De la Judée à la Galilée

par les rives du Jourdain

 

Béthabara

Eusèbe de Césarée a localisé un endroit sur la rive droite du Jourdain, à l'est de Jéricho, comme le lieu où Jésus fut baptisé. Il affirme qu'à son époque de nombreux frères y étaient baptisés. Malgré cela, les premiers érudits chrétiens situent Béthabara à l'Est du Jourdain, comme le laissent entendre les évangélistes. L'empereur Anasthase (491-518) y fit bâtir une église saint Jean Baptiste. Il existe une justification historique et traditionnelle à cette localisation : la route que prenaient les juifs venant de Galilée pour monter à Jérusalem traversait d'abord le Jourdain, pour parcourir une région habitée par des juifs, afin d'éviter tout contact avec les Samaritains et elle retraversait le Jourdain en face de Jéricho.

A l'époque de Jésus, le judaïsme était fragmenté en multiples tendances dont les traces sont perceptibles dans les écrits néo-testamentaires. C'est parmi ces courants qu'il faut situer le mouvement baptiste dont Jean est l'illustration. Jean annonçait au peuple qu'il fallait se préparer à accueillir le Messie, à lui ouvrir les portes du coeur en faisant pénitence. Jean conviait le peuple à se plonger dans l'eau courante sous sa conduite : on ne s'immergeait pas de sa propre initiative, comme pour un bain rituel ou comme pour une ablution classique. A ce baptême, que l'on ne recevait probablement qu'une seule fois, se trouvait liée une exigence de conversion, après la rémission des péchés.

C'est donc Jean qui baptisa Jésus. Celui-ci est alors âgé d'environ trente ans. Il a quitté son village de Nazareth et son travail pour se rendre sur les bords du Jourdain, où Jean le Baptiste donnait aux pécheurs le signe de la purification du coeur, en les plongeant dans l'eau. Le récit du baptême nous est rapporté par les évangélistes, notamment par Matthieu : 

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée : Convertissez-vous, le Règne de Dieu s'est approché ! C'est lui dont avait parlé le prophète Esaïe quand il disait : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins, il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés (Mt. 3, 1-6).

Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulut s'y opposer : C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! Mais Jésus lui répliqua : Laisse faire maintenant, c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. Alors, il le laisse faire. Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venant des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir (Mt. 3, 13-17).

Au récit de Matthieu, l'évangéliste Jean ajoute une précision topographique intéressante : Cela se passait à Béthanie (Béthabara) au-delà du Jourdain, où Jean baptisait (Jn. 1, 35) ; et il précise que le Baptiste disait à ceux qui venaient vers lui, après le baptême de Jésus : J'ai vu l'Esprit comme une colombe descendre du ciel et demeurer sur lui. Oui, j'ai vu et je suis témoin que c'est lui le Fils de Dieu (Jn. 1, 32-34).

On pense que Jean, en raison de son activité, était influencé par la communauté de Qumran. Ce n'est pas impossible, mais à la différence des membres de cette secte, dont la maison-mère se situait à proximité, sur les bords de la Mer Morte, Jean accueillait non pas une élite, mais la foule de tous ceux qui attendaient la venue du Messie, qui devait libérer le peuple de la servitude. A chacun il donnait des conseils appropriés, l'invitant à renouer avec la tradition, non seulement dans sa lettre, mais surtout dans son esprit.

En se faisant baptiser par Jean, celui que le Père reconnaît comme son Fils en qui il met tout son amour indique à tous les hommes le moyen de devenir authentiquement fils de Dieu. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour que tout homme devienne enfant de Dieu. Le Fils de Dieu se fait baptiser homme pour que tous les hommes puissent être baptisés fils de Dieu.

