Chapitre 4.

Le pain

 

Après avoir enseigné les foules, selon le genre des paraboles, Jésus va les nourrir. Tout ce troisième développement de Marc va être relatif à des problèmes concernant la nourriture. Selon la construction, désormais classique, nous trouvons un sommaire à propos des douze (6, 6-13), sommaire qui inaugure le développement, lequel est encadré d'interrogations relatives à l'identité de Jésus. D'abord, ce sera Hérode qui s'interrogera sur ce Jésus, et, en finale, ce sera Jésus lui-même qui questionnera ses disciples sur ce qu'on peut dire de lui.

1. Mission des Douze

Il parcourait les villages des environs en enseignant. Il fait venir les douze. Et il commença à les envoyer deux par deux, leur donnant autorité sur les esprits impurs. Il leur ordonna de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton : pas de pain, pas de sac, pas de monnaie dans la ceinture, mais pour chaussures des sandales, "et ne mettez pas deux tuniques". Il leur disait : Si quelque part, vous entrez dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous quittiez l'endroit. Si une localité ne vous accueille cueille pas, et si l'on ne vous écoute pas, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds, ils auront là un témoignage. Ils partirent et ils proclamèrent qu'il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, ils faisaient des onctions d'huile à beaucoup de malades et ils les guérissaient.

Il s'agit d'un sommaire, donc d'une récapitulation de ce qui précède et d'une annonce de ce qui va suivre. A la première lecture, ce récit relate la convocation des douze par Jésus, leur envoi deux par deux, avec des consignes précises, et il se termine par la constatation de l'exécution de quelques aspects de cette mission.

Cet envoi récapitule ce qui est déjà connu. La mission était contenue dans l'appel des premiers disciples : Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes (Mc. 1, 17) et dans l'institution des douze : Et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons (Mc. 3, 14-15).

Il est possible de noter, au passage, un petit trait relatif au style de Marc, c'est la formule répétée plusieurs fois dans son livre : Jésus appelle, il fait venir ceux à qui il va faire une révélation importante. Mais ce qui est autrement plus important, c'est le fait que cet épisode propose quelque chose de totalement nouveau, que Marc souligne en écrivant : Et il commença... Quelque chose de nouveau commence : le relais va être pris par les disciples, qui sont envoyés deux par deux, ce qui indique que les douze deviennent les collaborateurs effectifs de Jésus. Et par là même, Marc renvoie immédiatement au "commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu".

La forme littéraire indique que Marc fait preuve d'une grande liberté en rapportant les paroles de Jésus. En effet, dans ce court récit, on passe insensiblement du style indirect au style direct. Ainsi, la mention des sandales et du bâton est propre à Marc, alors que Matthieu (10, 10) et Luc (9, 3 et 10, 4) les interdisent. Il peut s'agir d'une adaptation des paroles de Jésus à la condition des missionnaires qui doivent quitter la Palestine : bâton et sandales peuvent être nécessaires sans déroger à l'esprit de pauvreté. Mais il peut s'agir aussi d'une référence plus ou moins explicite à la condition des Hébreux au moment où ils vont quitter l'Égypte : Mangez-la (la Pâque) ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main (Ex. 12, 11).

En tout cas, il s'agit de faire preuve de mobilité et de disponibilité pour annoncer l'Évangile Il faut être léger pour la route, mais il faut aussi s'attendre à ce que la mission soit difficile. En effet, il est permis de s'étonner de la place faite par Marc au refus de l'accueil des disciples envoyés par leur Maître, alors que Matthieu équilibre mieux cette donnée en décrivant plus amplement les conditions de l'accueil. Marc mentionne à peine l'accueil, insistant sur le refus. Cela laisse à supposer que l'expérience en a été faite dans la communauté de Marc : elle a dû rencontrer de grosses difficultés dans son action missionnaire. Alors l'évangéliste a l'air de dire à sa communauté : Ne vous inquiétez pas, c'était prévu ! Cette mission des douze est exactement la même que celle de Jésus. Ils proclament le message qu'il fallait se convertir, ce qui renvoie le lecteur au début de l'évangile :

Il proclamait l'Évangile de Dieu et disait : Le temps est accompli et le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous et croyez à l'Évangile

De plus, les douze donnent les mêmes signes que leur maître, expulsant les démons et guérissant les malades. Seulement, on découvre aussi dans ce texte la marque de l'Église primitive : alors que Jésus guérissait les malades par sa parole ou par l'imposition des mains, les douze font des onctions d'huile. C'est une précision qui est ainsi donnée sur les usages de l'Église primitive où l'on pratique de telles onctions pour guérir ceux qui sont malades. C'est ce que souligne la lettre de Jacques :

L'un de vous souffre-t-il ? qu'il prie. Est-il malade ? qu'il fasse appeler les anciens de l'église et qu'ils prient après avoir fait sur lui une onction d'huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient, le Seigneur le relèvera et, s'il a des péchés à son actif, il lui sera pardonné (Jac. 5, 13-15).

2. L'identité de Jésus

 

6,14-16

8, 27-30

 

Le roi Hérode

entendit parler de Jésus,

car son nom était devenu célèbre

On disait :

Jean le Baptiste

est ressuscité des morts,

voilà pourquoi le pouvoir

de faire des miracles agit en lui.

D'autres disaient : C'est Élie

D'autres disaient : C'est un prophète

semblable à l'un de nos prophètes.

 

 

En entendant ces propos,

Hérode disait :

Ce Jean

que j'ai fait décapiter,

c'est lui qui est ressuscité

En chemin,

il interrogeait ses disciples :

Qui suis-je,

au dire des hommes ?

Ils lui dirent :

Jean le Baptiste,

 

 

 

pour d'autres, Élie

pour d'autres, l'un des prophètes

 

Et lui leur demandait :

Et vous,

qui dites-vous que je suis ?

 

Prenant la parole,

Pierre lui répond :

Tu es le Christ.

 

 

Et il leur commanda sévèrement

de ne parler de lui à personne.

La mise en parallèles de ces deux récits souligne une progression identique de part et d'autre. Jusqu'à présent, les hommes venaient à Jésus à cause des miracles qu'il accomplissait ou pour entendre sa prédication. Ici, la perspective change un peu. Dans le fil du récit évangélique, l'insertion de l'interrogation d'Hérode est très bonne : puisque les disciples ne sont plus là, il n'y a plus d'action à rapporter, il convient alors d'indiquer que la popularité de Jésus croît en dehors de sa proximité immédiate. De plus en plus, maintenant, les hommes sont amenés à faire des hypothèses sur l'identité de Jésus. Ils se posent des questions et essaient de répondre à la mesure de leurs moyens et connaissances.

