La vie et l’œuvre de saint Paul

 

Depuis toujours, Paul a la solide réputation d’être un auteur particulièrement difficile. Ses écrits ne sont pas comparables avec les textes évangéliques, qui retracent, de manière anecdotique, la vie et l’œuvre de Jésus de Nazareth. Et même les discours de Jésus, selon le style qui était propre à ce prophète galiléen, ne sont pas aussi difficiles à comprendre que les textes de l’apôtre Paul. Celui-ci est, avant tout, un théologien, et un théologien qui entreprend de construire l’Eglise, la communauté chrétienne, en organisant à partir des grands principes énoncés par Jésus lui-même. Il serait même possible de dire qu’avec Paul, nous sommes en présence du véritable fondateur du christianisme. En effet, beaucoup plus que Jésus, Paul est animé du grand souci d’édifier le corps de l’Eglise, en l’établissant sur des piliers solides.

Portrait de l’apôtre

Même s’il apparaît comme un auteur particulièrement difficile, Paul est néanmoins un homme très attachant, qui se révèle tel qu’il est dans ses lettres : un saint, mais un saint bourré de défauts, et c’est sans doute en cela qu’il est attachant... D’après certaines indications du Nouveau Testament, il est possible de découvrir quelques traits physiques de paul. C’était un homme de petite taille : il se nomme lui-même « Paulos », un nom tiré du surnom romain Paulus (petit). Légèrement voûté, il avait les jambes arquées. Son teint était pâle. Chauve au sommet de la tête, il portait une barbe abondante. A l’époque de sa prédication, il était d’apparence âgée et il avait une contenance embarrassée, provenant d’un état maladif, dont on ne peut déterminer la nature avec précision. Cet état maladif est d’ailleurs exprimé par Paul lui-même, dans sa deuxième lettre aux chrétiens de Corinthe, comme « une écharde dans sa chair », afin qu’il ne puisse s’enorgueillir des révélations qui lui ont été faites.

Il faut se glorifier... Cela n'est pas bon. J'en viendrai néanmoins à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu'au troisième ciel (si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait). Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps je ne sais, Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu'il entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer. Je me glorifierai d'un tel homme, mais de moi-même je ne me glorifierai pas, sinon de mes infirmités. Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m'en abstiens, afin que personne n'ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu'il voit en moi ou à ce qu'il entend de moi. Et pour que je ne sois pas enflé d'orgueil, à cause de l'excellence de ces révélations, il m'a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m'empêcher de m'enorgueillir. Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et il m'a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort. (2 Co. 12, 1-10).

Paul décline aussi lui-même son identité civile et religieuse, dans la lettre qu’il adresse à la communauté de Philippes, au chapitre 3. Là également, il aurait l’occasion de tirer son orgueil dans la pureté de son ascendance juive.

Moi aussi, cependant, j’aurais sujet de mettre ma confiance en la chair. Si quelque autre croit pouvoir se confier en la chair, je le puis bien davantage, moi, circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux ; quant à la loi, pharisien ; quant au zèle, persécuteur de l’Église ; irréprochable, à l’égard de la justice de la loi. Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ. Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi. (Phi. 3, 4-9).

Les termes de la Loi mosaïque prescrivaient que tout enfant juif devait être circoncis le huitième jour qui suivait sa naissance. En se présentant comme appartenant à la race d’Israël, Paul manifeste qu’il est membre, à part entière, du peuple élu, auquel il participe, dans sa chair, par la circoncision, signe de l’alliance de Dieu avec Abraham et sa descendance. Paul est un descendant de la tribu de Benjamin; celui-ci jouissait d’un prestige particulier parmi les douze tribus issues du patriarche Jacob, appelé Israël : Benjamin était le second fils de Rachel, l’épouse préférée de Jacob, le seul fils à être né sur la Terre Promise. C’est de la tribu issue de Benjamin qu’était né le premier roi, Saül. C’est également cette tribu qui, avec la tribu de Juda, avait conservé le patrimoine religieux et national, après le schisme et l’exil à Babylone. Paul se présente également comme « hébreu » ; par là, il souligne ce que l’on peut considérer comme l’aspect archaïque de la société religieuse juive, remontant au-delà de Moïse : Paul fait partie de cette race sémitique, qui émigra en la personne du patriarche Abraham, considéré comme le premier « Hébreu » (c’est-à-dire, selon l’étymologie populaire : celui qui est venu de l’autre côté du fleuve). Mais Paul, connu alors sous le nom de Saul de Tarse, n’était pas seulement bien né, il faisait partie de la secte religieuse des pharisiens. Ceux-ci étaient connus pour leur intransigeance vis-à-vis de la Loi mosaïque. Le zèle de Paul à défendre la cause de la religion et de la Loi le conduisait même à être un ardent persécuteur de l’Eglise. Et Paul ne considère pas la persécution qu’il menait contre la première communauté chrétienne comme un aspect secondaire de son existence. Au contraire, c’était pour lui, à l’époque l’occasion de manifester aux yeux de tous qu’il s’attachait à la seule gloire et au seul honneur du Dieu unique. En soulignant ce zèle, Paul signale le danger auquel peut conduire la reconnaissance des prédicateurs chrétiens venus du judaïsme : l’hérésie chrétienne peut facilement se faire jour, sous le zèle à rappeler les exigences de la Loi juive. Le fanatisme religieux conduit toujours à la persécution : la justice et l'irréprochabilité, considérées à une échelle purement humaine, peuvent finir par porter atteinte au Corps de l'Eglise, désignée dans son unité et non pas dans la diversité des différentes communautés chrétiennes répandues à travers le monde romain.

De plus, Paul est citoyen romain, de naissance, privilège qui est assez remarquable pour qu'il le revendique à plusieurs reprises, notamment lorsqu'il est présenté devant les tribunaux romains ; ainsi, au chapitre 22 des Actes des Apôtres :

 

Ils (les Juifs) l'écoutèrent jusqu'à cette parole. Mais alors ils élevèrent la voix, disant : Ote de la terre un pareil homme! Il n'est pas digne de vivre. Et ils poussaient des cris, jetaient leurs vêtements, lançaient de la poussière en l'air. Le tribun commanda de faire entrer Paul dans la forteresse, et de lui donner la question par le fouet, afin de savoir pour quel motif ils criaient ainsi contre lui. Lorsqu'on l'eut exposé au fouet, Paul dit au centenier qui était présent : Vous est-il permis de battre de verges un citoyen romain, qui n'est pas même condamné ? A ces mots, le centenier alla vers le tribun pour l'avertir, disant: Que vas-tu faire ? Cet homme est Romain. Et le tribun, étant venu, dit à Paul : Dis-moi, es-tu Romain ? Oui, répondit-il. Le tribun reprit : C'est avec beaucoup d'argent que j'ai acquis ce droit de citoyen. Et moi, dit Paul, je l'ai par ma naissance. Aussitôt ceux qui devaient lui donner la question se retirèrent, et le tribun, voyant que Paul était Romain, fut dans la crainte parce qu'il l'avait fait lier. (Ac. 22, 22-29).

Les Juifs de Tarse, ville d'origine de Paul, vivaient mêlés aux païens, et le jeune Saul connaissait bien le grec qui était la langue commune. Dès son plus jeune âge, il fut envoyé à l'école juive, où toute l'instruction se faisait à partir de l'Ecriture Sainte. Il fut ainsi familiarisé avec la Bible hébraïque, et avec la Bible des Septante, la version grecque de la Bible hébraïque. C'est ce qui explique sa grande connaissance de l'Ancien Testament, ainsi qu'en témoignent toutes ses lettres. Vers l'âge de treize ans, sans doute après sa Bar-mitsva, sa profession de foi juive, il est envoyé à Jérusalem, afin d'y poursuivre sa formation : Paul lui-même s'en explique, au chapitre 22 des Actes des Apôtres :

Hommes frères et pères, écoutez ce que j'ai maintenant à vous dire pour ma défense ! Lorsqu'ils entendirent qu'il leur parlait en langue hébraïque, ils redoublèrent de silence. Et Paul dit : je suis Juif, né à Tarse en Cilicie ; mais j'ai été élevé dans cette ville-ci, et instruit aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi de nos pères, étant plein de zèle pour Dieu, comme vous l'êtes tous aujourd'hui. J'ai persécuté à mort cette doctrine, liant et mettant en prison hommes et femmes. Le souverain prêtre et tout le collège des anciens m'en sont témoins. J'ai même reçu d'eux des lettres pour les frères de Damas, où je me rendis afin d'amener liés à Jérusalem ceux qui se trouvaient là et de les faire punir. (Ac. 22, 1-5).

Par son maître, Gamaliel, Paul fut initié aux traditions les plus complètes que les rabbins avaient ajoutées à la Bible. Gamaliel était l'un des plus célèbres rabbins du courant pharisien. Et, comme tous les grands maîtres de son temps, Gamaliel enseignait toutes les traditions compilées dans le Talmud, qui devait avoir une autorité équivalente à celle de la Loi elle-même, ce que Jésus leur reprochait vivement. Selon les écrits néo-testamentaires, Gamaliel semble avoir été droit et honnête dans son enseignement, et avoir souvent fait preuve de modération. C'est lui, en effet, qui intervient auprès des juifs excités, afin de leur faire prendre patience, après l'arrestation des premiers disciples de Jésus telle qu'elle est rapportée au chapitre 5 des Actes des Apôtres :

Pierre et les apôtres répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez tué, en le pendant au bois. Dieu l'a élevé par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la repentance et le pardon des péchés. Nous sommes témoins de ces choses, de même que le Saint-Esprit, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. Furieux de ces paroles, ils voulaient les faire mourir. Mais un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, estimé de tout le peuple, se leva dans le sanhédrin, et ordonna de faire sortir un instant les apôtres. Puis il leur dit : Hommes Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à l'égard de ces gens. Car, il n'y a pas longtemps que parut Theudas, qui se donnait pour quelque chose, et auquel se rallièrent environ quatre cents hommes: il fut tué, et tous ceux qui l'avaient suivi furent mis en déroute et réduits à rien. Après lui, parut Judas le Galiléen, à l'époque du recensement, et il attira du monde à son parti : il périt aussi, et tous ceux qui l'avaient suivi furent dispersés. Et maintenant, je vous le dis ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette oeuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu. Ils se rangèrent à son avis. Et ayant appelé les apôtres, ils les firent battre de verges, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus, et ils les relâchèrent. Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus. Et chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient d'enseigner, et d'annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ. (Ac. 5, 29-42).