Jéricho

En montant à Jérusalem, Jésus est passé par Jéricho, oasis bien connue de l'époque biblique et de tous les pèlerins galiléens qui montaient à Jérusalem. Jérusalem, cité des palmiers, est la ville la plus basse du monde, située à 300 mètres au-dessous du niveau de la mer. C'est une oasis de verdure de cinq kilomètres de diamètre, véritable porte d'entrée en Israël en venant du désert. Les fouilles entreprises montrent que Jéricho devait déjà être une ville fortifiée aux environs de l'an 7000 avant Jésus-Christ. La Bible décrit la prise de Jéricho par Josué et le peuple qui avait passé quarante ans dans le désert comme le signe véritable de l'entrée en Terre promise, même si le texte biblique ne respecte pas exactement la réalité historique :

Jéricho était fermée et enfermée à cause des fils d'Israël : nul ne sortait et nul n'entrait. Le Seigneur dit à Josué : Vois, je t'ai livré Jéricho et son roi, ses hommes valides. Vous, tous les hommes de guerre, vous tournerez autour de la ville, faisant le tour de la ville une fois. Ainsi feras-tu six jours durant. Sept prêtres porteront les sept cors de bélier devant l'arche. Le septième jour, vous tournerez autour de la ville sept fois et les prêtres sonneront du cor. Quand retentira la corne de bélier, quand vous entendrez le son du cor, tout le peuple poussera une grande clameur, le rempart de la ville tombera sur place et le peuple montera chacun devant soi (Jos. 6, 1-5).

La Bible rapporte également que de nombreux prophètes habitaient la région de Jéricho. Elle y situe l'enlèvement d'Elie dans un char de feu. Selon le premier livre des Rois, après la révélation que Dieu lui fait de lui-même sur le mont Horeb, Elie est chargé d'oindre Elisée prophète pour lui succéder : Elie partit de là, et il trouva Elisée, fils de Chap, tandis qu'il labourait avec douze paires de boeufs, lui-même étant à la douzième. Elie passa près de lui et jeta sur lui son manteau. Elisée courut derrière Elie et dit : Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis j'irai à ta suite. Elie répondit : Va, retourne, que t'ai-je donc fait ? Elisée le quitta, prit la paire de boeufs et l'immola. Il se servit de la charrue pour faire cuire les boeufs et les donna à ses gens qui mangèrent. Puis il se leva et suivit Elie comme son serviteur. (1 R. 19, 19-21).

Voici ce qui arriva quand le Seigneur fit monter Elie au ciel dans la tempête. Elie et Elisée quittaient Guilgal. Elie dit à Elisée : Reste ici, je t'en prie, car le Seigneur m'envoie jusqu'à Béthel. Elisée répondit : Par la vie de mon Seigneur et par ta propre vie, je ne te quitterai pas. Et ils descendirent à Béthel. Les fils de prophètes qui étaient à Béthel sortirent vers Elisée et lui dirent : sais-tu qu'aujourd'hui le Seigneur va enlever ton maître dans les airs au-dessus de ta tête ? Il répondit : Je le sais moi aussi, taisez-vous. Elie lui dit : Elisée, reste ici, je t'en prie, car le Seigneur m'envoie jusqu'à Jéricho. Il répondit : Par la vie de mon Seigneur et par ta propre vie, je ne te quitterai pas. Et ils arrivèrent à Jéricho. Les fils de prophètes qui étaient à Jéricho s'approchèrent d'Elisée et lui dirent : sais-tu qu'aujourd'hui le Seigneur va enlever ton maître dans les airs au-dessus de ta tête ? Il répondit : Je le sais moi aussi, taisez-vous. Elie lui dit : Reste ici, je t'en prie, car le Seigneur m'envoie au Jourdain. Il répondit : Par la vie de mon Seigneur et par ta propre vie, je ne te quitterai pas. Et ils s'en allèrent tous les deux. Cinquante d'entre les fils de prophètes allèrent se placer en face du Jourdain, à distance d'Elie et d'Elisée qui s'arrêtèrent près du fleuve. Alors Elie enleva son manteau, le roula et en frappa les eaux qui se séparèrent. Ils passèrent tous deux à pied sec. Comme ils passaient, Elie dit à Elisée : Demande ce que je dois faire pour toi avant d'être enlevé loin de toi. Elisée répondit : Que vienne sur moi, je t'en prie, une double part de ton esprit. Il dit : Tu demandes une chose difficile. Si tu me vois pendant que je serai enlevé loin de toi, alors il en sera ainsi pour toi, sinon cela ne sera pas. Tandis qu'il poursuivait leur route tout en parlant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre. Elie monta au ciel dans la tempête. Quant à Elisée, il voyait et criait : Mon père, mon père, chars et cavalerie d'Israël. Puis il cessa de le voir... Les fils de prophètes, ceux de Jéricho, qui l'avaient vu d'en face dirent : L'esprit d'Elie repose sur Elisée (2 R. 2, 1-15).

