurs jours, il est certain que Moïse interprète des faits comme des signes de la puissance de Dieu qui se manifeste. Dieu est le maître de l'histoire et des événements, il combat victorieusement pour son peuple.

C'est la dixième plaie, la mort des premiers-nés, qui est la plus cruelle et la plus particulièrement horrible. Elle permettra de venir à bout de la résistance du Pharaon, après l'extermination des premiers-nés de l'Egypte. Les enfants d'Israël ont été protégés par un signe en liaison avec le repas de la Pâque. Car la Pâque comportait deux éléments : la protection d'Israël par le sang de l'agneau qui est répandu sur les montants et le linteau des portes, et le repas composé de l'agneau immolé, rôti, mangé avec des herbes amères (laitues, chicorées...) et des pains azymes (sans levain). Ce repas est appelé à marquer le passage, la Pâque du Seigneur au-dessus des enfants d'Israël pour les épargner, tout comme il anticipe le passage de la Mer Rouge qui va se produire.

Dans le pays d'Egypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera le commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël : le dix de ce mois, que l'on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle prendra avec elle son voisin le plus proche, selon le nombre de personnes. Vous choisirez l'agneau d'après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d'un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour du mois. Dans toute l'assemblée de la communauté d'Israël, on l'égorgera au coucher du soleil. On prendra du sang que l'on mettra sur les deux montants et le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du Seigneur. Cette nuit-là, je traverserai le pays d'Egypte, je frapperai tout premier-né au pays d'Egypte, depuis les hommes jusqu'au bétail. Contre tous les dieux de l'Egypte, j'exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang et je passerai : vous ne serez pas atteint par le fléau dont je frapperai le pays d'Egypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C'est une loi perpétuelle : d'âge en âge, vous la fêterez (Ex. 12, 1-14).

Vient alors le jour du départ, la Pâque, fête du printemps, qui prendra alors un sens nouveau, celui du passage de Dieu libérant son peuple.

Au milieu de la nuit, le Seigneur frappa donc l'Egypte en ses premiers-nés. Une clameur monta dans tout le pays. Pharaon convoqua Moïse et Aaron et leur donna l'ordre du départ, les Egyptiens pressèrent les Israélites à partir au plus vite en leur offrant des bijoux et des objets précieux pour hâter leur départ.

Après le départ du peuple d'Israël, tribu par tribu, clan par clan, soit six cent mille hommes de pied, sans compter leur famille, Pharaon change d'avis : les premiers-nés étaient enterrés, la vie commençait à redevenir normale dans tout le pays. Rien ne manquait plus à l'économie du pays, sinon la présence des esclaves. Le Pharaon et ses ministres, qui n'étaient déjà plus sous le coup des catastrophes, décident de se lancer à la poursuite des fuyards. L'armée égyptienne les rejoint au bord de la mer. La panique s'installe alors chez les Israélites (ainsi que vraisemblablement un nombre important d'Egyptiens qui s'étaient joints à la colonne des fuyards), coincés entre la mer et leurs ennemis. Mais Dieu combat pour son peuple.

Les fils d'Israël, voyant les Egyptiens lancés à leur poursuite, étaient effrayés. Le Seigneur dit à Moïse : Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d'Israël de se mettre en route. Toi, lève ton bâton, étends le bras contre la mer, fends-la en deux, et que les fils d'Israël pénètrent dans la mer à pied sec. Et moi, je vais endurcir le coeur des Egyptiens, ils pénétreront derrière eux dans la mer, je triompherai pour ma gloire de Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses guerriers. Les Egyptiens sauront que je suis le Seigneur quand j'aurai triomphe pour ma gloire de Pharaon, de ses chars et de ses guerriers. Moïse étendit la main sur la mer. Le Seigneur refoula la mer toute la nuit par un vent d'est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent et les fils d'Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Egyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux jusqu'au milieu de la mer. Aux dernières heures de la nuit, le Seigneur observa l'armée des Egyptiens, et il la mit en déroute. Il faussa les roues de leurs chars et ils eurent beaucoup de peine à les conduire. Les Egyptiens s'écrièrent : Fuyons devant Israël, car c'est le Seigneur qui combat pour eux contre nous. Le Seigneur dit à Moïse : Etends la main, que les eaux reviennent sur l'Egypte, sur ses chars et ses cavaliers. Moïse étendit la main sur la mer. A l'approche du matin, la mer revint à sa place habituelle, tandis que les Egyptiens fuyaient à sa rencontre. Et le Seigneur se débarrassa des Egyptiens au milieu de la mer. Les eaux refluèrent et recouvrirent toute l'armée de Pharaon, ses chars et ses guerriers, qui avaient pénétré dans la mer à la poursuite d'Israël. Il n'en resta pas un seul. Mais les fils d'Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Ce jour-là, le Seigneur sauva Israël de la main de l'Egypte et Israël vit sur le bord de la mer les cadavres des Egyptiens. Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l'Egypte. Le peuple craignit le Seigneur, il mit sa foi dans le Seigneur et dans son serviteur Moïse, et les fils d'Israël chantèrent un cantique au Seigneur (Ex. 14, 10 - 15, 1).

Où cette rencontre eut-elle lieu ? Il existe des théories diverses quant à l'emplacement exact de cette mer des Roseaux franchie par le peuple en exode. Chaque théorie est liée à une hypothèse particulière concernant l'itinéraire général de l'exode.

Certains savants penchent pour un itinéraire vers le nord, d'autres pour un itinéraire vers le sud. Les uns et les autres ne manquent pas d'arguments pour étayer leur thèse à la lumière des références bibliques et des découvertes archéologiques. Actuellement, la plupart des érudits sont en faveur de l'itinéraire sud.