La formation que Paul avait reçue ne le prédisposait donc pas à accueillir favorablement les enseignement d'un petit prophète galiléen, Jésus de Nazareth, qui semait le trouble dans les esprits et les cœurs de tous ceux qui voulaient suivre le plus strictement possible des enseignements de la Loi mosaïque. Il ne semble pas que Saul de Tarse ait connu Jésus au cours de sa vie publique, et même s'il l'avait rencontré, Saul n'aurait pas été ébranlé dans ses convictions religieuses les plus profondes, voulant garder la fidélité à la foi de ses pères et de ses maîtres.

Saul regagna son pays d'origine vers sa vingtième année, pour y commencer vraisemblablement ses fonctions de rabbin, enseignant la Bible et le Talmud, en se perfectionnant également dans le métier qu'il avait appris de son père, fabricant de tente en poil de chèvre, la spécialité de Tarse. En effet, le rabbin doit toujours gagner sa vie en travaillant de ses mains.

Sur le chemin de Damas

Pour des raisons que nous ne pouvons pas connaître, Saul est de retour à Jérusalem, peu de temps après la Passion de Jésus, sans doute vers les années 31-32. Il est toujours un pharisien convaincu et rigoureux qui n'admet pas de transiger avec la tradition. Bien des choses s'étaient passées à Jérusalem depuis le jour où il avait quitté cette ville : la mort de Jésus n'avait pas mis fin aux grandes discussions qu'avait pu susciter son enseignement, son supplice infamant n'avait pas découragé l'ardeur de ses partisans, au contraire. Ses disciples assuraient qu'il était ressuscité et qu'il était le Messie, promis depuis des générations. Beaucoup de juifs, et particulièrement ceux de langue grecque, s'étaient laissé séduire par la nouvelle doctrine. Et la nouvelle secte gagnait de nombreux adeptes, même parmi les prêtres juifs. Gamaliel lui-même semblait impressionné par les événements et il conseillait la tolérance, comme le rapporte le texte du livre des Actes des Apôtres cité précédemment. Sur son intervention personnelle, les apôtres avaient été libérés et continuaient l'enseignement qu'ils avaient reçu de leur maître. Pour Saul de Tarse, cet enseignement nouveau constituait un péril très sérieux pour la tradition de la religion juive. Un disciple était particulièrement gênant, puisqu'il portait la discussion jusque dans les synagogues, troublant les docteurs de la Loi eux-mêmes. Traduit devant le Sanhédrin, le grand tribunal religieux, Etienne esquissa à grands traits l’œuvre de Dieu sur son peuple depuis l'époque d'Abraham. Les membres du tribunal ne purent supporter ses paroles alors qu'il leur décrivait sa vision apocalyptique des cieux ouverts, comme l'indique le chapitre 7 des Actes des Apôtres :

En entendant ces paroles, ils étaient furieux dans leur cœur, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! Puis, s'étant mis à genoux, il s'écria d'une voix forte : Seigneur, ne leur impute pas ce péché ! Et, après ces paroles, il s'endormit. Saul avait approuvé le meurtre d'Étienne. (Ac. 7, 54 – 8, 1).

Ainsi Etienne fut lapidé. Saul fut témoin de l'événement auquel il ne prit aucune part active, mais qu'il approuvait. Cette exécution sommaire fut le signal d'une première persécution à Jérusalem : les disciples durent quitter la ville pour gagner les campagnes de Judée et de Samarie. Saul fut alors remarqué en raison de son ardeur à combattre les disciples, il se mit rapidement à la tête des persécuteurs. Et, c'est en toute bonne foi qu' il agissait ainsi, comme il l'affirme lui-même devant le roi Agrippa, au chapitre 26 des Actes Apôtres :

Pour moi, j'avais cru devoir agir vigoureusement contre le nom de Jésus de Nazareth. C'est ce que j'ai fait à Jérusalem. J'ai jeté en prison plusieurs des saints, ayant reçu ce pouvoir des principaux prêtres, et, quand on les mettait à mort, je joignais mon suffrage à celui des autres. je les ai souvent châtiés dans toutes les synagogues, et je les forçais à blasphémer. Dans mes excès de fureur contre eux, je les persécutais même jusque dans les villes étrangères. C'est dans ce but que je me rendis à Damas, avec l'autorisation et la permission des principaux prêtres. (Ac. 26, 9-12).

Alors qu'il poursuivait sa campagne de persécution contre les disciples de Jésus, Saul effectua une véritable conversion, à la suite d'un événement qui l'atteint personnellement, alors qu'il se rendait à Damas, afin de ramener à Jérusalem les disciples qui avaient fui jusque dans cette ville. Cette conversion est rapportée en plusieurs endroits du livre des Actes des Apôtres : le texte du chapitre 9 est particulièrement explicite :

Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d'effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. Les hommes qui l'accompagnaient demeurèrent stupéfaits ; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien ; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas. Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but. Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Le Seigneur lui dit dans une vision : Ananias ! Il répondit : Me voici, Seigneur ! Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, va dans la rue qu'on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie, et il a vu en vision un homme du nom d'Ananias, qui entrait, et qui lui imposait les mains, afin qu'il recouvrât la vue. Ananias répondit : Seigneur, j'ai appris de plusieurs personnes tous les maux que cet homme a faits à tes saints dans Jérusalem ; et il a ici des pouvoirs, de la part des principaux prêtres, pour lier tous ceux qui invoquent ton nom. Mais le Seigneur lui dit : Va, car cet homme est un instrument que j'ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d'Israël ; et je lui montrerai tout ce qu'il doit souffrir pour mon nom. Ananias sortit ; et, lorsqu'il fut arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul, en disant : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m'a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint-Esprit. Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva, et fut baptisé ; et, après qu'il eut pris de la nourriture, les forces lui revinrent. (Ac. 9, 3-19).

L'apôtre lui-même raconte sa conversion, dans une lettre qu'il adressa par la suite aux Galates, en des termes qui doivent être analysés soigneusement pour comprendre comment il a pu intérioriser cet événement de la route de Damas :

Mais, lorsqu'il plut à celui qui m'avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils, afin que je l'annonce parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang, et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l'Arabie. Puis je revins encore à Damas. (Gal. 1, 15-17).

Au « lorsque » correspond un « aussitôt » : il n'y a donc aucun moment de répit entre la vocation et la mission. Dès que Dieu appelle un homme, c'est pour l'envoyer en mission. Mais, dans le texte même de ce passage de la lettre aux Galates, Paul ne révèle pas l'identité de « Celui » qui l'a mis à part, « Celui » ne peut être connu que dans une mise en relation avec « son Fils ». Il s'agit donc bien du Dieu-Père, dont Paul, en bon pharisien, ne prononce même pas le nom sacré. Ce Dieu-Père l'a « mis à part », sans le séparer du reste des hommes, « depuis le sein de ma mère » : il n'y a donc pas d'interruption dans l'histoire de l'individu. Dieu ne fait pas une irruption brutale dans la vie de l'homme, il se manifeste à lui de manière progressive depuis ses origines. Toutefois, son dessein mystérieux ne se manifeste à chacun qu'à un moment déterminé de son histoire. Mais, après l'événement même de la révélation, il est possible à l'individu de relire et de récapituler son histoire sous un jour nouveau, à la lumière de cette révélation. Le dessein de Dieu, sa volonté propre sur chaque homme, se dévoile dans le cadre d'une tradition dont le sein maternel est la figure. Nourri du judaïsme dès le sein maternel, Paul était appelé à remplir une mission spéciale dans le plan de Dieu : sa conversion peut éclairer toute son histoire personnelle. Ce Dieu « l'a appelé » : ce qui est étonnant dans l'existence d'un homme, c'est sa découverte d'un travail à accomplir, non pas en vertu de ses mérites propres, mais par la seule « grâce » de Dieu, par le seul don gratuit que le Dieu Père fait à chaque homme. L'existence humaine est sérieuse, et c'est au cœur même de cette vie que Dieu fait signe à l'individu en lui accordant ses dons. La grâce divine rejoint le concret de la vie : Dieu est Celui qui fait en chacun quelque chose, parce qu'il « l'a jugé bon ». Ce n'est pas l'homme qui décide, mais Dieu. Les termes que Paul utilise dans ce passage sont choisis avec beaucoup de pudeur : il ne revendique aucun titre humain, mais seulement l'action de Dieu en lui, action avec laquelle il doit entrer en accord, en harmonie. Cette action divine est une révélation : il a jugé bon « de révéler en moi ». L'action de Dieu n'est pas une intrusion, mais une découverte progressive qui conduit du sein maternel jusqu'au moment où il est possible de relire toute son histoire, dans la lumière du dessein divin. Cette révélation concerne « son Fils » ; c'est par la mention du Fils que l'on découvre que « Celui » qui appelle est le Père. La relation du Fils à son Père éclaire d'une manière singulière le rapport du fils (Paul) à sa mère. Le Fils ne peut se comprendre que dans le Père. Et, la tradition humaine permet de découvrir que Dieu est à l’œuvre dans tous les moments de l'existence humaine. Une nouvelle relation s'ouvre : celle du fils (Paul) au Père, cette relation ne pouvant être perçue que dans le Fils. La révélation qui est faite ne peut être conservée par le seul intéressé. Elle vise une annonce, « afin que je l'annonce », elle implique une action de la part de celui qui la reçoit. Cette action ne sera pas simplement un enseignement, elle sera surtout un changement complet de vie ; elle ne sera pas la proclamation d'un nouveau Talmud, mais une conversion de l'existence personnelle, et, de surcroît, une invitation faite à tout homme pour qu'il change de vie. Tous les hommes, et surtout les « païens », ceux qui n'ont pas reçu la révélation mosaïque, sont invités à entrer en relation avec Dieu, d'une manière totalement différente, non pas par un enseignement, mais par une filiation dans le Fils unique.