L'enlèvement d'Elie confirme le caractère mystérieux de sa vie. La tradition juive le considère comme le plus grand de tous les prophètes. Son retour est attendu avant la venue du Messie. Il est l'hôte invisible de toute célébration. Le manteau d'Elie (qui détient ses pouvoirs surnaturels) reste aux mains d'Elisée, il s'en sert pour frapper les eaux du Jourdain et revenir à pied sec à Jéricho. Elisée commence son activité prophétique en assainissant une source de cette ville que l'on présente de nos jours encore comme la fontaine d'Elisée : Des gens de Jéricho dirent à Elisée : Comme le voit mon seigneur, le séjour dans cette ville est agréable, toutefois l'eau est mauvaise et le pays est stérile. Il dit : Procurez-moi une écuelle et mettez-y du sel. Ils la lui procurèrent, il sortit vers l'endroit où jaillissait l'eau, y jeta le sel en disant : Ainsi parle le Seigneur, j'assainis cette eau, elle n'apportera plus ni mort ni stérilité. L'eau fut assainie jusqu'à ce jour, selon la parole qu'avait dite Elisée. (2 R. 2, 19-22).

Jésus a donc traversé la ville lors d'un voyage à Jérusalem. Les évangélistes y situent la guérison d'un aveugle que Marc nomme Bartimée, le fils de Timée : Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l'aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin, en train de mendier. Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : Fils de David ! Jésus, aie pitié de moi ! Beaucoup le rabrouaient pour qu'il se taise, mais lui criait de plus belle : Fils de David ! aie pitié de moi ! Jésus s'arrêta et dit : Appelez-le. On appelle l'aveugle, on lui dit : Confiance, lève-toi, il t'appelle. Rejetant son manteau, il se leva d'un bond et il vint vers Jésus. S'adressant à lui, Jésus dit : Que veux-tu que je fasse pour toi ? L'aveugle lui répondit : Rabonni, que je retrouve la vue. Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin (Mc. 10, 46-52).

C'est aussi dans cette ville de Jéricho que Jésus se fait accueillir par le collecteur d'impôts Zachée :

Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville. Survint un homme appelé Zachée, c'était le chef des collecteurs d'impôts et il était riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, et il ne pouvait pas y parvenir à cause de la foule, parce qu'il était de petite taille. Il courut en avant et monta sur un sycomore afin de voir Jésus qui allait passer par là. Quand Jésus arriva à cet endroit, levant les yeux, il lui dit : Zachée, descends vite, il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison. Vite Zachée descendit et l'accueillit tout joyeux. Voyant cela, tous murmuraient : C'est chez un pécheur qu'il est allé loger. Mais Zachée s'avançant dit au Seigneur : Eh bien, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j'ai fait tort à quelqu'un je lui rends le quadruple. Alors Jésus dit à son propos : Aujourd'hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc. 19, 1-10).

Les nombreuses grottes de la région accueillirent de nombreux ermites s'engageant dans des combats spirituels à l'exemple du Christ qui résista à la tentation. La tradition a fixé au Mont de la Quarantaine, proche de Jéricho, à l'embouchure du wadi Quelt, la localisation de la tentation, cette expérience spirituelle de Jésus, dès avant l'inauguration de son ministère. C'est là que se dresse le monastère Sarandarion, fondé en 1895 à l'emplacement d'une chapelle byzantine qui commémorait les quarante jours de jeûne de Jésus dans le désert.