L'identité de Jésus n'a pas encore été reconnue par un seul homme, seuls, les esprits mauvais le reconnaissent. Alors, pour les hommes, qui est ce Jésus ? C'est la question qui se pose à Hérode, c'est la question que Jésus lui-même posera à ses disciples. Et les réponses sont identiques : les uns voient en lui Jean le Baptiste revenu à la vie, d'autres Élie, d'autres encore un prophète semblable aux prophètes des temps anciens. Deux réponses sont mise en évidence par la mise en parallèles des deux récits, celle du roi Hérode : Ce Jean que j'ai fait décapiter, c'est lui qui est ressuscité, et celle de Pierre : Tu es le Christ. Ces deux opinions se complètent dans l'identité de sort de Jean et de Jésus. Après la réponse du roi Hérode, Marc décrit la fin tragique de Jean, après la réponse de Pierre, Jésus annonce sa propre fin tragique. Il y a d'ailleurs un lien intéressant avec le récit de la mission des douze : elle ne sera pas toujours couronnée de succès. Ce n'est pas pour rien qu'entre l'envoi et le retour de mission, Marc rapporte l'exécution de Jean. La mission au nom de l'évangile va connaître aussi la persécution, le martyre.

Un parallèle s'établit entre Jean et Jésus. Tout d'abord, Hérode reconnaît une résurrection du Baptiste, ce qui donne à penser que Jésus lui-même se manifeste dans un pouvoir de résurrection. Ensuite, dans sa réponse, Pierre donne à Jésus un titre christologique. C'est la première fois dans l'évangile de Marc qu'un homme découvre l'identité de Jésus. Et celui-ci impose le silence. Pourquoi ? Non parce que Jésus refuse ce titre de Messie et d'Envoyé de Dieu, mais parce que ces titres attribués à Jésus relèvent de la foi de l'Église et ne peuvent pas lui être donnés avant l'instauration de l'Église, après la résurrection. Auparavant, ils sont prématurés. De plus, enfermer Jésus dans le titre de Christ ou de Messie, c'est lui conférer un rôle précis qui ne répond pas à sa mission.

3. Mort de Jean le Baptiste

Le texte de la mort du Baptiste ne semble pas être à sa place, dans un ordre strictement chronologique : Jean est mort depuis quelque temps, puisque certains, dont Hérode, pensent qu'il est ressuscité. D'autre part, il est presque certain que la prédication de Jésus n'a commencé qu'après la fin de celle de Jean, et vraisemblablement après son exécution (Mc. 1, 14 qui est confirmé par Lc. 3, 19-20 avec une invraisemblance de Luc qui enferme Jean dans une prison juste avant le baptême de Jésus). Ce texte a été très travaillé, d'abord pour illustrer que Jean-Baptiste est le nouvel Élie, Élie qui devait venir en précurseur du Messie, et ensuite pour souligner la distinction entre le Baptiste et Jésus.

En effet, Hérode avait fait arrêter Jean et l'avait enchaîné en prison à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe qu'il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne t'est pas permis de garder la femme de ton frère. Aussi Hérodiade le haïssait et voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas, car Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l'avait entendu, il restait fort perplexe, cependant il l'écoutait volontiers. Mais un jour propice arriva lorsque Hérode pour son anniversaire donna un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée. La fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. Et il fit ce serment : Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. Elle sortit et dit à sa mère : Que vais-je demander ? Celle-ci répondit : La tête de Jean le Baptiste. En toute hâte, elle rentra auprès du roi et elle lui demanda : Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean le Baptiste. Le roi devint triste, mais à cause de son serment et des convives il ne voulut pas lui refuser. Aussitôt le roi envoya un garde avec l'ordre d'apporter la tête de Jean. Le garde alla le décapiter dans sa prison, il apporta la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille et la jeune fille la donna à sa mère. Quand ils l'eurent appris, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le déposèrent dans un tombeau.

Le récit du banquet offert par Hérode rappelle, d'une manière assez sommaire, le banquet offert par Esther : Le roi et Haman vinrent banqueter avec Esther, la reine. En ce jour, à la fin du banquet, le roi redit à Esther : "Quelle est ta demande, Esther, ô reine ? Cela te sera accordé ! Quelle est ta requête ? Jusqu'à la moitié du royaume, ce sera fait !" (Est. 7, 1-2). Ce banquet se termine aussi par l'exécution de celui qui gênait la reine et le peuple. Pour exalter Jésus par rapport à Jean, Marc emploie dans son récit des expressions d'autres textes sur la Passion de Jésus : "Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint" peut être mis en rapport avec l'exclamation de Pierre : "Vous l'avez renié, vous, le juste et le saint" (Ac. 3, 14).

La vie et la mort de Jean préfigurent la vie et la mort de Jésus. Celui qui ignore la trame du récit évangélique, celui qui le lit pour la première fois peut déjà pressentir que Jésus va connaître la mort de tous les prophètes. Mais la suprématie de Jésus est affirmée d'emblée : il va ressusciter, alors que la résurrection de Jean n'est qu'un mythe, une invention des hommes. Pour cela, il ne faut surtout pas oublier que le texte a été écrit après la résurrection de Jésus.

L'arrestation et l'exécution du Baptiste est un fait historique qui a été exploité par l'évangéliste. L'écrivain juif Flavius Josèphe raconte également l'événement, mais il le rapporte d'une manière différente :

Comme beaucoup de gens suivaient Jean-Baptiste pour écouter sa doctrine, Hérode, craignant que le pouvoir qu'il aurait eux sur eux n'excitât quelque sédition crut devoir prévenir ce mal pour n'avoir pas sujet de se repentir d'avoir attendu trop tard pour y remédier. Pour cela, il l'envoya prisonnier dans la forteresse de Machéronte.

Pour Flavius Josèphe, les motifs de l'arrestation et de l'exécution sont d'ordre politique : la prédication de Jean provoquait des troubles dans les provinces soumises au contrôle de Rome, et le roi Hérode craignait une intervention militaire dans tout le pays. Mais l'agitation continua après la mort du Baptiste. Josèphe situe l'épisode dans la forteresse de Machéronte, un palais royal en plein désert, et il donne encore une conséquence à cette exécution : la défaite d'Hérode devant le roi des Nabatéens, dont il avait répudié la fille pour épouser Hérodiade, est considérée comme le châtiment divin pour le meurtre de Jean.

Marc ne contredit pas ce rapport de l'historien, mais il lui donne des motifs plus spécifiquement religieux, le présentant malgré tout comme une intrigue de palais, par la vengeance d'une femme dont l'inconduite était soulignée par le prophète. Mais Marc rend impossible la localisation du crime à Machéronte, on peut penser plutôt à Tibériade ou à une autre ville des bords du lac. Ainsi, le texte même de l'évangile n'est pas seulement un rapport historique des faits, c'est plutôt une version très travaillée d'un événement déterminé, pour lui donner une signification religieuse (chrétienne) plus grande.