Paul, l'apôtre

Après son baptême, qui fut l'occasion pour Saul de Tarse de convertir son nom en celui de Paul, et après quelques jours de prédication à Damas, Paul se retire de la scène pendant un certa1n temps. C'est également dans sa lettre aux Galates qu'il relate son histoire après sa conversion :

Je vous déclare, frères, que l'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme ; car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. Vous avez su, en effet, quelle était autrefois ma conduite dans le judaïsme, comment je persécutais à outrance et ravageais l'Église de Dieu, et comment j'étais plus avancé dans le judaïsme que beaucoup de ceux de mon âge et de ma nation, étant animé d'un zèle excessif pour les traditions de mes pères. Mais, lorsqu'il plut à celui qui m'avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils, afin que je l'annonçasse parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang, et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l'Arabie. Puis je revins encore à Damas. Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours chez lui. Mais je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur. Dans ce que je vous écris, voici, devant Dieu, je ne mens point. J'allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie. Or, j'étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont en Christ; seulement, elles avaient entendu dire : Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu'il s'efforçait alors de détruire. Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet. (Gal. 1, 11-24).

En même temps qu'il est devenu adepte de Jésus-Christ, Paul est devenu apôtre, le dernier des apôtres, le dernier au sens temporel mais aussi le dernier au sens honorifique, ainsi que Paul se présente lui-même, au chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens quand il rapporte le cœur de la foi chrétienne et le sens de sa prédication, fondée sur la résurrection du Christ :

Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré, et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain. Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton ; car je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu. Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été vaine ; loin de là, j'ai travaillé plus qu'eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, voilà ce que nous prêchons, et c'est ce que vous avez cru. (1 Co. 15, 1-11)

Sa mission lui a été confiée sans le secours, sans l'intervention d'aucun homme, mais par la seule révélation qui lui a été faite sur la route de Damas. Dans cette ville, il commence sa prédication, ce qui provoque l'hostilité des milieux juifs à son égard, comme le rapporte le chapitre 9 des Actes des Apôtres :

Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas. Et aussitôt il prêcha dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu. Tous ceux qui l'entendaient étaient dans l'étonnement, et disaient : N'est-ce pas celui qui persécutait à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et n'est-il pas venu ici pour les emmener liés devant les principaux prêtres? Cependant Saul se fortifiait de plus en plus, et il confondait les Juifs qui habitaient Damas, démontrant que Jésus est le Christ. Au bout d'un certain temps, les Juifs se concertèrent pour le tuer, et leur complot parvint à la connaissance de Saul. On gardait les portes jour et nuit, afin de lui ôter la vie. Mais, pendant une nuit, les disciples le prirent, et le descendirent par la muraille, dans une corbeille. (Ac. 9, 19-25).

Après avoir quitté Damas, mais avant de se rendre à Jérusalem, si on en croit la lettre aux Galates, Jérusalem où il aurait pu confronter l'Evangile qu'il annonçait à celui qui était prêché par les autres apôtres, Paul se retire dans le désert d'Arabie, à l'exemple de Moïse, d'Elie et de Jésus lui-même. Cette retraite au désert manifeste déjà qu'il est prêt à annoncer l'Evangile aux païens, puisqu'il se retire dans un désert « païen » et non dans un désert « juif ». Cette retraite lui a certainement permis d'effectuer le tournant radical de son existence : lui, le défenseur acharné de la religion de ses pères, devient le héraut fidèle de la nouvelle religion, lui qui combattait les « païens » avec une ardeur farouche va devenir leur plus grand défenseur, en leur permettant d'entrer de plain-pied dans l'Eglise naissante.

Après cette période, Paul se rend à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre (Céphas) et des autres apôtres, non pas pour dissiper ses doutes sur sa proclamation évangélique, mais plutôt simplement pour constater l'harmonie de son enseignement avec celui des apôtres. Il ne semble pas que la première communauté ait accueilli chaleureusement Paul, ainsi que le montre le chapitre 9 des Actes des Apôtres. Heureusement, Barnabé sut reconnaître l'authenticité de la conversion de Paul et fut celui qui l'introduisit dans la communauté :

Lorsqu'il se rendit à Jérusalem, Saul tâcha de se joindre à eux; mais tous le craignaient, ne croyant pas qu'il fût un disciple. Alors Barnabas, l'ayant pris avec lui, le conduisit vers les apôtres, et leur raconta comment sur le chemin Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment à Damas il avait prêché franchement au nom de Jésus. Il allait et venait avec eux dans Jérusalem, et s'exprimait en toute assurance au nom du Seigneur. Il parlait aussi et disputait avec les Hellénistes ; mais ceux-ci cherchaient à lui ôter la vie. Les frères, l'ayant su, l'emmenèrent à Césarée, et le firent partir pour Tarse. (Ac. 9, 26-30).

L'ancien persécuteur de l'Eglise inspirait encore de la crainte, et c'est sans doute pour cela que les chrétiens manifestaient de la défiance à son égard, alors que les juifs, et particulièrement les hellénistes, cherchaient à le supprimer. Au moment où il regagne sa ville natale, Paul demeure encore peu connu dans le monde des judéo-chrétiens, même si ceux-ci savaient que l'ancien persécuteur des disciples était devenu l'ardent défenseur du Christ.

Le premier voyage missionnaire

Si l'on suit la biographie que Paul trace lui-même, dans sa lettre aux Galates, il a évangélisé son pays natal pendant de longues années (quatorze ans -mais on ne sait pas s'il faut donner le point de départ de ces quatorze années au moment de sa conversion ou au moment de sa rencontre avec les apôtres à Jérusalem :

Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours chez lui. Mais je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur. Dans ce que je vous écris, voici, devant Dieu, je ne mens point. J'allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie. Or, j'étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont en Christ ; seulement, elles avaient entendu dire : Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu'il s'efforçait alors de détruire. Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet. (Gal. 1, 18-24).

Ainsi, Paul évangélisait la Cilicie jusqu'au jour où Barnabas (Barnabé) vint le chercher pour organiser l'Eglise d'Antioche, comme le souligne le chapitre 11 des Actes des Apôtres :

Ceux qui avaient été dispersés par la persécution survenue à l'occasion d'Étienne allèrent jusqu'en Phénicie, dans l'île de Chypre, et à Antioche, annonçant la parole seulement aux Juifs. Il y eut cependant parmi eux quelques hommes de Chypre et de Cyrène, qui, étant venus à Antioche, s'adressèrent aussi aux Grecs, et leur annoncèrent la bonne nouvelle du Seigneur Jésus. La main du Seigneur était avec eux, et un grand nombre de personnes crurent et se convertirent au Seigneur. Le bruit en parvint aux oreilles des membres de l'Église de Jérusalem, et ils envoyèrent Barnabas jusqu'à Antioche. Lorsqu'il fut arrivé, et qu'il eut vu la grâce de Dieu, il s'en réjouit, et il les exhorta tous à rester d'un cœur ferme attachés au Seigneur. Car c'était un homme de bien, plein d'Esprit-Saint et de foi. Et une foule assez nombreuse se joignit au Seigneur. Barnabas se rendit ensuite à Tarse, pour chercher Saul ; et, l'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Pendant toute une année, ils se réunirent aux assemblées de l'Église, et ils enseignèrent beaucoup de personnes. Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. (Ac. 11, 19-26).

La ville d'Antioche tient une grande place dans l'évolution de la pensée de Paul. C'est là qu'il prit une conscience encore plus nette de la nécessité et de l'urgence de la mission chrétienne auprès des païens. Cette ville rassemblait des juifs et des païens convertis, et la communauté était bilingue. Le texte des Actes souligne que c'est dans cette ville que la Bonne Nouvelle fut annoncée pour la première fois aux Grecs, par des disciples qui avaient fui la Judée après la persécution commencée avec l'exécution d'Etienne. L'Eglise de Jérusalem apprit la conversion de ces païens et envoya en mission de reconnaissance Barnabas. Et comme celui-ci avait déjà reconnu l'authenticité de la vocation et de la mission de Paul, c'est encore lui qui va aller chercher Paul en renfort pour accomplir cette première grande mission auprès des païens. L'importance de la communauté qui se forme à Antioche est telle que les païens eux-mêmes en sont frappés et qu'ils donnent le sobriquet de « chrétiens », de partisans du Christ, aux disciples qui s'appelaient simplement entre eux les frères.

Originaire lui-même d'Antioche, Luc, le rédacteur du livre des Actes des Apôtres, a conservé la liste des principaux responsables de la communauté chrétienne. De plus, au chapitre 13, il indique qu'au cours d'un culte, vraisemblablement une eucharistie, un prophète, inspiré par l'Esprit, fit entendre l'appel à la mission. Cet appel est entendu, et le départ des missionnaires est préparé dans la prière, mais aussi dans le jeûne qui rend la prière plus instante. Le départ lui-même est marqué par l'imposition communautaire des mains : tous les chrétiens sont solidaires des missionnaires.