Ayant reçu le baptême de Jean, Jésus inaugure son ministère par une retraite : si le désert où prêchait Jean est un lieu permettant aux hommes de se convertir, il devient pour Jésus, le lieu de l'épreuve, de la rencontre avec Satan, le Tentateur : 

Jésus, rempli de l'Esprit-Saint, revint du Jourdain et il était dans le désert, conduit par l'Esprit pendant quarante jours, et il était tenté par le diable. Il ne mangea rien pendant ces jours-là, et lorsque ce temps fut écoulé, il eut faim. Alors le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. Jésus lui répondit : Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra. Le diable le conduisit plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre et lui dit : Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c'est à moi qu'il a été remis et que je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu m'adores, tu l'auras tout entier. Jésus lui répondit : Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c'est à lui seul que tu rendras un culte. Le diable le conduisit alors à Jérusalem, il le place sur le faîte du Temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi ordre à ses anges de te garder, et encore : Ils te porteront sur leurs mains pour t'éviter de heurter du pied quelque pierre. Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. Ayant alors épuisé toute tentation possible, le diable s'écarta de lui jusqu'au moment fixé (Lc. 4, 1-13).

Si aucun détail précis dans les évangiles ne permet de préciser le lieu de cette tentation, tant il est vrai qu'il s'agit plus d'une expérience spirituelle que d'un fait physique, la tradition a situé l'événement près de Jéricho, au Djebel Quarantal, au mont de la Quarantaine, du sommet duquel on peut découvrir un panorama exceptionnel sur la vallée du Jourdain et les collines de Moab.

Au sixième siècle, une église y fut construite, elle fut abandonnée au treizième siècle puis réoccupée par les grecs orthodoxes depuis 1874.

Nazareth

Jésus a passé sa jeunesse à Nazareth. Ce village n'était qu'une bourgade obscure, méprisée : Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? (Jn. 1, 46) dira Nathanaël.

Pourtant, c'est là que le Verbe s'est fait chair, comme le rappelle l'inscription "Hic Verbum caro factum est" dans la grotte de l'Annonciation. Située au coeur des collines de Galilée, Nazareth occupe une place privilégiée dans le coeur des chrétiens pour être le lieu où Marie entendit l'appel de l'ange lui annonçant qu'elle serait la Mère de Jésus : 

Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph de la famille de David. L'ange entra auprès d'elle et lui dit : Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi. A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit : Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, il régnera pour toujours sur la famille de Jacob et son règne n'aura pas de fin. Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? L'ange répondit : L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre, c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Elisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d'un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la femme stérile. Car rien n'est impossible à Dieu. Marie dit alors : Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi comme tu l'as dit. Et l'ange la quitta (Lc. 1, 26-38).

Les évangélistes s'accordent pour dire que Jésus a passé sa jeunesse à Nazareth. Des premières années de sa vie, ils ne rapportent que de brefs souvenirs. C'est la vie cachée de Jésus. Il grandit en paix dans sa famille, au milieu des gens de son village, personne ne le remarque. Il vit et grandit à l'écoute de la Parole de Dieu son Père et il se prépare à sa mission : être toujours au service de son Père. Personne ne le remarque puisqu'il est désigné par ses contemporains comme le fils du charpentier.

Le rôle de Joseph est difficile à expliquer. Le Père de Jésus, c'est Dieu. Joseph intervient pour prendre en charge Marie, son épouse, et l'enfant de Marie. Joseph est celui qui donnera légalement un nom à Jésus, ce faisant, il l'introduira dans une famille humaine, la famille du roi David, son ancêtre, qui est aussi l'ancêtre de Marie puisque la Loi juive ordonnait à tout homme de prendre femme dans sa propre tribu, pour éviter toute perte ou tout gaspillage d'héritage : ce qui a été donné aux ancêtres doit rester dans la même tribu. Selon la loi en vigueur également dans le peuple de Dieu, celui qui donne son nom à un enfant en est le véritable père. Joseph est donc le père de Jésus selon la loi humaine : il est considéré comme le père nourricier par la tradition chrétienne, puisque c'est lui qui éduqua Jésus et lui permit de grandir et de s'épanouir au milieu des hommes. Les traditions évangéliques ne parlent guère de lui. Tout ce que nous savons, c'est qu'il fut l'époux de Marie... La tradition chrétienne pense qu'il est mort avant que Jésus ne commence sa mission. Il est reconnu comme saint par l'Eglise, parce qu'il a toujours vécu dans l'ombre de Jésus sans jamais revendiquer pour lui-même la première place...