Dans ce passage de la mer, comme dans le cadre des plaies, un phénomène naturel se mêle étroitement à l'action de Dieu, mais ce qui importe, c'est que l'événement soit compris comme voulu par Dieu : il y a miracle quand l'événement rencontre des hommes qui acceptent de l'accueillir comment venant de Dieu.

La sortie d'Egypte est un événement qui situe Israël sur un plan différent des autres nations. Le peuple existait avec Abraham à l'état de promesse. Et l'exode est le moment où il est créé en tant que peuple. C'est la raison pour laquelle chaque membre du peuple se découvre comme sorti personnellement d'Egypte et se le rappelle liturgiquement, lors de la célébration pascale : Chacun doit se considérer, de génération en génération, comme étant lui-même sorti d'Egypte, car il est écrit : En ce jour-là, dis à ton fils : C'est pour cela que le Seigneur est intervenu pour moi quand je sortis d'Egypte. Cet extrait du rituel de la Pâque juive indique l'importance de l'événement pour tout Israël. Tout au long de leur histoire, les fils d'Israël ne pourront jamais cesser de méditer cet événement et d'en découvrir la signification. D'ailleurs, le texte liturgique ci-dessous, extrait du Deutéronome, rappelle toute l'histoire des ancêtres de la nation juive.

Le fidèle vient au Temple apporter son offrande, les premiers fruits de sa récolte, il se souvient alors de l'histoire de son peuple, en commençant par Abraham, qui est désigné par son pays d'origine et sa qualité de nomade. Le clan de ce patriarche qui s'était d'abord installé près du Jourdain, a dû émigrer à la suite d'une famine.

C'est en Egypte qu'il s'est formé comme peuple, en devenant une nation qui prenait conscience d'elle-même, au coeur de la servitude. Ce peuple, après avoir quitté l'Egypte, après avoir vécu pendant quarante ans dans le désert, est enfin arrivé en Terre Promise, une terre qu'il a fait fructifier.

Et les hommes n'oublient pas que ce qu'ils récoltent, ils le doivent à la bonté de Dieu. C'est la raison pour laquelle ils apportent au Temple les prémices, les primeurs, les premiers fruits du sol, rendant ainsi un juste culte à Dieu.

Je déclare aujourd'hui à YHWH mon Dieu, que je suis arrivé au pays que YHWH avait juré à nos pères de nous donner. Mon père était un araméen errant. Il descendit en Egypte, et c'est en petit nombre qu'il vint s'y réfugier, afin d'y devenir une nation grande, puissante et nombreuse. Les Egyptiens nous maltraitèrent, nous brimèrent, nous imposèrent une dure servitude. Nous avons fait appel à YHWH, le Dieu de nos pères. YHWH entendit notre voix, il vit notre misère, notre peine et notre état d'oppression. Et YHWH nous fit sortir d'Egypte à main forte et à bras étendus, par une grande terreur, des signes et des prodiges. Il nous a conduits ici et nous a donné ce pays, pays où ruissellent le lait et le miel. Voici que j'apporte maintenant les prémices de la terre que tu m'as donnée, YHWH (Dt. 26, 4-10).

Ayant fait sortir Israël du pays d'Egypte, Moïse le conduisit vers le Sinaï, où il lui donna une constitution législative, la Torah. Celle-ci est un enseignement qui concerne la vie du peuple, dans sa religion comme dans sa politique, dans la vie collective comme dans l'existence individuelle. Elle vise à faire d'Israël un peuple saint, consacré à Dieu, mis à part des autres nations vouées à l'idolâtrie et aux pratiques dégradantes, comme les sacrifices humains. Il ne faut pas considérer le don de la Loi comme une obligation, il ne s'agit pas pour le peuple d'être soumis à la tutelle de Dieu après la servitude en Egypte. Dieu propose une alliance, il ne l'impose pas.

Voici le commandement, les lois, les coutumes que le Seigneur votre Dieu a ordonné de vous apprendre. Ecoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd'hui seront présentes à ton coeur, tu les apprendras à tes fils, tu les leur diras quand tu resteras chez toi, et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout. Tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux. Tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l'entrée de ta ville... Garde-toi bien d'oublier le Seigneur qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude. C'est le Seigneur que tu craindras, c'est lui que tu serviras, c'est par son nom que tu prêteras serment. Vous ne suivrez pas d'autres dieux parmi ceux des peuples qui vous entourent, car le Seigneur est un Dieu jaloux au milieu de toi (Dt. 6, 1-15).

La Loi échappe au caractère juridique pour expliquer quelque chose de l'amour de Dieu, un amour qui se marque par la jalousie. C'est "un coup de foudre" qui a fait que YHWH a choisi Israël pour son peuple et qu'Israël a répondu en choisissant le Seigneur pour son Dieu. Ce Dieu est l'Unique comme l'exprime l'antique profession de foi contenue dans la plus importante prière de la liturgie juive : Ecoute, Israël !

La première recommandation faite au peuple, c'est d'écouter, et cette exigence trouve son explication dans les différentes paroles que Dieu adresse à son peuple. La parole réellement fondatrice de l'alliance, c'est l'affirmation de l'unicité absolue de Dieu. C'est d'elle que peut et doit découler la vie du peuple, en commençant par le respect de toute parole venant de la bouche de Dieu, par le respect de l'alliance et par le culte unique à rendre au seul Dieu. L'alliance est marquée jusque dans la chair par la circoncision, pratiquée le huitième jour après la naissance pour tous les garçons. Cette alliance se traduit également par un contrat, que l'on appelle à tort les dix commandements. Il vaudrait sans doute mieux dire : les dix paroles de Dieu, le Décalogue, que Dieu a transmis à son peuple par l'intermédiaire de Moïse.