Il y avait dans l'Église d'Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius de Cyrène, Manahen, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saul. Pendant qu'ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. (Ac. 13, 1-3).

Cette première grande mission commence par l'île de Chypre dont Barnabé était originaire, et qui comptait une importante colonie juive. Mais ce qui semble plus intéressant, pour le rédacteur des Actes, c'est la rencontre de Paul et de ses accompagnateurs, dont Jean, surnommé Marc, avec un magistrat romain, qui semble bien disposé à leur égard, puisqu'il les invite afin d'entendre lui-même leur parole. Mais un magicien s'oppose à cet te rencontre, par peur sans doute d'y perdre de son prestige. Paul le condamné à la cécité, si bien que le proconsul devient croyant.

Barnabas et Saul, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, et de là ils s'embarquèrent pour l'île de Chypre. Arrivés à Salamine, ils annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient Jean pour aide. Ayant ensuite traversé toute l'île jusqu'à Paphos, ils trouvèrent un certain magicien, faux prophète juif, nommé Bar-Jésus, qui était avec le proconsul Sergius Paulus, homme intelligent. Ce dernier fit appeler Barnabas et Saul, et manifesta le désir d'entendre la parole de Dieu. Mais Élymas, le magicien, -car c'est ce que signifie son nom, -leur faisait opposition, cherchant à détourner de la foi le proconsul. Alors Saul, appelé aussi Paul, rempli du Saint-Esprit, fixa les regards sur lui, et dit : Homme plein de toute espèce de ruse et de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur ? Maintenant voici, la main du Seigneur est sur toi, tu seras aveugle, et pour un temps tu ne verras pas le soleil. Aussitôt l'obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui, et il cherchait, en tâtonnant, des personnes pour le guider. Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant frappé de la doctrine du Seigneur. (Ac. 13, 4-12)

Ce voyage se poursuit par la prédication de la Bonne Nouvelle en Pamphilie et en Pisidie, où Paul annonce Jésus-Christ en partant de l'attente de tout le peuple juif. Cette prédication est bien reçue par ceux qui étaient en attente du salut offert par Dieu à travers le judaïsme, mais qui n'avaient pas encore fait le pas de la véritable conversion à la Loi mosaïque, elle est moins bien reçue dans les milieux traditionnels, si bien que Paul découvre dans l'échec de sa prédication auprès des juifs le signe voulu par Dieu lui-même pour qu'il annonce l'Evangile aux païens, en n'hésitant pas à s'approprier les mots mêmes qui, selon le prophète Isaïe, définissaient la mission du Serviteur de Dieu :

Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole de Dieu. Les Juifs, voyant la foule, furent remplis de jalousie, et ils s'opposaient à ce que disait Paul, en le contredisant et en l'injuriant. Paul et Barnabas leur dirent avec assurance : C'est à vous premièrement que la parole de Dieu devait être annoncée ; mais, puisque vous la repoussez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les païens. Car ainsi nous l'a ordonné le Seigneur : Je t'ai établi pour être la lumière des nations, Pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre. Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. La parole du Seigneur se répandait dans tout le pays. Mais les Juifs excitèrent les femmes dévotes de distinction et les principaux de la ville ; ils provoquèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et ils les chassèrent de leur territoire. (Ac. 13, 43-50).

A leur retour, les missionnaires trouvent une situation tendue à Antioche : un débat passionnel s'était instauré sur le problème de la circoncision, signe de l'alliance éternelle entre Dieu et la descendance d'Abraham : c'était le signe de l'entrée dans le peuple de la promesse. Ce débat est évoqué par Luc, au chapitre 15 du livre des Actes ;

Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères, en disant : Si vous n'êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. Paul et Barnabas eurent avec eux un débat et une vive discussion ; et les frères décidèrent que Paul et Barnabas, et quelques-uns des leurs, monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens, pour traiter cette question. Après avoir été accompagnés par l'Église, ils poursuivirent leur route à travers la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des païens, et ils causèrent une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l'Église, les apôtres et les anciens, et ils racontèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. (Ac. 5, 1-4).

et Paul en parle lui aussi sur un ton polémique au chapitre 2 de la lettre aux Galates, en précisant dans quelles conditions il s'était rendu à Jérusalem pour dé- battre la question avec les autres apôtres.

Quatorze ans après, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabas, ayant aussi pris Tite avec moi ; et ce fut d'après une révélation que j'y montai. Je leur exposai l'Évangile que je prêche parmi les païens, je l'exposai en particulier à ceux qui sont les plus considérés, afin de ne pas courir ou avoir couru en vain. Mais Tite, qui était avec moi, et qui était Grec, ne fut pas même contraint de se faire circoncire. Et cela, à cause des faux frères qui s'étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus-Christ, avec l'intention de nous asservir. Nous ne leur cédâmes pas un instant et nous résistâmes à leurs exigences, afin que la vérité de l'Évangile fût maintenue parmi vous. Ceux qui sont les plus considérés - quels qu'ils aient été jadis, cela ne m'importe pas : Dieu ne fait point acception de personnes, - ceux qui sont les plus considérés ne m'imposèrent rien. Au contraire, voyant que l'Évangile m'avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, - car celui qui a fait de Pierre l'apôtre des circoncis a aussi fait de moi l'apôtre des païens, - et ayant reconnu la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d'association, afin que nous allassions, nous vers les païens, et eux vers les circoncis. Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j'ai bien eu soin de faire. (Gal. 2, 1-10)

L'assemblée de Jérusalem, que l'on appelle aussi le concile de Jérusalem, eut donc à débattre de cette question enracinée dans le judaïsme, mais qui sous-tendait le problème de l'entrée de tous les païens dans l'Eglise, sans un passage nécessaire par la Loi juive. L'enjeu était d'importance, ainsi que la souligne le chapitre 15 des Actes :

Alors quelques-uns du parti des pharisiens, qui avaient cru, se levèrent, en disant qu'il fallait circoncire les païens et exiger l'observation de la loi de Moïse. Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire. Une grande discussion s'étant engagée, Pierre se leva, et leur dit : Hommes frères, vous savez que dès longtemps Dieu a fait un choix parmi vous, afin que, par ma bouche, les païens entendissent la parole de l'Évangile et qu'ils crussent. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous ; il n'a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter ? Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu'eux. Toute l'assemblée garda le silence, et l'on écouta Barnabas et Paul, qui racontèrent tous les miracles et les prodiges que Dieu avait faits par eux au milieu des païens. (Ac. 15, 5-12)

 

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, et à toute l'Église, de choisir parmi eux et d'envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabas et Silas, hommes considérés entre les frères. Ils les chargèrent d'une lettre ainsi conçue : Les apôtres, les anciens, et les frères, aux frères d'entre les païens, qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, salut ! Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n'avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes, nous avons jugé à propos, après nous être réunis tous ensemble, de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul, ces hommes qui ont exposé leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Jude et Silas, qui vous annonceront de leur bouche les mêmes choses. Car il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d'autre charge que ce qui est nécessaire, savoir, de vous abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et de l'impudicité, choses contre lesquelles vous vous trouverez bien de vous tenir en garde. Adieu. Eux donc, ayant pris congé de l'Église, allèrent à Antioche, où ils remirent la lettre à la multitude assemblée. Après l'avoir lue, les frères furent réjouis de l'encouragement qu'elle leur apportait. Jude et Silas, qui étaient eux-mêmes prophètes, les exhortèrent et les fortifièrent par plusieurs discours. Au bout de quelque temps, les frères les laissèrent en paix retourner vers ceux qui les avaient envoyés. Toutefois Silas trouva bon de rester. Paul et Barnabas demeurèrent à Antioche, enseignant et annonçant, avec plusieurs autres, la bonne nouvelle de la parole du Seigneur. (Ac. 15, 22-35)

L'accord de Jérusalem permet à l'Eglise naissante de franchir le cap difficile de la séparation d'avec le judaïsme. A l'encontre des judéo-chrétiens, qui soutenaient que la circoncision était absolument nécessaire au salut, il fut donc décidé que les pagano-chrétiens, c'est-à-dire les chrétiens venus du paganisme, ne devaient pas être soumis à la loi mosaïque et à ses exigences. Paul n'avait voulu faire aucune concession pour que la vérité de l'Evangile soit maintenue. L'unité de l'Eglise est ainsi maintenue : il n'y aura pas une Eglise pour les juifs et une Eglise pour les païens, mais une seule et même Eglise, même si les modes d'évangélisation peuvent être différents. De plus, la liberté chrétienne s'affirme par rapport au judaïsme : la circoncision n'est plus une obligation, ce qui implique que le passage « pédagogique » par la Loi n'est pas une nécessité absolue pour la conversion à Jésus-Christ. L'unité de l'Eglise est affirmée par une poignée de mains entre les responsables de l'Eglise de Jérusalem et les émissaires de l'Eglise d'Antioche, ainsi que le rapporte Paul, dans sa lettre aux Galates. Il y a plein accord entre Pierre, l'apôtre auprès des juifs, et Paul, l'apôtre envoyé aux païens. Ils sont, l'un et l'autre, chargés d'une mission quelque peu différente, mais leur but reste le même. Cet accord, signifié par une poignée de mains et explicité dans une lettre, ne devait être que provisoire puisque l'affaire de la circoncision n'allait pas tarder à rebondir à Antioche même. Paul a certainement compris tout l'enjeu de cette assemblée de Jérusalem : si l'on doit devenir juif pour être baptisé, c'est que la grâce de Jésus-Christ ne suffit pas, c'est qu'il faut que l'homme fasse quelque chose de lui-même avant de pouvoir recevoir le don de Dieu. L'accord de Jérusalem montre que l'homme ne peut pas être sauvé par ses seules forces, mais qu'il est sauvé, gratuitement, par Dieu en Jésus-Christ.