Chaque année, Marie et Joseph allaient à Jérusalem à l'occasion de la Pâque. Quand Jésus eut douze ans, il les accompagna. L'évangéliste Luc rapporte ce moment de la vie du jeune Jésus.

Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête, et qu'à la fin des jours de la fête ils s'en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s'en aperçoivent. Pensant qu'il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs amis et connaissances. Ne l'ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem en le cherchant. C'est au bout de trois jours qu'ils le retrouvèrent dans le Temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur l'intelligence de ses réponses. En le voyant, ils furent frappés d'étonnement et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, tout angoissés. Il leur dit : Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? Mais eux, ne comprirent pas ce qu'il leur disait. Puis, il descendit avec eux pour aller à Nazareth, il leur était soumis. Et sa mère gardait tous ces événements en son coeur. Jésus progressait en sagesse et en taille et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes (Lc. 2, 41-52).

Le climat dans lequel s'est déroulée l'enfance de Jésus est celui de la spiritualité de l'Ancien Testament. La loi prévoyait trois pèlerinages par an, pour tous les hommes, à partir de douze ans, âge où l'enfant entre dans la vie adulte, après un temps de catéchèse : l'enfant devient Bar Mitzva, un fils de la loi. Ce jour-là, on lui demande de monter à l'ambon et de lire, dans la synagogue, un passage de la Torah.

Jésus grandit, il apprend le métier de Joseph, le charpentier : même si l'évangile ne le précise pas, Jésus travailla avec lui comme apprenti. Selon les directives des livres saints de la tradition orale, un père ne doit pas seulement nourrir son fils, mais lui apprendre un métier : Qui n'enseigne pas à son fils une profession manuelle, c'est comme s'il en faisait un brigand.

Plus tard, après son baptême par Jean sur les bords du Jourdain, Jésus est de retour à Nazareth. Il se rend à la synagogue pour y prêcher, mais il n'y trouve pas l'accueil qu'il pouvait espérer, tant il est vrai qu'aucun prophète n'est bien reçu dans son pays : 

Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue pour faire la lecture. On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant, il trouva le passage où il est écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d'accueil par le Seigneur. Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit ; tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il commença à leur dire : Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. Tous lui rendaient témoignage, ils s'étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : N'est-ce pas là le fils de Joseph ? Alors il leur dit : Sûrement, vous allez me citer le dicton : Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie. Et il ajouta : Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ; pourtant ce ne fut à aucune d'entre elles qu'Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. Il y avait beaucoup de lépreux en Israël eu temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d'entre eux ne fut purifié, mais bien Naaman le Syrien. Tous furent remplis de colère dans la synagogue, en entendant ces paroles. Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, alla son chemin (Lc. 4, 16-30).

Jésus commence donc sa mission non pas à Jérusalem, la vielle des rois et des pontifes, mais dans l'obscure province méprisée de Galilée, "le carrefour des païens", et particulièrement dans le village où il avait été élevé. Tout juif adulte (c'est-à-dire après sa bar-mitsva, aux environs de douze ans) peut prendre la parole dans une assemblée de prière. Habituellement, les autorités de la synagogue confient cette tâche à ceux qui sont compétents dans le domaine des Ecritures. Cela laisse suppose que la renommée et la réputation de Jésus étaient parvenues jusque dans son village. On lui donne à lire un texte du prophète Esaïe. On sait, par les découvertes de Qumran, que ce prophète était très utilisé au temps de Jésus, le plus ancien manuscrit retrouvé dans les grottes de la secte des bords de la Mer Morte étant précisément un rouleau de ce prophète. Immédiatement, Jésus se place sous son patronage, en définissant sa mission comme prophétique.