4. Retour des apôtres

Ce petit texte manifeste une fois de plus les talents de narrateur de Marc : il ressemble à un reportage qui fait revivre des scènes prises sur le vif, dans un récit tout en mouvement. Les douze reviennent d'une tournée missionnaire, ils font leur rapport d'activités à Jésus. Celui-ci leur propose de prendre du repos, et ce repos ne peut être pris alors que les foules se pressent autour d'eux, au point qu'il leur est impossible de prendre leur repas. Il faut prendre la fuite vers un lieu désert, mais cette fuite ne réussit pas : les foules devancent le groupe à l'endroit où ils voulaient se retirer. Quand il débarque, Jésus voit la foule et, saisi de pitié, il se met à enseigner.

Cette succession de petits faits manifeste l'attention et le souci de Jésus à l'égard de ses disciples (c'est lui qui pense à leur procurer du repos), elle souligne le pouvoir d'attraction de Jésus sur les foules (elles le précèdent là où il se rend) et l'impossibilité d'échapper aux urgences de la mission (le rêve de repos s'effondre en face de l'amour pour les foules qui sont perdues comme un troupeau sans pasteur). Le récit peut s'organiser en quatre scènes successives :

- les douze reviennent près de Jésus rendre compte de leur mission

- Jésus les invite à prendre du repos à l'écart

- la foule se précipite pour rejoindre Jésus

- Jésus voit la foule, il est pris de pitié, il l'enseigne

Des corrélations peuvent alors s'établir entre les différentes scènes, découvrant ainsi le fonctionnement du texte et l'annonce de ce qui va suivre.

Les apôtres se réunissent auprès de Jésus

et ils lui rapportèrent

tout ce qu'ils avaient fait

et tout ce qu'ils avaient enseigné.

Il leur dit :

Vous autres,

venez à l'écart

dans un lieu désert

et reposez-vous un peu.

 

Car il y avait beaucoup de monde

qui venait et repartait,

et eux n'avaient pas

même le temps de manger.

Ils partirent en barque

vers un lieu désert,

à l'écart.

Les gens les virent s'éloigner

et beaucoup les reconnurent.

 

 

beaucoup de choses.

et il se mit à leur enseigner

Il fut pris de pitié pour eux

parce qu'ils étaient

comme des brebis

qui n'ont pas de berger,

 

En débarquant,

Jésus vit une grande foule.

 

 

 

Alors, à pied,

de toutes les villes,

 

ils coururent à cet endroit

et arrivèrent avant eux.

 

 

 

Dans la première colonne, l'attention est portée sur Jésus et ses disciples, et voici qu'ils s'éclipsent dans la seconde. Ils ont besoin de repos et le lieu de leur repos se transforme en lieu d'enseignement. On ne parle plus des disciples, ils disparaissent de la scène. D'ailleurs, cela est souligné dans le vocabulaire de Marc : "ils partirent vers un lieu désert" devient "en débarquant, Jésus vit la foule". On passe ainsi du pluriel au singulier. Mais si le narrateur fait déplacer les douze vers un lieu désert, c'est que le récit ne s'achève pas avant qu'ils n'aient quitté ce lieu : là aussi, ils auront leur rôle à jouer. Le récit ne s'achève qu'au verset 45, qui clôt ce qui avait été annoncé au verset 31 : "et eux n'avaient même pas le temps de manger" (ils n'auront d'ailleurs pas le temps de manger, mais ils devront nourrir eux-mêmes la foule qui se presse autour de Jésus.

Pour la foule, Jésus possède un pouvoir d'attraction très puissant. Tout au long de l'évangile selon saint Marc, la foule reste sympathique à l'égard de Jésus, jusqu'à ce qu'elle soit manœuvrée par les grands prêtres au cours du procès devant Pilate. Jamais Jésus ne repousse la foule, même s'il cherche à s'éloigner d'elle pour faire retraite dans des lieux déserts avec ses disciples. C'est le cas dans ce récit : la foule manifeste un aspect particulier de la mission de Jésus, et pratiquement il faudrait analyse chaque terme du verset 34 : Il fut pris de pitié pour eux parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.

Il fut pris de pitié. Le verbe qui est ainsi traduit est rare dans les évangiles, et il a toujours un sens très fort. Il suggère un sentiment profond qui prend tout l'être. Dans les paraboles où il est employé, il souligne la grande miséricorde de Dieu envers l'homme. C'est le cas pour le maître qui remet une dette monumentale au serviteur qui l'en implore (Mt. 18, 27) et pour le père de famille qui voit revenir vers lui le fils perdu (Lc. 15, 20). Dans la parabole du bon Samaritain (Lc. 10, 33), il manifeste le comportement nouveau à l'égard du prochain, celui de l'amour révélé en Jésus-Christ. En dehors des paraboles, le verbe est toujours appliqué à Jésus : la pitié le pousse à rendre la vue à deux aveugles (Mt. 20, 34), à rendre son fils à la veuve de Naïm (Lc. 7, 13), à guérir un lépreux (Mc. 1, 41), en Marc également, un père de famille fait appel à la pitié de Jésus pour guérir son fils sourd (Mc. 9, 22). Ces gestes où la pitié de Jésus est mentionnée soulignent la qualité messianique de Jésus : il apporte le salut par la miséricorde de Dieu.

La pitié de Jésus pour la foule est soulignée aux deux récits de la multiplication des pains (6, 34 et 8, 2). Dans le second cas, cette pitié est compréhensible : il a pitié de ces hommes qui le suivent et qui ont faim ; mais, dans le premier cas, Marc étonne par le motif qu'il donne à cette pitié : "parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger". Cette remarque rappelle la situation du peuple juif chaque fois qu'il est privé de chef dans l'Ancien Testament. Ainsi, avant sa mort, Moïse demande à Dieu de donner un chef à son peuple : Moïse dit au Seigneur : Que le Seigneur, le Dieu qui dispose du souffle de toute créature désigne un homme qui sera à la tête de la communauté, qui sortira et qui rentrera devant eux, et qui les fera sortir et rentrer, ainsi la communauté du Seigneur ne sera pas comme des moutons sans berger (Nb. 27, 15-17).

De même le prophète Ezéchiel annonce que Dieu lui-même va prendre soin de son peuple : Je susciterai à la tête de mon troupeau un berger unique : ce sera mon serviteur David. Lui fera paître mon peuple, lui sera leur berger (Ez. 34, 23-24).