De retour à Antioche, Paul continue l'évangélisation de cette province, en préparant une nouvelle course missionnaire. Mais l'accord de Jérusalem n'avait rien prévu au sujet de la commensalité des chrétiens, qu'ils soient venus du judaïsme ou qu'ils soient venus du paganisme. Le principe avait été admis que les incirconcis pouvaient devenir les membres effectifs de l'Eglise, , mais rien n'avait été prescrit à propos des repas pris en commun. Or, pour le juif, entrer en contact, même un contact très passager avec un incirconcis, est source d’impureté rituelle, à plus forte raison, au cours d'un repas avec des païens. Et c'est cette tradition juive qui va entraîner un conflit à Antioche, conflit que Paul rapporte dans sa lettre aux Galates, au chapitre 2 :

Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible. En effet, avant l'arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens ; et, quand elles furent venues, il s'esquiva et se tint à l'écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser ? Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d'entre les païens. Néanmoins, sachant que ce n'est pas par les oeuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. Mais, tandis que nous cherchons à être justifiés par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché ? Loin de là ! Car, si je rebâtis les choses que j'ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur, car c'est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. J'ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. Je ne rejette pas la grâce de Dieu ; car si la justice s'obtient par la loi, Christ est donc mort en vain. (Gal. 2, 11-21).

Pierre était venu visiter la communauté d'Antioche. D'abord, il ne fait aucune difficulté pour prendre ses repas avec des chrétiens venus du paganisme. Mais quand arrivent à Antioche des judéo-chrétiens, proches de Jacques le Mineur, apparenté à Jésus et responsable de l'Eglise de Jérusalem, Pierre s'abstient alors de prendre ses repas avec des païens convertis pour ne manger qu'avec les anciens juifs. Paul n'hésite pas à affronter Pierre, dont l'attitude risquait de diviser la communauté chrétienne, et de faire croire, sans doute à tort, que lui aussi, Pierre, reconnaissait encore un caractère obligatoire à la Loi de Moïse. Les mentalités ne changent pas en un jour ; et l'Eglise de Jérusalem restera longtemps fidèle aux observances traditionnelles. Paul ne le reproche pas à ces chrétiens, mais il ne peut admettre que l'on fasse d'une question de simple observance une question de principe qui risquerait diviser l'Eglise. Ce que Paul reproche à Pierre, ce n'est pas une erreur doctrinale, mais un manque de cohérence pratique : la communauté de foi peut et doit se traduire jusque dans la communauté de table.

Le deuxième voyage missionnaire

Cet incident d'Antioche s'est vraisemblablement produit alors que Paul préparait une nouvelle expédition, en commençant par une nouvelle visite aux communautés fondées précédemment. Paul est un apôtre soucieux de voir ses fidèles persévérer dans la foi. Paul propose à Barnabé de l'accompagner, mais celui-ci tenait beaucoup à la compagnie d'un de ses cousins, Jean, surnommé Marc, qui les avait déjà accompagné un certain temps, lors du premier voyage missionnaire. Paul ne peut pardonner à ce jeune homme d'avoir reculé devant le danger. Le désaccord est tel entre les hommes qu'il fut décidé de se séparer : Barnabé et Marc partirent pour Chypre, tandis que Paul se faisait accompagner par Silas (ou Silvain), ainsi qu'en témoigne le chapitre 15 des Actes :

Quelques jours s'écoulèrent, après lesquels Paul dit à Barnabas : Retournons visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir en quel état ils sont. Barnabas voulait emmener aussi Jean, surnommé Marc ; mais Paul jugea plus convenable de ne pas prendre avec eux celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie, et qui ne les avait point accompagnés dans leur oeuvre. Ce dissentiment fut assez vif pour être cause qu'ils se séparèrent l'un de l'autre. Et Barnabas, prenant Marc avec lui, s'embarqua pour l'île de Chypre. Paul fit choix de Silas, et partit, recommandé par les frères à la grâce du Seigneur. (Ac. 15, 36-40)

De passage à Lystres, Paul fut reçue dans la famille d'un jeune disciple, Timothée, que Paul associa à sa mission et qui fut l'un des plus fidèles collaborateurs de l'apôtre, par la suite. L'intention de Paul était certainement de gagner le plus rapidement possible l'Europe occidentale, mais il en fut empêché. Il parcourut donc la Phrygie et la région galate, sans avoir le désir de séjourner longtemps dans les bourgades du pays galate. Une grave maladie contraria ses projets, et dans sa lettre aux Galates, au chapitre 4, Paul évoque la sollicitude de ces Galates :

Vous savez que ce fut à cause d'une infirmité de la chair que je vous ai pour la première fois annoncé l'Évangile. Et mis à l'épreuve par ma chair, vous n'avez témoigné ni mépris ni dégoût ; vous m'avez, au contraire, reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ. Où donc est l'expression de votre bonheur ? Car je vous atteste que, si cela eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. (Gal. 4, 13-15)

On comprend mieux alors les inquiétudes de Paul, quand il apprendra que ceux qu'il avait convertis, au cours de sa maladie, se sont laissé prendre dans les pièges des prédicateurs judaïsants. En dépit des indications géographiques peu claires du chapitre 16, deux événements doivent retenir l'attention. C'est d'abord le fait que le médecin Luc se trouve adjoint au groupe des missionnaires, ainsi que l'indique le passage de la troisième personne du pluriel à la première personne du pluriel, dans le court extrait qui va suivre. C'est ensuite l'appel d'un Macédonien entendu en songe qui va mettre fin aux hésitations, quant à l'itinéraire à prendre :

Arrivés près de la Mysie, ils se disposaient à entrer en Bithynie ; mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Ils franchirent alors la Mysie, et descendirent à Troas. Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, et lui fit cette prière: Passe en Macédoine, secours-nous ! Après cette vision de Paul, nous cherchâmes aussitôt à nous rendre en Macédoine, concluant que le Seigneur nous appelait à y annoncer la bonne nouvelle. (Ac. 16, 7-10)

C'est alors la mission en Macédoine qui commence, avec l'arrivée de l'équipe missionnaire à Philippes, une colonie romaine qui jouissait des mêmes privilèges que les villes d'Italie, mais qui connaissait aussi la multiplicité des cultes rendus à tous les dieux de l'empire romain. Malgré la conversion de Lydie, une riche marchande de pourpre, Paul ne va pas tarder à connaître des démêlés avec la justice romaine, à la suite de la guérison d'une esclave, possédée par un esprit de divination. Celle-ci faisait la fortune de ses maîtres, qui voient d'un mauvais oeil le fait de perdre leurs gains, basés sur la crédulité des hommes. Aussi les maîtres font-ils appel devant les magistrats locaux, les stratèges. La suite du chapitre 16 raconte l'arrestation de Paul et de Silas :

Les maîtres de la servante, voyant disparaître l'espoir de leur gain, se saisirent de Paul et de Silas, et les traînèrent sur la place publique devant les magistrats. Ils les présentèrent aux préteurs, en disant : Ces hommes troublent notre ville ; ce sont des Juifs, qui annoncent des coutumes qu'il ne nous est permis ni de recevoir ni de suivre, à nous qui sommes Romains. La foule se souleva aussi contre eux, et les préteurs, ayant fait arracher leurs vêtements, ordonnèrent qu'on les battît de verges. Après qu'on les eut chargés de coups, ils les jetèrent en prison, en recommandant au geôlier de les garder sûrement. Le geôlier, ayant reçu cet ordre, les jeta dans la prison intérieure, et leur mit les ceps aux pieds. (Ac. 16, 19-24)

La nuit qui suit l'emprisonnement de Paul et de Silas, un tremblement de terre secoue la ville, les portes de la prison s'ouvrent, les liens des prisonniers sautent, et pourtant aucun ne s'enfuit. Remis de sa crainte, le gardien se convertit et reçoit le baptême. Au petit jour, les stratèges décident de faire libérer Paul et Silas. Mais Paul en appelle à son droit de citoyen romain : il n'acceptera de quitter la ville qu'après avoir reçu les excuses des stratèges. Luc restera sans doute à Philippes jusqu'au troisième voyage missionnaire, puisque le chapitre 17 recommence avec l'emploi de la troisième personne du pluriel.

De Philippes, l'équipe passe à Thessalonique, où les missionnaires sont d'abord bien reçus pendant trois sabbats dans la synagogue (signe de l'importance de la population d'origine juive). Leur prédication est, une fois de plus surtout reçue dans les milieux prosélytes, à la grande colère des juifs traditionnels qui réussissent à organiser une émeute dans la ville, émeute pendant laquelle un des disciples de la ville, membre influent de la société locale, est arrêté, traduit devant les politarques, magistrats de la dite cité, et finalement relâché sous caution. Il n'empêche que Paul reçut un bon accueil parmi la communauté naissante, et il rappelle ce fait dans sa première lettre aux Thessaloniciens. Même s'il reconnaît recevoir un secours des chrétiens de Philippes, dans sa lettre aux Philippiens, il semble bien que Paul travaille de ses mains pour assurer sa subsistance, ainsi qu'il convient, selon lui, à un prédicateur de l'Evangile, comme il convenait, dans la tradition juive, à tout rabbin, d'assurer son existence par un travail manuel. C'est ainsi que dans la lettre aux Philippiens, il reconnaît l’aide précieuse que ces chrétiens lui ont apportée :

Vous le savez vous-mêmes, Philippiens, au commencement de la prédication de l'Évangile, lorsque je partis de la Macédoine, aucune Église n'entra en compte avec moi pour ce qu'elle donnait et recevait ; vous fûtes les seuls à le faire, car vous m'envoyâtes déjà à Thessalonique, et à deux reprises, de quoi pourvoir à mes besoins. (Phi. 3, 15-16).