L'Esprit du Seigneur est sur moi. Dans le langage traditionnel, cette expression implique le fait d'être prophète, ou d'être envoyé par Dieu. Jésus se présente immédiatement comme le porte-parole de Dieu, celui qui a reçu l'onction. Ce terme d'onction, en grec se dit : Chrisma, et le terme d'oint se dit : Christos, le titre de Christ donné à Jésus vient de là.

Ce séjour de Jésus à Nazareth est aussi rapporté par Marc, mais sans doute avec une autre visée : 

Jésus partit de là. Il vient dans sa patrie et ses disciples le suivirent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Frappés d'étonnement, de nombreux auditeurs disaient : D'où cela lui vient-il ? Et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, si bien que même des miracles se font par ses mains ? N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? et ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Et il était pour eux une occasion de chute. Jésus leur disait : Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. Et il ne pouvait faire là aucun miracle. Pourtant, il guérit quelques malades en leur imposant les mains. Et il s'étonnait de ce qu'ils ne croyaient pas (Mc. 6, 1-6).

Ce passage est important dans la vie de Jésus : il souligne une forme d'échec de sa prédication. Et il est aussi très important pour la vie de l'Eglise : les disciples ne doivent pas s'étonner de leurs échecs éventuels puisque leur Maître a connu lui-même cette expérience.

D'après les textes évangéliques, il ne semble pas que Jésus ait été un bon "paroissien" par rapport aux offices de la synagogue. Chaque fois qu'il se trouve dans la maison de prière et d'étude (en hébreu Beth-knesset, il arrive des incidents. Certes, ses auditeurs peuvent être surpris de son enseignement ou de sa réputation, surtout les habitants de Nazareth qui le connaissaient pour l'avoir vu grandir au milieu d'eux et pour avoir eu recours à lui ou à Joseph pour leurs travaux de charpente. Jésus enseigne en maître qui a autorité et qui va directement à l'essentiel sans passer par des arguties subtiles, il donne les vraies réponses aux questions essentielles que les hommes se posent...

On ne dispose que de très peu de données sur le passé du village de Nazareth : seule, une source, alimentant la fontaine, laisse supposer que le site fut occupé à une époque très lointaine. L'existence d'un village au site actuel de Nazareth est archéologiquement attestée depuis le huitième siècle avant l'ère chrétienne. On peut encore voir ruisseler l'eau de la fontaine à l'intérieur de l'église grecque orthodoxe de Saint Gabriel. On peut facilement imaginer que Marie soit venue y puiser de l'eau comme toutes les femmes du village. C'est là que la tradition grecque a situé la première rencontre de l'ange Gabriel avec la Vierge. Elle serait alors rentrée chez elle, et Gabriel l'aurait suivie. Pour commémorer cette rencontre, les orthodoxes grecs y ont édifié leur église dédiée à l'ange Gabriel. Le village fut détruit au temps de la guerre juive contre Rome. Aucune église n'y fut bâtie avant l'époque de Constantin, et le site n'est pas mentionné avant 570. La première église fut détruite par les Arabes en 636, puis rebâtie par les Croisés. Alors, la cité devint prospère, mais elle connaît à nouveau la ruine après la défaite des Croisés à Acre en 1291. Les Franciscains et quelques familles chrétiennes viennent s'y installer en 1620 afin d'y honorer dignement le mystère de l'incarnation par une église qui ne fut construite qu'en 1731. Cette église fut démolie en 1956 pour permettre la création, entre 1960 et 1968, de la basilique actuelle qui est la plus importante de tout le Moyen Orient.