Dans la ligne de ces textes, comme dans la ligne du Psaume 23 qui fait la louange de Dieu, pasteur de son peuple, le texte de Marc veut souligner la sollicitude de Jésus pour les foules, le repos qu'il veut accorder aux siens. En soulignant cette pitié de Jésus, Marc manifeste que la miséricorde de Dieu se manifeste en Jésus qui rassemble le peuple pour lui donner les biens qu'il attendait.

Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. Enseigner pour manifester la pitié, cela peut paraître étrange, quand on sait que "ventre affamé n'a pas d'oreilles". S'il est dit que Jésus enseigne, il n'est pas dit ce qu'il enseigne... Voilà qui est peu explicite. D'ailleurs, quand Jésus enseignait dans la synagogue de Capharnaüm (1, 21-22), Marc ne donnait pas davantage le contenu de cet enseignement. A ce moment, la foule s'étonnait ; ce n'est plus le cas ici. En enseignant, Jésus fait acte d'autorité, il manifeste sa mission : rassembler le troupeau qui était dispersé faute de pasteur.

Si on reconnaît que l'évangile n'est pas un reportage instantané de la vie de Jésus, il est possible de découvrir une structure existant dans l'Église primitive. La multiplication des pains n'est pas étrangère aux célébrations eucharistiques dans les premières communautés. Et l'on peut découvrir des analogies avec la liturgie : le récit de Marc donne à penser qu'une catéchèse expliquait la fraction du pain dans les premières communautés. L'enseignement et le repas eucharistique s'articulaient comme ils s'articulent encore dans la pratique chrétienne actuelle.

5. Jésus nourrit les foules

Chez Marc, les deux récits de la multiplication des pains ont la même structure et présentent les mêmes thèmes caractéristiques : pitié de Jésus pour les foules, dialogue avec les disciples, paroles de bénédiction nédiction des pains et des poissons, repas avec ces pains et ces poissons dans le lieu désert, rassasiement des foules, constatation de l'existence de restes, indication du nombre de personnes présentes. Toutefois, ces deux récits présentent des variantes mises en relief par une lecture synoptique.

La question se pose alors de savoir s'il y a eu une ou deux multiplications des pains. Les exégètes pensent qu'il n'y en a eu qu'une seule. Or, Marc donne deux récits. Comment expliquer ce fait ? Il faut avoir recours à l'histoire de la tradition. La première version a pour origine une communauté judéo-chrétienne, elle rappelle le miracle d'Élisée qui nourrit cent personnes avec vingt pains (2 R. 4, 42-44), soulignant ainsi la supériorité de Jésus... Ce premier récit a alors été modifié pour marquer la préfiguration de l'eucharistie, avec l'insertion de la formule liturgique de l'institution (Mc. 14, 22). Le pain multiplié évoquait alors la manne dans le désert, quand Dieu nourrissait son peuple. Dans ce même récit se trouve évoquée l'organisation du peuple dans sa marche dans le désert. Mais le récit est travaillé de façon à lui donner une dimension nouvelle, celle de l'Église avec ses douze paniers, suggérant le nombre des apôtres dont le rôle est particulièrement actif dans le premier récit, alors que les sept corbeilles du second récit évoquent plutôt le rôle des "Sept" (diacres ?) qui présidaient au service des tables dans les communautés chrétiennes issues du paganisme.

Le second récit semble donc avoir plutôt une origine dans le pagano-christianisme, d'autant plus qu'il ne se situe pas en territoire juif, mais en terre païenne, au pays de la Décapole. Et la formule liturgique n'est plus celle de Marc, mais celle de Paul : "il rendit grâce" et non : "il dit la bénédiction", ce qui suggère un type d'Église d'origine paulinienne (cf. 1 Co. 11, 24). Les païens sont invités au salut : cet appel, l'Église primitive l'avait compris non sans difficultés. Et Marc a voulu faire remonter le dessein à Jésus lui-même, ce qui est vrai, même si Jésus ne l'a lui-même jamais exprimé dans un langage clairement explicite.

Premier récit

Deuxième récit

En débarquant,                                                        

                                                                                   

Jésus vit

une grande foule.                                                    

                                                                             

                                                                              

Il fut pris de pitié                                                    

pour eux,

parce qu'ils étaient comme des brebis                    

qui n'ont pas de berger,

et il se mit à leur enseigner

beaucoup de choses.                                                

Puis, comme il était déjà tard,

ses disciples s'approchèrent de lui                        

 

 

 

 

pour lui dire :                                                        

L'endroit est désert et il est déjà tard.

Renvoie-les, qu'ils aillent

dans les hameaux et les villages                            

des environs

s'acheter de quoi manger.                                    

Mais il leur répondit :

Donnez-leur vous-mêmes à manger.

Ils lui disent : Faut-il aller acheter

pour deux cents pièces d'argent de pains

et leur donner à manger ?

Il leur dit :                                                            

Combien avez-vous de pains ?                          

Allez voir !                                                            

Cinq et deux poissons.                                       

Et il leur commanda                                            

d'installer tout le monde à la foule

par groupes, sur l'herbe verte.                            

Ils s'étendirent par rangées

de cent et de cinquante.

Jésus prit les cinq pains                                      

et les deux poissons,

et levant son regard vers le ciel,                            

il prononça la bénédiction,

rompit les pains                                                     

et il les donnait                                                

aux disciples pour qu'ils                                        

les offrent aux gens.                                              

                                                                             

Il partagea aussi                                              

les deux poissons entre tous.                                 

                                                                               

                                                                               

Ils mangèrent tous et furent rassasiés.                

Et l'on emporta les morceaux                                

qui remplissaient douze paniers                             

et aussi ce qui restait des poissons.

Ceux qui avaient mangé les pains                        

étaient cinq mille hommes.                                    

Aussitôt Jésus obligea                                          

ses disciples à remonter                                       

dans la barque                                                       

et à le précéder sur l'autre rive,                       

vers Bethsaïda,                                                       

pendant que lui-même renvoyait la foule.

En ces jours-là,

comme il y avait de nouveau

 

une grande foule

et qu'elle n'avait pas de quoi manger,

Jésus appelle ses disciples et leur dit :

J'ai pitié de cette foule,

 

car

 

 

voilà déjà trois jours qu'ils restent auprès de moi

et ils n'ont pas de quoi manger.

Si je les renvoie chez eux à jeun,

ils vont défaillir en chemin,

et il y en a qui sont venus de loin.

 

Ses disciples

lui répondirent :

 

 

Où trouver de quoi

 

de quoi les rassasier de pains ici dans un désert ?

 

 

 

 

 

Il leur demandait :

Combien avez-vous de pains ?

Ayant vérifié, ils disent :

Sept, dirent-ils.

Et il ordonne

 

de s'étendre par terre.