Et, quand il écrit aux Thessaloniciens, il leur rappelle les circonstances dans lesquelles il leur a annoncé l'Evangile, en veillant toujours à ne pas être à la charge de ceux à qui il proclamait la Bonne Nouvelle :

Vous savez vous-mêmes, frères, que notre arrivée chez vous n'a pas été sans résultat. Après avoir souffert et reçu des outrages à Philippes, comme vous le savez, nous prîmes de l'assurance en notre Dieu, pour vous annoncer l'Évangile de Dieu, au milieu de bien des combats. Car notre prédication ne repose ni sur l'erreur, ni sur des motifs impurs, ni sur la fraude ; mais, selon que Dieu nous a jugés dignes de nous confier l'Évangile, ainsi nous parlons, non comme pour plaire à des hommes, mais pour plaire à Dieu, qui sonde nos cœurs. Jamais, en effet, nous n'avons usé de paroles flatteuses, comme vous le savez ; jamais nous n'avons eu la cupidité pour mobile, Dieu en est témoin. Nous n'avons point cherché la gloire qui vient des hommes, ni de vous ni des autres ; nous aurions pu nous produire avec autorité comme apôtres de Christ, mais nous avons été pleins de douceur au milieu de vous. (1 Thes. 2, 1-7).

Le succès de la prédication de Paul à Thessalonique soulève, ainsi qu'il a déjà été dit, l'opposition des juifs, qui accusent habilement les partisans de Paul de se soumettre à un autre roi que l'empereur. Au temps d'un empereur aussi soupçonneux que Claude, les magistrats ne pouvaient rester indifférents à une telle accusation. Pourtant, ils se contentèrent d'une caution pour libérer Jason. Les frères conseillent alors à Paul et Silas de quitter leur ville, ceux-ci gagnent alors une ville de l'intérieur, Bérée, où l'accueil est plus favorable à la prédication de Paul. Mais dès que les juifs de Thessalonique apprirent les succès de Paul à Bérée, ils dépêchèrent certains des leurs pour ameuter la foule. Paul partit alors pour Athènes, tandis que Silas et Timothée restaient sur place pour un certain temps, avant de rejoindre Paul.

Paul arrive donc à Athènes, qui restait la ville universitaire de la Grèce, alors qu'elle avait perdu toute importance politique : c'est là que la foi chrétienne sera affrontée pour la première fois avec la pensée philosophique païenne. Et cela est d'autant plus manifeste, dans le récit des Actes, que Paul s'adresse aux hommes, non plus dans la synagogue, mais sur les places publiques, en parlant aussi bien aux païens qu'aux juifs. Parmi les grandes écoles philosophiques, le rédacteur du livre des Actes a retenu les épicuriens et les stoïciens. Les épicuriens avaient fini par dénaturer la doctrine originelle de leur maître, en affirmant la prépondérance de la recherche de tous les plaisirs, alors qu'Epicure décrivait le plaisir comme le fruit d'une vie détachée des biens du monde ; pour les successeurs du maître, qui sont facilement qualifiés de « pourceaux d'Epicure », la vie n'a d'autre but que la recherche des plaisirs de la chair. Et c'est leur conduite qui sera stigmatisée par Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens au chapitre 15 :

Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. Ne vous y trompez pas : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. Revenez à vous-mêmes, comme il est convenable, et ne péchez point; car quelques-uns ne connaissent pas Dieu, je le dis à votre honte. (1 Co. 15, 32-34).

Le stoïcisme, quant à lui, fidèle à ses origines, ne cessait de souligner l'importance de l'effort humain, par la maîtrise de soi et par l'exercice de la raison. Une différence importante avec le christianisme doit être soulignée : au culte de la raison et de l'effort humain s'oppose la religion de la pure grâce offerte par Dieu en Jésus-Christ. Devant l'avidité des penseurs à connaître toute nouvelle doctrine, Paul entreprend donc de prêcher la résurrection, en essayant de calquer son propre langage sur celui des philosophes de l'époque, tel que le rapporte le chapitre 17 du livre des Actes des Apôtres :

Paul, debout au milieu de l'Aréopage, dit: Hommes Athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux. Car, en parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j'ai même découvert un autel avec cette inscription: A un dieu inconnu ! Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans des temples faits de main d'homme ; il n'est point servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses. Il a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure ; il a voulu qu'ils cherchassent le Seigneur, et qu'ils s'efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu'il ne soit pas loin de chacun de nous, car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être. C'est ce qu'ont dit aussi quelques-uns de vos poètes : De lui nous sommes la race... Ainsi donc, étant la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l'or, à de l'argent, ou à de la pierre, sculptés par l'art et l'industrie de l'homme. Dieu, sans tenir compte des temps d'ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils aient à se repentir, parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts... Lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent, et les autres dirent: Nous t'entendrons là-dessus une autre fois. Ainsi Paul se retira du milieu d'eux. Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et crurent, Denys l'aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres avec eux. (Ac. 17, 22-34).

Paul échouera lamentablement à Athènes devant tous ces sages, et c'est quelque peu déprimé qu'il quittera la ville pour se rendre à Corinthe, où il entreprendra une nouvelle forme de prédication. En effet, ainsi qu'il le relate lui-même dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 2, Paul va renoncer définitivement à chercher à séduire les foules par les discours de la sagesse humaine, il laissera la puissance de l'Esprit travailler en lui :

Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n'est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n'ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Moi-même j'étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d'Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. (1Co. 2, 1-5).

Reprenant ses anciennes habitudes, Paul s'adresse d'abord aux Juifs rassemblés dans la synagogue, en leur signifiant que Jésus est le Messie attendu. Mais les juifs refusèrent une fois encore de se laisser convaincre ; et Paul prit la décision de s'adresser désormais aux païens. Dans le texte des Actes qui relate la fondation de la communauté chrétienne à Corinthe, nous apprenons que, dès son arrivée, Paul fait connaissance d'un couple de commerçants juifs, Aquilas et Priscilla, et que c'est chez eux qu'il va exercer son travail manuel de tisserand de tentes. Mais l'indication anecdotique sur l'origine de ce ménage est importante : ils avaient quitté Rome, à la suite d'un décret impérial de Claude, décret qui est rapporté par Suétone dans sa Vie de Claude : « Comme les juifs se soulevaient continuellement à l'instigation d'un certain Chrestos, il les chassa de Rome ». Cette décision souligne le fait de la pénétration de la foi chrétienne dans les synagogues romaines, bien avant l'arrivée des apôtres Pierre et Paul dans la capitale. Mais cette mesure de bannissement ne semble pas avoir eu des effets durables, puisque Paul trouvera de nombreux disciples dans la ville de Rome, lorsqu'il y sera amené en captivité.

Alors même qu'il avait renoncé à s'adresser aux juifs, pour ne plus annoncer l'Evangile qu'aux païens, Paul doit encore connaître l'hostilité des juifs, qui voient d'un mauvais oeil la pénétration de la nouvelle religion, si bien que Paul fut encore conduit devant le tribunal, dirigé par Gallion, le proconsul d'Achaïe. Mais Gallion refusa d'entendre la plaidoirie de Paul et le réquisitoire des juifs, prétextant qu'il s'agissait d'une simple querelle religieuse et qu'en l'occurrence il ne pouvait être juge en la matière. L'attitude de Gallion résume bien le mépris avec lequel les autorités romaines ont d'abord traité la question juive, et, pour elles, la communauté chrétienne se rattache implicitement au judaïsme, bénéficiant ainsi du statut de religion autorisée. Un certain temps après cette affaire devant Gallion, Paul prit congé de la communauté de Corinthe, s'embarqua pour la Syrie avec Aquilas et Priscilla. A Ephèse, il fut bien reçu par la communauté juive, qui lui demanda de rester plus longuement. Après avoir promis de revenir, il reprit la mer pour gagner Césarée, puis Jérusalem, avant de regagner Antioche où il prit vraisemblablement ses quartiers d'hiver.

Le troisième voyage missionnaire

Ainsi, après avoir passé quelque temps à Antioche, Paul reprit la route pour aller visiter les communautés qu'il avait fondées, notamment celles de Galatie et de Phrygie. Une étape importante de ce voyage, mais aussi de la vie de Paul, c'est sa visite à Ephèse, où il a fondé une communauté vivante et d'où il a écrit plusieurs lettres.

Quand il arrive à Ephèse, Paul y retrouve certainement Aquilas et Priscilla, qu'il avait laissés lors de son premier passage. Ces amis avaient travaillé à la formation d"un néophyte, Apollos qui est présenté dans le livre des Actes comme un homme très savant dans le domaine des Ecritures. Il semble qu'il ait été à mi-chemin entre la prédication de Jean-Baptiste et la pleine foi chrétienne avant de rencontrer Aquilas et Priscilla. Pendant trois mois, Paul enseigne à la synagogue, sans gagner entièrement la confiance de ses auditeurs, puis il se tourne vers les païens, si bien que Paul est amené à louer une salle de l'école de Tyrannos, sans doute un rhéteur de la ville, afin d'y dispenser son enseignement à tous ceux qui voulaient le recevoir. Pendant le séjour de Paul à Ephèse, qui dura plus de deux ans, le rédacteur des Actes, rapporte des anecdotes vécues dans la communauté chrétienne ou dans son entourage. C'est d'abord la mésaventure des exorcistes juifs qui adjoignent le nom de Jésus à leurs formules habituelles, et qui sont rossés par l'esprit mauvais qu'ils devaient chasser. C'est aussi la condamnation des livres de magie, dans un autodafé, par les fidèles récemment convertis. C'est encore l'émeute des orfèvres de la ville d'Ephèse, inquiet des pertes qu'il pouvait connaître à la suite de l'abandon du culte d'Artémis d'Ephèse ; par les indications qu'il donne alors, Luc apporte de précieux renseignements sur l'organisation de la vie sociale et religieuse dans la cité... Toujours, selon le livre des Actes, Paul, inspiré par l'Esprit, projette un nouveau voyage en Macédoine, en y dépêchant deux de ses auxiliaires, Timothée et Eraste, tandis que lui-même prolongeait son séjour à Ephèse.