Les fouilles entreprises au moment de cette reconstruction permirent d'établir avec certitude l'existence d'un sanctuaire byzantin. Une inscription "XE, MARIA, réjouis-toi, Marie" atteste l'existence d'un lieu de culte marial qui remonterait au quatrième siècle. La grotte de l'Annonciation est située à l'extrémité sud de l'ancien village, où furent retrouvées de nombreuses installations agricoles, pressoirs à huile ou à vin, grottes naturelles ou artificielles ayant servi de silos à grains ou d'étables. La tradition chrétienne voit en ces lieux des dépendances de la maison de la Vierge ou les vestiges de la maison et de l'atelier de Joseph. On a découvert à Nazareth des vestiges d'églises byzantines et des croisés. La basilique actuelle enchâsse dans un même édifice la grotte de l'Annonciation et les restes des églises anciennes. Avec son aspect majestueux de tour-phare pour l'ensemble de la chrétienne, cette basilique établit un contraste saisissant entre l'humilité de l'Incarnation et la gloire de l'Eglise en marche, telle qu'elle est présentée dans la partie supérieure où de riches sculptures et peintures évoquent le mystère qui s'est passé en ces lieux. Vue de près, cette basilique semble trop lourde, trop solide pour communiquer aux hommes toute la tendresse et le mystère de l'événement qui s'y est produit. Sa construction a été achevée en 1969, ses autels sont parmi les plus modernes du monde et dans le choeur principal une fresque illustre la catholicité, l'universalité de l'Eglise. L'église de la communauté melchite, qui réunit des grecs unis à Rome, serait située à l'emplacement de l'ancienne synagogue de laquelle Jésus fut expulsé. Ce lieu était isolé sur un promontoire rocheux, entouré de pentes abruptes, ce qui permet de comprendre le récit selon lequel les habitants voulurent précipiter Jésus du haut de la colline.

Cana

L'évangéliste Jean fait commencer la mission de Jésus par un signe étonnant à Cana, petit village de Galilée, lors d'un mariage, auquel il fut convié avec ses proches. Plusieurs villages portent le nom de Cana. Celui de l'évangile correspond au village de Kefer Cana qui se situe sur la route de Tibériade à Nazareth, à environ 6 kilomètres de Nazareth.

Or le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. Jésus lui aussi fut invité ainsi que ses disciples. Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit : ils n'ont pas de vin. Mais Jésus lui répondit : Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue. Sa mère dit aux servants : Quoi qu'il vous dise, faites-le. Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs, elles contenaient chacune deux à trois mesure. Jésus dit aux servants : Remplissez d'eau ces jarres, et ils les remplirent jusqu'au bord. Jésus leur dit : Maintenant puisez et portez-en au maître du repas. Ils lui en portèrent et il goûta l'eau devenue vin - il ne savait pas d'où il venait à la différence de ceux qui avaient puisé l'eau - aussi il s'adresse au marié et lui dit : Tout le monde sert d'abord le bon vin en premier, et lorsque les convives sont gris, on fait servir le moins bon, mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant ! Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, mais ils n'y restèrent que peu de jours (Jn. 2, 1-12).

Toute la tradition chrétienne a vu dans ce signe de Cana un rappel ou une préfiguration du vin eucharistique de la même manière que la multiplication des pains (Jn. 6), expliquée par un discours de Jésus, préfigure l'eucharistie, puisque l'évangile selon saint Jean ne comporte pas de récit de l'institution de l'eucharistie.

Selon Flavius Josèphe, dans les préparatifs de la guerre juive contre les Romains, Cana servit de lieu de rassemblement pour ses troupes. A l'époque byzantine, la tradition a fixé le premier signe de Jésus, qui, sous l'insistance de sa mère, changea l'eau en vin pour la plus grande joie des invités de la noce.

Actuellement, deux églises, proches l'une de l'autre et confiées, l'une aux orthodoxes grecs, l'autre aux franciscains, conservent le souvenir du miracle. On a retrouvé dans l'église franciscaine des vestiges d'une église-synagogue qui fut construite au troisième siècle, des colonnes, des chapiteaux, des pièces d'ornementation et une inscription en araméen : Souvenir du pieux Joseph, fils de Tanhoum, fils de Bota et ses enfants, qui ont fait cette table. Sois pour eux une bénédiction. Amen.