 

 

Puis il prit les sept pains

 

et, après avoir rendu grâce,

 

il les rompit

et il les donnait

à ses disciples pour qu'ils

les offrent.

Et ils les offrirent à la foule.

Il y avait aussi

quelques petits poissons.

Jésus prononça sur eux la bénédiction et dit

de les offrir également.

Ils mangèrent et furent rassasiés.

Et l'on emporta les morceaux

qui restaient : sept corbeilles.

 

Or ils étaient

environ quatre mille.

Puis Jésus les renvoya,

et aussitôt il monta

dans la barque avec ses disciples

et se rendit

dans la région de Dalmanoutha.

 

 

Qu'il y ait eu une ou deux multiplications des pains, les témoins ont vu un fait extraordinaire. Des hommes avaient faim, ils ont eu à manger et ils furent rassasiés à tel point qu'il y eut même des restes. Aucune autre explication n'est possible, si l'on tient à respecter le texte dans sa littéralité. Cependant, il faut tenir compte du genre littéraire, qui est celui de l'Ancien Testament. C'est avec des personnages de la Bible que Jésus est mis en parallèles : dans le cas présent, il est situé en face Élisée Jésus donne à manger à cinq mille hommes alors que le prophète n'en a nourri de deux cents (et cela avec vingt pains). La supériorité de Jésus apparaît comme incontestable. Or, les miracles Élisée étaient considérés comme supérieurs à ceux de son prédécesseur, Élie, lequel avait renouvelé les gestes de Moïse. En conséquence, Jésus est supérieur à Moïse qui avait nourri le peuple dans sa pérégrination dans le désert. Il est supérieur à Élie : il est donc le Prophète par excellence, et il ne faudra as s'étonner de le voir transfiguré aux côtés de Moïse et Élie (Mc. 9, 2-10).

En revanche, ce qui est assez exceptionnel, c'est que cette multiplication des pains n'ait eu aucun effet sur les foules. Celles-ci ne sont pas dans l'admiration, comme dans le cas de la guérison du paralytique de Capharnaüm (2, 12), elles ne cherchent pas à faire de Jésus leur roi comme dans l'évangile selon Jean (6, 15). De plus, ce miracle n'a pas été compris par les disciples, ainsi que Marc le souligne lui-même un peu plus loin :

Les disciples avaient oublié de prendre des pains et n'en avaient qu'un seul avec eux dans la barque. Jésus leur faisait cette recommandation : Attention, prenez garde au levain des Pharisiens et à celui d'Hérode. Ils se mirent à discuter entre eux parce qu'ils n'avaient pas de pains. Jésus s'en aperçoit et dit : Pourquoi discutez-vous parce que vous n'avez pas de pains ? Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le coeur endurci, vous avez des yeux : ne voyez-vous pas, vous avec des oreilles : n'entendez-vous pas ? Ne vous rappelez-vous pas, quand j'ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux vous avez emportés ? Ils lui disent : Douze. Et quand j'ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées ? Ils disent : Sept. Et il leur disait : Ne comprenez-vous pas encore ?

Mais alors comment faut-il saisir cette incompréhension ? Certes, la multiplication des pains doit reposer sur un fait réel, puisqu'elle est rapportée par les quatre évangélistes, elle a dû marquer un tournant essentiel dans la prédication de Jésus. Jamais la foule des pauvres qui le suivaient n'avait tant espéré en lui, et les disciples eux-mêmes ont eu le coeur endurci, ils ont été comme saisis d'un enthousiasme que Jésus redoutait. Ils ne comprirent que longtemps après. Et ce qu'ils ont compris, ils l'ont exprimé dans la signification de l'eucharistie. Le vrai sens de la multiplication des pains s'est trouvé pour eux dans le repas eucharistique dont le miracle n'était que la préfiguration. Ils ont alors réinterprété le miracle dans cette perspective, en introduisant des formules liturgiques dans le texte même du récit.

6. Jésus marche sur les eaux

Aussitôt Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule. Après l'avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier. Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. Voyant qu'ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme et ils poussèrent des cris. Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla, il leur dit : Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur. Il monta près d'eux dans la barque et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés. En effet, ils n'avaient rien compris à l'affaire des pains, leur coeur était endurci.

Cet épisode semble bien réunir deux faits distincts : la marche de Jésus sur la mer et l'apaisement de la tempête. Les disciples, congédiés, sont repartis en mer et ils luttent contre un vent contraire, et quand Jésus monte dans la barque le vent tombe. Marc veut établir un lien entre la multiplication des pains et la marche sur les eaux. D'abord par la connexion temporelle de ce récit avec celui qui précède, ensuite par le fait que les disciples n'ont rien compris à l'affaire des pains.

Si la multiplication des pains pouvait évoquer la nourriture reçue de Dieu dans le désert, la marche de Jésus sur la mer évoque le passage de Dieu auprès de Moïse sur le mont Sinaï et auprès Élie à l'Horeb (l'autre nom du Sinaï).

Ce récit de la marche sur les eaux n'est autre que celui d'une théophanie, d'une manifestation de Dieu. Et il est alors possible de comprendre l'incise de Marc au verset 46 : Après l'avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier. Le contact avec le Père prépare cette manifestation de forces supra-humaines. Et quand Jésus se donne à reconnaître, il dit simplement : "C'est moi", ce qui n'est pas sans lien avec la manifestation de Dieu à Moïse : "Je suis" (Ex. 3, 14).

Marc a donc rapporté ce que les disciples avaient vu et entendu, mais une fois encore, il donne une interprétation de type eucharistique, en rattachant l'événement à la Pâque, au passage de Dieu parmi son peuple. L'homme ne peut voir Dieu et demeurer en vie. C'est un thème constant de l'Ancien Testament. Pour se faire connaître, Dieu ne peut que passer :

Il dit : Tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne saurait me voir et vivre. Le Seigneur dit : Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t'abriterai tant que je passerai. Puis j'écarterai ma main, et tu me verras de dos, mais ma face, on ne peut la voir (Ex. 33, 20-22).

Et la théophanie, dans la marche de Jésus sur les eaux se trouve soulignée par l'aspect étrange de l'événement (et donc par l'affolement des disciples) et par la supériorité sur les forces de la mort. En effet, pour les juifs, la mer, avec ses eaux redoutables, n'était pas seulement un lieu physique sur lequel il était impossible de marcher, mais le lieu des puissances de la mort, des puissances infernales (cf. Mc. 5, 1-20). Jésus marche sur les eaux sans s'y enfoncer. C'est donc qu'il est comme Dieu, supérieur à la mort.