Luc ne dit rien des rapports qui ont dû exister entre Paul et la communauté turbulente de Corinthe. Pourtant, d'après les lettres aux Corinthiens, il est possible d'entrevoir les relations qui ont existé entre cette communauté et l'apôtre, pendant son séjour à Ephèse. Le début de la première lettre aux Corinthiens pose le problème de la division dans la communauté chrétienne :

Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. Car, mes frères, j'ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu'il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! et moi, d'Apollos ! et moi, de Céphas ! et moi, de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? Je rends grâces à Dieu de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus, afin que personne ne dise que vous avez été baptisés en mon nom. J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas ; du reste, je ne sache pas que j'aie baptisé quelque autre personne. Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine. (1 Co. 1, 10-17).

Paul indique lui-même qu'il se trouve à Ephèse et qu'il compte y rester encore quelque temps, afin d'y poursuivre le travail entrepris et qui commence à porter ses fruits:

J'irai chez vous quand j'aurai traversé la Macédoine, car je traverserai la Macédoine. Peut-être séjournerai-je auprès de vous, ou même y passerai-je l'hiver, afin que vous m'accompagniez là où je me rendrai. Je ne veux pas cette fois vous voir en passant, mais j'espère demeurer quelque temps auprès de vous, si le Seigneur le permet. Je resterai néanmoins à Éphèse jusqu'à la Pentecôte ; car une porte grande et d'un accès efficace m'est ouverte, et les adversaires sont nombreux. Si Timothée arrive, faites en sorte qu'il soit sans crainte parmi vous, car il travaille comme moi à l’œuvre du Seigneur. Que personne donc ne le méprise. Accompagnez-le en paix, afin qu'il vienne vers moi, car je l'attends avec les frères. Pour ce qui est du frère Apollos, je l'ai beaucoup exhorté à se rendre chez vous avec les frères, mais ce n'était décidément pas sa volonté de le faire maintenant ; il partira quand il en aura l'occasion. (1 Co. 16, 5-12).

C’est donc à Ephèse que Paul à entendu parler des divisions qui agitent la communauté de Corinthe, soit par Apollos qui l'a rejoint et qui refuse de retourner à Corinthe pour ne pas envenimer le conflit en se présentent comme la tête d'un parti qui revendique son autorité, soit par les « gens de Chloé ».

Après avoir quitté Corinthe, Paul était resté en relation étroite avec cette communauté qu'il avait fondée ; la première lettre aux Corinthiens fait allusion, au chapitre 5, d'un billet antérieur que Paul avait adressé a ces chrétiens :

Je vous ai écrit dans ma lettre de ne pas avoir des relations avec les impudiques, non pas d'une manière absolue avec les impudiques de ce monde, ou avec les cupides et les ravisseurs, ou avec les idolâtres ; autrement, il vous faudrait sortir du monde. Maintenant, ce que je vous ai écrit, c'est de ne pas avoir des relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme. Qu'ai-je, en effet, à juger ceux du dehors ? N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? Pour ceux du dehors, Dieu les juge. Otez le méchant du milieu de vous. (1 Co. 5, 9-13).

La communauté corinthienne avait accueilli pendant quelque temps Apollos, le juif savant qui avait été converti par Aquilas et Priscilla. Celui-ci avait mené sa campagne de prédication avec son éloquence coutumière : il était d'un précieux concours pour répondre aux argumentations des juifs traditionnels, il se montrait sans doute beaucoup plus brillant que Paul. Un parti de chrétiens s'était formé se réclamant de son autorité et en se posant comme un parti rival des chrétiens convertis par Paul. A ces deux groupes s'opposaient également un parti de Pierre (Céphas étant le nom araméen de Pierre), et un parti dit du Christ. Une telle situation de division avait de quoi alarmer Paul, d'autant plus que les autres nouvelles, venues par les mêmes voies, ne faisaient que donner une piètre image de l'état de la communauté chrétienne. C'est par souci de remédier aux abus que Paul écrivit sa première lettre aux Corinthiens, en promettant de passer lui-même à Corinthe un temps assez long pour corriger lui-même tous les abus.

Paul a dû faire un voyage-éclair à Corinthe, où il eut à faire face à un véritable conflit qui l'obligea à regagner Ephèse brusquement : s'agit-il d'une offense personnelle contestant sa qualité d'apôtre ? On ne peut le savoir avec précision. Toujours est-il que c'est de retour à Ephèse qu'il écrit encore à la communauté de Corinthe, ainsi qu'il le précise dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, au chapitre 2 :

Je résolus donc en moi-même de ne pas retourner chez vous dans la tristesse. Car si je vous attriste, qui peut me réjouir, sinon celui qui est attristé par moi ? J'ai écrit comme je l'ai fait pour ne pas éprouver, à mon arrivée, de la tristesse de la part de ceux qui devaient me donner de la joie, ayant en vous tous cette confiance que ma joie est la vôtre à tous. C'est dans une grande affliction, le cœur angoissé, et avec beaucoup de larmes, que je vous ai écrit, non pas afin que vous fussiez attristés, mais afin que vous connussiez l'amour extrême que j'ai pour vous. (2 Co. 1-4).

Les dernières années de saint Paul

Pour les dernières années de la vie de saint Paul, les lettres de l'apôtre lui-mime ne donnent guère de précision, alors que le récit des Actes est assez vivant, avec la montée de l'apôtre à Jérusalem et son départ pour Rome.

Pressé d'arriver à Jérusalem, Paul ne retourne plus à Ephèse d'où il était parti pour évangéliser la Grèce et la Macédoine, et c’est de Milet qu'il fait ses adieux aux anciens d'Ephèse, comme le rapporte le chapitre 20 des Actes :

Cependant, de Milet Paul envoya chercher à Éphèse les anciens de l'Église. Lorsqu'ils furent arrivés vers lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière, depuis le premier jour où je suis entré en Asie, je me suis sans cesse conduit avec vous, servant le Seigneur en toute humilité, avec larmes, et au milieu des épreuves que me suscitaient les embûches des Juifs. Vous savez que je n'ai rien caché de ce qui vous était utile, et que je n'ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons, annonçant aux Juifs et aux Grecs la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ. Et maintenant voici, lié par l'Esprit, je vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m'y arrivera; seulement, de ville en ville, l'Esprit-Saint m'avertit que des liens et des tribulations m'attendent. Mais je ne fais pour moi-même aucun cas de ma vie, comme si elle m'était précieuse, pourvu que j'accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, d'annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Et maintenant voici, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous au milieu desquels j'ai passé en prêchant le royaume de Dieu. C'est pourquoi je vous déclare aujourd'hui que je suis pur du sang de vous tous, car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher. Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Église du Seigneur, qu'il s'est acquise par son propre sang. Je sais qu'il s'introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n'épargneront pas le troupeau, et qu'il s'élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc, vous souvenant que, durant trois années, je n'ai cessé nuit et jour d'exhorter avec larmes chacun de vous. Et maintenant je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, à celui qui peut édifier et donner l'héritage avec tous les sanctifiés. Je n'ai désiré ni l'argent, ni l'or, ni les vêtements de personne. Vous savez vous-mêmes que ces mains ont pourvu à mes besoins et à ceux des personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré de toutes manières que c'est en travaillant ainsi qu'il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. Après avoir ainsi parlé, il se mit à genoux, et il pria avec eux tous. Et tous fondirent en larmes, et, se jetant au cou de Paul, ils l'embrassaient, affligés surtout de ce qu'il avait dit qu'ils ne verraient plus son visage. Et ils l'accompagnèrent jusqu'au navire. (Ac. 20, 17-38).

Beaucoup plus qu'un grand discours, tel que Paul pouvait en faire devant les milieux cultivés de l'époque, ou tel qu'il en faisait devant un public juif, il s'agit ici d'un véritable testament pastoral : il adresse ses dernières recommandations à ceux qui lui succéderont à la tête de l'Eglise. Devant toutes les formes de l'hérésie, il convient de tenir fidèlement la tradition qui vient des apôtres.

Ce discours n'est évidemment pas prononcé pour évangéliser les auditeurs, puisque ceux-ci ont déjà reçu la Bonne Nouvelle de la résurrection. C'est un appel à la fidélité à l’enseignement de l'apôtre et à toute la tradition que ces nouveaux chrétiens ont reçue de la part du Seigneur par les apôtres qui sont venus jusqu'à eux. Dans ce qui apparaît comme un testament pastoral, Paul se sent beaucoup impliqué lui-même, aussi bien quand il rappelle les événements récents qu'il a vécus et particulièrement ce qu'il a réalisé dans la ville d'Ephèse, au milieu de ceux qui sont maintenant ses auditeurs attentifs que lorsqu'il envisage l'avenir : Paul est bien conscient des chaînes qui le lient puisqu'il a toujours voulu être obéissant à l'Esprit de Dieu. Il est confiant dans la force de Dieu, même au moment où il envisage sereinement une captivité. Enfin, il exhorte ses fidèles à suivre son exemple, en prenant soin du troupeau qui est confié aux pasteurs. Ainsi, le ton est beaucoup plus personnel que dans les autres discours : Paul ne craint pas de rappeler sa conduite d'apôtre et de se présenter comme un modèle à suivre, ce qu'il refera dans ses lettres les plus personnelles. Même si Luc, le rédacteur du livre des Actes des Apôtres, a marqué de son empreinte le style de ce discours, il semble bien que la personnalité de l'apôtre s'exprime pleinement dans ses paroles qu'il place dans la bouche de Paul. Celui-ci, quand il parle à des chrétiens, semble s'impliquer beaucoup plus lui-même dans ses paroles que lorsqu'il s'adresse à des juifs où à des païens qu'il souhaite convertir ; alors, il se présente plus volontiers comme le héraut d'un message derrière lequel il s'efface totalement. C'est dans un tel contexte qu'il est possible de découvrir que Paul s'est vraiment fait juif avec les juifs, grec avec les grecs, mais aussi, peut-on ajouter, fraternel avec les frères et apôtre avec tous. Il souligne d'ailleurs cette dimension de sa personnalité dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 9 :

Car, bien que je sois libre à l'égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre. Avec les Juifs, j'ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi-même sous la loi), afin de gagner ceux qui sont sous la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi. J'ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns. Je fais tout à cause de l'Évangile, afin d'y avoir part. (1 Co. 9, 19-23).