Ce récit de la marche sur les eaux s'articule avec celui de la multiplication des pains pour dire que Jésus est le Bon Pasteur qui amène son troupeau "sur l'herbe verte" (Mc. 6, 40), en relation avec le Psaume 23 : "sur des près d'herbe fraîche, il me fait reposer", qui nourrit ce troupeau, et qui le sauve finalement de la mort, puisqu'il la foule aux pieds. De la sorte, par une lecture de ces textes de manière eucharistique, on découvre que, dans l'eucharistie, Jésus fait passer les siens de la mort à la vie nouvelle.

Dès lors, tout en rapportant des faits qui se sont réellement passés, Marc souligne l'interprétation qui est celle de la première Église : le Royaume annoncé par Jésus ne se situe pas sur un plan politique, mais sur celui du passage de la mort à la vie.

Seulement, il fallait attendre la résurrection de Jésus pour comprendre ces faits, et il est possible de saisir pourquoi l'esprit des disciples est encore obscurci...

7. Guérisons à Génésareth

C'est encore un condensé de l'activité miraculeuse de Jésus, qui est perçu comme un guérisseur. Les foules ne cessent de se ruer vers lui parce qu'il suscitait une immense espérance.

Après la traversée, ils touchèrent terre à Génésareth et ils abordèrent. Dès qu'ils eurent débarqué, les gens reconnurent Jésus, ils parcoururent tout le pays et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l'on apprenait qu'il était. Partout où il entrait, villages, villes ou hameaux, on mettait les malades sur les places, on le suppliait de les laisser toucher seulement la frange de son manteau, et ceux qui le touchaient étaient tous guéris.

En soulignant que tous étaient guéris, Marc continue d'indiquer la bienveillance de Jésus, même pour ceux qui n'avaient pas une foi réfléchie, telle que celle de la femme qui souffrait d'hémorragies (5, 25-34) dont la guérison semble être rappelée au verset 56. La rencontre avec Jésus apporte la guérison, même si l'homme n'y contribue pas directement par sa foi. Seulement, le Royaume de Dieu qui s'instaure souffre alors d'une certaine ambiguïté : les miracles sont bien des signes, mais des signes de quoi ? puisqu'il n'y a aucune exigence pour être guéri... A moins qu'il ne s'agisse pas de miracles, mais de simples guérisons, comme il l'a été expliqué précédemment...

8. Discussions avec les Pharisiens sur les traditions

Cette discussion de Jésus avec les Pharisiens, la foule et les disciples à propos des traditions religieuses est un passage assez composite. Certes, il semble y avoir unité de temps et de lieu, mais l'aspect composite vient de la multiplicité des personnages et de la diversité des questions posées à Jésus et des propos de celui-ci. D'autre part, il semble que cette discussion a été très travaillée par le rédacteur, afin de faire comprendre au lecteur non-juif les coutumes de la religion juive. En effet, le lecteur auquel Marc s'adresse appartient à un monde étranger au monde palestinien, ce qui impose la nécessité d'expliquer la multiplication des ablutions en usage surtout chez les Pharisiens. Le terme "juif" n'a pas le sens restrictif que lui donne le quatrième évangile : ici, il désigne le peuple qui pratique ces usages, même si des négligences peuvent être relevées ! Le caractère composite du récit peut être mieux décelé, si on accepte de relire le texte dans un ordre un peu différent :

- un reproche des Pharisiens à Jésus (vv. 1, 2, 5)

Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de Jésus. Ils voient que certains de ses disciples prennent leurs repas avec des mains impures, c'est-à-dire sans les avoir lavées. Les Pharisiens et les scribes demandent donc à Jésus : Pourquoi tes disciples ne se conduisent-ils pas conformément à la tradition des anciens, mais prennent-ils leurs repas avec des mains impures ?

- une explication de Marc pour les lecteurs (vv. 3-4)

En effet, les Pharisiens, comme tous les juifs, ne mangent jamais sans s'être lavé soigneusement les mains, par attachement à la tradition des anciens ; en revenant du marché, ils ne mangent pas sans avoir fait des ablutions, et il y a beaucoup d'autres pratiques traditionnelles auxquels ils sont attachés : lavages rituels des coupes, des cruches et des plats.

- une première réponse de Jésus (vv. 6-8)

Il leur dit : Esaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, car il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi, c'est en vain qu'ils me rendent un culte car les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes d'hommes. Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous vous attachez à la tradition des hommes.

- une seconde réponse de Jésus (vv. 9-13)

Il leur disait : Vous repoussez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et encore : Celui qui maudit père ou mère, qu'il soit puni de mort. Mais vous, vous dites : Si quelqu'un dit à son père ou à sa mère : Le secours que tu devais recevoir de moi est qorban, c'est-à-dire offrande sacrée, vous lui permettez de ne plus rien faire pour son père ou pour sa mère. Vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre.

- une sorte de parabole pour la foule (14-15)

Puis appelant de nouveau la foule, il leur disait : Écoutez-moi tous et comprenez. Il n'y a rien d'extérieur à l'homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur.

- un verset n'apparaît que dans certains manuscrits (v. 16)

Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende !

- l'explication de la parabole pour les disciples (vv. 17-19)

Lorsqu'il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur cette parole énigmatique. Il leur dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne savez-vous pas que rien de ce qui pénètre de l'extérieur dans l'homme ne peut le rendre impur, puisque cela ne pénètre pas dans son coeur, mais dans son ventre, puis s'en va dans la fosse ? Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs.

- une explication sur le pur et l'impur (vv. 20-23)

Il disait : Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui rend l'homme impur. En effet, c'est de l'intérieur, c'est du coeur des hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidité, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison. Tout ce mal sort de l'intérieur et rend l'homme impur.

Certains disciples de Jésus ne se purifiaient pas les mains avant les repas. Les pharisiens les accusent de ne pas suivre la tradition des anciens, tradition rapportée par l'école rabbinique de façon orale, ce qui complétait l'enseignement de la Torah. Les prescriptions s'étaient tellement multipliées qu'elles rendaient la Torah pratiquement inapplicable ; seuls, les spécialistes pouvaient encore s'y reconnaître. Pour eux, d'ailleurs, le rite importait beaucoup plus que l'intention. C'était en quelque sorte un signe extérieur manifestant l'orthodoxie religieuse. Jésus va dénoncer cette pratique, en portant un coup direct à ses accusateurs. Il n'est plus temps de ménager ses adversaires. Depuis longtemps déjà, la question est tranchée chez Marc : on connaît les disciples de Jésus et leurs adversaires qui invoquent sans cesse la tradition, et souvent une tradition purement humaine, sans se soucier des obligations envers Dieu. Le zèle religieux est devenu pur formalisme, hypocrisie, ou pure vanité. La casuistique rabbinique est élogieuse à ce propos, notamment dans la déclaration de "qorban", ce mot araméen signifiant : offrande faite à Dieu. Les scribes soutenaient que le fait pour le fils de déclarer "offert à Dieu" tout service dont il aurait pu, le cas échéant, assister ses parents équivalait à un engagement sacré, un vœu, un serment, qui ne l'obligeait plus à leur porter secours, puisque ses biens étaient destinés au Temple. Pourtant, cette promesse n'obligeait même pas d'offrir au Temple le bien réservé : elle liait simplement le fils à l'égard de ses parents, ce qui lui permettait de ne plus subvenir à leurs besoins. De plus, les écoles rabbiniques (aux troisième et quatrième siècles après Jésus-Christ) en arrivent même à prévoir des possibilités de faire annuler le vœu : erreur, contrainte, témérité imprudente. Et il n'est pas prouvé que cette possibilité n'existait pas au temps de Jésus, d'une manière assez répandue chez les Pharisiens. C'était en quelque sorte une parole ouverte qui permettait à celui qui avait juré de reprendre sa parole. Toujours est-il que cette théorie du "qorban" pouvait conduire à un double péché. Péché envers les hommes qui étaient privés de secours, et injure envers Dieu dont le nom servait à couvrir une fausse religiosité, une conduite inique.

La place de la discussion sur les traditions dans l'évangile selon Marc est importante. Avant une activité de Jésus en territoire païen, c'est une proclamation de principe qui est faite. Pour entrer dans le Royaume, pour entendre la proclamation de la Bonne Nouvelle, toutes les barrières ont été abolies, les séparations entre les purs et les impurs, les justes et les pécheurs, tombent. Il n'y a plus de distinction entre juifs et païens : tous pourront prendre part au repas du Seigneur. Le verset 15 est particulièrement réaliste.. C'est une sorte de sentence qui répond au goût stylistique palestinien, avec un parallélisme antithétique, des assonances avec des jeux de mots et un rythme bien marqué :

Il n'y a rien d'extérieur à l'homme

qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui,

mais ce qui sort de l'homme,

voilà ce qui rend l'homme impur.

Il est possible d'entendre la seconde moitié de la sentence comme le fait le verset 19 : il s'agirait d'excréments. Cette interprétation abonde dans le sens de la Torah, ainsi que le note le livre du Deutéronome :

Tu auras un endroit hors du camp. Et c'est là que tu iras. Tu auras un piquet avec tes affaires, et quand tu iras t'accroupir dehors, tu creuseras avec, et tu recouvriras tes excréments. Car le Seigneur ton Dieu lui-même va et vient au milieu de ton camp pour te sauver, et il ne faut pas que le Seigneur ton Dieu voit quelque chose qui lui ferait honte : il cesserait de te suivre (Dt. 23, 13-15).

Mais la première partie de la sentence contredit la Torah qui reconnaissait des aliments impurs, c'est-à-dire qui rendent l'homme impur. De cette manière, une même parole marque des relations différentes avec la Loi mosaïque : c'est dans son ambiguïté qu'elle a pu faire choc auprès des autorités pharisiennes. La distinction entre le dehors et le dedans, déjà rencontrée à propos des hommes, se retrouve ici. Il ne s'agit pas seulement des aliments introduits du dehors dans le corps, mais aussi de deux niveaux anthropologiques, celui de la périphérie et celui du centre. C'est au "coeur" de l'homme que se rapporte cette sentence, ainsi que le manifeste l'interprétation qui est donnée au verset 21 : En effet, c'est de l'intérieur, c'est du coeur des hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduites, vols, meurtres.

C'est le coeur de l'homme qui est le centre de la décision, et donc la seule impureté véritable est celle qui vient de celui qui se décide librement pour le mal. Par cette simple phrase, Jésus manifeste aussi l'extraordinaire liberté de l'homme, sa responsabilité profonde devant Dieu et devant les autres hommes. La véritable religion, ce n'est pas celle des commandements, qui peut être observée de manière routinière sans s'occuper des dispositions du coeurs. La religion évangélique est fondée sur les dispositions intérieures, sur le coeur de l'homme.

De même, dans le domaine moral, le bien et le mal ne se situent pas à l'extérieur de l'homme, ils ne se déterminent pas par une tradition humaine, ils se mesurent aux exigences de la conscience morale, généralement exprimée par les commandements de Dieu, qui ont une dimension d'universalité et qui ne se limitent pas à des règles cultuelles ou rituelles.

9. La foi d'une syro-phénicienne

Si on considère simplement ce récit comme un récit de miracle, on serait en droit de se demander quelle est l'utilité de cette mention dans le contexte. En effet, on peut supposer une forme archaïque de ce miracle qui se laisse repérer dans le texte lui-même :

Une femme dont la fille avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. Elle demandait à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. Il lui dit : Va, le démon est sorti de ta fille. Elle retourna chez elle et trouve l'enfant étendue sur son lit : le démon l'avait quittée.

Dans ce miracle, l'évangéliste souligne le pouvoir de Jésus qui s'exerce même à distance. Marc utilise ce récit dans son développement sur le pain afin de montrer que les païens eux aussi sont invités au repas eucharistique. Ainsi, il centre le miracle sur un dialogue à propos des enfants et des chiens.

On sait que, pour les juifs, les païens étaient considérés comme des chiens. Le pain est réservé aux enfants, mais les chiens peuvent manger les miettes sous la table.

Et, en ajoutant encore l'identité de cette femme, une païenne (une grecque) d'origine syro-phénicienne, il souligne que tous sont invités à l'eucharistie.

Parti de là,

Jésus se rendit

dans le territoire de Tyr.

Il entra dans une maison

et il ne voulait pas qu'on le sache,

mais il ne put rester ignoré.

Tout de suite,

une femme dont la fille

avait un esprit impur

entendit parler de lui

et vint se jeter à ses pieds.

 

 

Cette femme était païenne,

syro-phénicienne de naissance.

Elle demandait à Jésus

de chasser            

le démon hors de sa fille..

Jésus lui disait :

Laisse d'abord les enfants

se rassasier,

car ce n'est pas bien

de prendre le pain des enfants sous la table,

pour le jeter aux petits chiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle retourna chez elle

et trouve l'enfant étendue sur son lit :

le démon l'avait quittée.

 

 

Il lui dit : A cause de cette parole,

va,

le démon est sorti de ta fille.

Elle lui répondit :

 

C'est vrai, Seigneur,

mais les petits chiens,

mangent

les miettes des enfants.

 

Dans la comparaison entre le début et la fin du récit, il est possible de relever l'insistance sur l'origine de cette femme. Elle représente l'ensemble des païens admis à l'eucharistie. Le miracle s'estompe devant la déclaration de cette femme qui utilise à son avantage la réponse de Jésus. Celui-ci se trouve acculé à opérer un miracle : "A cause de cette parole", et cette parole est précisément une réponse sur le pain... qu'il n'est pas permis de prendre aux enfants pour le donner aux chiens. La foi, telle qu'elle est manifestée ici, s'inscrit dans un dynamisme corporel et sensitif. Il faut entendre parler de Jésus, venir se jeter à ses pieds, parler avec lui (et, au besoin, chercher à avoir le dernier mot !) pour lui témoigner une foi humaine.

10. Guérison d'un sourd-muet et d'un aveugle

Ces deux récits peuvent être mis en parallèles : il s'agit plus de guérisons que de miracles...

Jésus quitta le territoire de Tyr

et revint par Sidon vers la mer de Galilée                     

en traversant le territoire de la Décapole.

On lui amène un sourd                                                   

qui de plus parlait difficilement

et on le supplie      

de lui imposer la main.                                                   

Le prenant loin de la foule,                                            

à l'écart,                                                                     

Jésus lui mit les doigts                                               

dans les oreilles,                                                         

et lui toucha la langue.                                                  

                                                                                       

                                                                                       

                                                                                      

                                                                                       

                                                                                       

Puis, levant son regard vers le ciel,

il soupira. Et il lui dit :

Ephphata ! c'est-à-dire : Ouvre-toi !

Aussitôt, ses oreilles s'ouvrirent,

sa langue se délia, il était guéri

et il parlait correctement.            

Jésus leur commanda       

de n'en parler à personne, en disant :

N'entre même pas dans le village.

mais plus il le leur recommandait,

plus ceux-ci le proclamaient.

Ils étaient impressionnés et ils disaient :

Il a bien fait toutes choses,

il fait entendre les sourds

et parler les muets.

Ils arrivent à Bethsaïda.

 

On lui amène un aveugle

 

et on le supplie

de le toucher.

Prenant l'aveugle par la main,

il le conduisit hors du village.

Il mit de la salive

cracha sur ses yeux,

lui imposa les mains

et il lui demandait :

Vois-tu quelque chose ?

Ayant ouvert les yeux, il disait : J'aperçois des gens,

je les vois comme des arbres qui marchent.

Puis Jésus lui pose de nouveau les mains sur les yeux

et l'homme vit clair,

 

 

 

 

 

et voyait tout distinctement.

Jésus le renvoya chez lui

 

 

 

 

Ce sont deux infirmes anonymes qui sont amenés à Jésus, on ne sait même pas par qui. Ils subissent plus ou moins passivement ce que Jésus fait sur eux, avec une application particulièrement détaillée, comme si ses gestes et ses paroles (surtout en araméen) avaient une grande importance, plus grande que son rapport personnel avec ces malades. Aucune mention de la foi de ces infirmes ou de celle de ceux qui les amènent. Le rôle de la salive semble bizarre? Et encore, pourquoi Jésus doit-il agir en secret, à l'écart de la foule ? Il n'est donc pas étonnant que ces deux guérisons soient pratiquement ignorées dans l'enseignement traditionnel de l'Église, d'autant plus que les autres évangélistes les ignorent, même si la guérison de l'aveugle-né peut avoir quelque rapport avec celle de l'aveugle de Bethsaïda.

Ces deux récits, comparables par leur style, se situent à la fin d'une série d'épisodes concernant la multiplication des pains, et surtout sur l'entrée des "impurs" dans le repas eucharistique. En guérissant ces deux infirmes, Jésus leur donne des sens nouveaux. Aveugle, il peut voir, sourd, il peut entendre, muet, il peut parler. La liturgie baptismale ancienne utilisait ces formes pour ouvrir les sens du nouveau chrétien.

Ce qui gêne particulièrement le lecteur, c'est le caractère quelque peu magique de ces guérisons. Marc utilise un modèle bien connu dans l'antiquité, aussi bien chez les juifs que chez les grecs. Un malade est mis en rapport avec un guérisseur, une cure se déroule, un résultat est produit, constaté et rapporté à l'assistance. Jésus semble être réduit à exercer ce rôle de guérisseur, alors qu'habituellement un geste de la main et une simple parole suffisent pour opérer la guérison. La réaction de la foule dans l'épisode du sourd-muet est significative ; elle marque que ces hommes ont compris, d'une manière sans doute imparfaite, que les prophéties d'Esaïe se réalisent avec Jésus : Alors les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s'ouvriront, alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie (Es. 35, 5-6).

Dans sa catéchèse, Marc devait reconnaître que Jésus accomplissait les promesses des prophètes, mais il renvoie bien au-delà des prophètes, il renvoie à la Création elle-même : "Il a bien fait toutes choses" n'est sans doute pas sans rappeler les oeuvres de Dieu, au premier chapitre de la Genèse : Toutes les choses qu'il avait faites, Dieu vit qu'elles étaient très bonnes (Gn. 1, 31).

C'est la première fois que Marc apporte une réponse de la foule sur le mode de l'affirmation et non plus seulement sur celui de l'interrogation. Mais il ne s'agit que des oeuvres de Jésus, pas encore de son identité, qui n'est toujours pas dévoilée aux hommes. La guérison du sourd-muet débouche sur une reconnaissance de l'action de Jésus comme le signe de la venue du temps du salut. La guérison de l'aveugle trouvera son achèvement dans la reconnaissance de l'identité de Jésus par Pierre.

Par ailleurs, il faut noter que ces deux guérisons se situent dans une suite d'événements comparables :

- multiplication des pains : 6, 30-44 et 8, 1-9

- traversée de la mer 6, 45-52 et 8, 10

- discussion avec les adversaires 7, 1-15 et 8, 11-13

- discussion avec les disciples 7, 17-22 et 8, 14-21

Conclusion : La pédagogie de Jésus

Tout au long de ce développement sur le pain, le mystère de la personne de Jésus se dévoile et en même temps se cache. Jésus est incompris par ses disciples qui tombent sous le coup de l'accusation que Jésus pose à l'encontre des pharisiens : "coeurs endurcis".

Les deux dernières guérisons se font en deux temps : le sourd-muet entend avant de pouvoir parler, l'aveugle voit bien imparfaitement avant de voir correctement. On peut y voir une manière pédagogique pour exprimer la foi des disciples : ils comprennent sans comprendre, ils voient sans voir, en attendant qu'ils puissent comprendre et voir sans autre secours.

Et la confession de foi de Pierre qui marque l'aboutissement de toute cette démarche n'est jamais qu'une étape transitoire : elle appelle un éclaircissement sur la mission de Jésus, sur la nécessité de la souffrance et de la mort. Pierre, en reconnaissant en Jésus le Christ, parle, mais il ne parle pas encore correctement.