C'est véritablement sous le signe de la croix que Paul entreprend lui aussi sa montée à Jérusalem, et de ville en ville, Paul est averti par des disciples du sort qui l'attend à Jérusalem, alors que Jésus avait prédit, à maintes reprises sa passion comme la montée à Jérusalem, cette ville qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés par Dieu. Luc a certainement voulu faire de ce voyage de Paul le correspondant et le parallèle de la montée de Jésus à Jérusalem. De plus, Paul indique qu'il se place librement sous le régime de la volonté du Seigneur. Accueilli avec joie à Jérusalem, Paul accepte de se soumettre à la suggestion des disciples qui lui demandent d'aller au Temple et de donner une preuve de son attachement au judaïsme, afin d'apaiser les esprits des chrétiens venus du judaïsme et qui sont convaincus que Paul enseigne qu'il faut déserter la Loi. On peut être surpris de voir Paul accepter une telle proposition, qui semble être une compromission par rapport à ce qu'il avait enseigné précédemment ; c'est que Paul n'est pas un doctrinaire qui raisonne dans l'abstrait, c'est un homme de terrain, qui a su se faire grec avec les grecs, avec les juifs, il sera juif. Tant que l'essentiel de la foi chrétienne n'est pas en cause, il est toujours possible de s'adapter.

Accusé d'avoir introduit dans le Temple un non-juif, Paul faillit se faire lyncher par la foule. Il faut savoir, en effet, que pour le peuple d'Israël le fait qu'un étranger entre dans le Temple constituait un véritable sacrilège. Des inscriptions avertissaient l'étranger qu'il ne lui était pas permis d'entrer dans ce saint lieu sous peine de mort : « Défense à tout étranger de franchir la barrière et de pénétrer dans l'enceinte du sanctuaire. Quiconque aura été pris sera lui même responsable de la mort qui s'ensuivra ». Paul ne put échapper à la fureur populaire que grâce à la rapide intervention d'une escouade de soldats. Le tribun donne l'ordre de le conduire jusqu'à la forteresse. C'est là que le tribun commence à découvrir l'identité de Paul, il croyait jusque là qu'il s'agissait d'un prophète égyptien, qui avait rassemblé plusieurs milliers de partisans dans le désert et qui était monté à l'assaut de Jérusalem, et dont parle Flavius Josèphe, dans la Guerre juive, en précisant que Félix avait riposté en envoyant l'infanterie romaine : l'Egyptien s'était alors enfui avec quelques-uns de ses partisans, alors que les autres étaient morts ou prisonniers. Paul obtient alors du tribun l'autorisation de s'adresser à la foule, pour prendre sa défense en langue hébraïque, c'est-à-dire vraisemblablement en araméen. Ce plaidoyer, qui rappelle l'histoire de sa conversion, Paul le fait en mettant en valeur l'attachement profond qu’il a envers la religion de ses pères. Mais Paul n'est pas compris des juifs qui réclament son exécution ; le tribun fait alors interner Paul dans, le but de le soumettre à la flagellation. Mais Paul échappe a cette torture en révélant sa qualité de citoyen romain. Le lendemain, le tribun ordonne la comparution de Paul devant le Sanhédrin. Connaissant la composition de ce grand tribunal, Paul va réussir à susciter un conflit entre les deux grandes tendances représentées, celle des pharisiens qui croyaient à la résurrection des morts et celles des sadducéens qui refusaient d1admettre une telle croyance. Pour faire échapper ce citoyen romain des mains des juifs, le tribun ordonne à nouveau de le reconduire a la forteresse. Un nouveau complot juif est ourdi contre Paul, mais le tribun, avisé de ce péril, fait transférer Paul a Césarée, sous bonne escorte. Paul est alors présenté au gouverneur Félix, qui accepte de l'entendre lorsqu'il aura lui-même convoqué ses accusateurs. Le réquisitoire des juifs vise à montrer que, Paul perturbe l'ordre public et profane le Temple sacré ; la plaidoirie de Paul consistera a démontrer que ces accusations sont dépourvues de fondements et à insister sur sa foi en la résurrection. Finalement Paul sera interné avec un régime très libéral, mais cet internement s'éternisera, même après la nomination d'un nouveau gouverneur qui veut obtenir la faveur des juifs... Pourtant, Festus, c'est ainsi que se nomme le nouveau gouverneur, se décide à reprendre l'instruction du procès de Paul ; il lui propose de le faire juger par les instances juives, en sa présence. Paul réplique qu'il est devant le tribunal de l'empereur et que c'est là qu'il doit être jugé. En fait, Paul ne fait pas appel à l’empereur, puisque son affaire n'est pas encore jugée et qu'aucune sentence n'a été prononcée ; il ne fait que réclamer ce qui lui est dû en raison de sa qualité de citoyen romain, à savoir d'être jugé par un tribunal compétent. Devant une telle prise de position, le gouverneur ne pouvait cependant pas se dérober, puisque la loi romaine interdisait aux gouverneurs de s'opposer d'une manière quelconque à l'appel à l'empereur d'un prévenu, quel qu'il soit, du moment qu'il avait la qualité de citoyen romain. Néanmoins, il fallait que le gouverneur puisse constituer un dossier ; aussi, profitant du passage d'Agrippa II et de Bérénice, organise-t-il un nouvel interrogatoire de Paul. Dans ce nouveau plaidoyer, en forme d'apologie, Paul fait de nouveau le récit de sa conversion et développe tout le sens qu'il accorde à sa mission. L'innocence de Paul se trouve ainsi manifestée, mais puisqu'il en a appelé à l'empereur, il doit nécessairement aller à Rome. Paul est donc envoyé à Rome. Luc participe au voyage et il a raconté la traversée en détail, au chapitre 27 du livre des Actes, présentant ainsi un document nautique absolument remarquable pour l'antiquité.

Paul en avait appelé à l'empereur, mais cela ne signifie pas qu'il allait comparaître lui-même en présence de l'empereur. Celui-ci déléguait souvent ses pouvoirs à un préfet. Accusé par les juifs, mais bénéficiant d'un rapport favorable de Festus, Paul bénéficia d'un régime particulier, étant en quelque sorte assigné à résidence surveillée dans une maison qu'il avait louée. Alors qu'il s'était attaché à toutes les phases du procès devant Félix et Festus à Césarée, Luc reste étonnamment silencieux sur le procès de Paul à Rome, il ne parle que de la prédication relativement libre de l'apôtre dans la capitale impériale. Le discours de Paul devant la délégation juive obtient le même effet que d'habitude : elle provoque un schisme dans la communauté juive. Paul constate que l'endurcissement du cœur d'Israël est irrémédiable et que l'heure de l'évangélisation aux païens a sonné :

Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux païens, et qu'ils l'écouteront. Lorsqu'il eut dit cela, les Juifs s'en allèrent, discutant vivement entre eux. Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu'il avait louée. Il recevait tous ceux qui venaient le voir, prêchant le royaume de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, en toute liberté et sans obstacle. (Ac. 28, 28-37).

C'est de cette manière que se termine le livre des Actes des apôtres. Paul est en captivité à Rome, il est entouré, ainsi qu il le dit lui-même, dans ses lettres écrites de captivité, de Luc, le médecin bien-aimé, de Marc, le cousin de Barnabé, et de bien d'autres frères qui l'ont rejoint des différentes communautés qu'il avait fondées.

En ce qui concerne la fin de l'existence de Paul d'après les textes néo-testamentaires, nous sommes réduits à poser des conjectures. Il semble qu'après un temps de captivité Paul fut libéré et qu'il entreprit un nouveau voyage missionnaire. Déjà, dans sa lettre aux Romains, il indiquait son désir d'aller porter la Bonne Nouvelle, jusqu'en Espagne. Et, selon ce qu'il écrit, au chapitre 15 de cette lettre, son séjour à Rome ne serait qu'une étape vers l'Espagne :

C'est ce qui m'a souvent empêché d'aller vers vous. Mais maintenant, n'ayant plus rien qui me retienne dans ces contrées, et ayant depuis plusieurs années le désir d'aller vers vous, j'espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j'aurai satisfait en partie mon désir de me trouver chez vous. Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l'Achaïe ont bien voulu s'imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. Elles l'ont bien voulu, et elles le leur devaient; car si les païens ont eu part à leurs avantages spirituels, ils doivent aussi les assister dans les choses temporelles. Dès que j'aurai terminé cette affaire et que je leur aurai remis ces dons, je partirai pour l'Espagne et passerai chez vous. Je sais qu'en allant vers vous, c'est avec une pleine bénédiction de Christ que j'irai. (Ro. 15, 22-29)

Un texte de la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens permet d'envisager ce voyage en Espagne :

C'est à cause de la jalousie et de l'envie que les plus grands et les plus justes d'entre eux, les colonnes, ont subi la persécution et combattu jusqu'à la mort. Oui, regardons les saints Apôtres :. Pierre, victime d'une injuste jalousie subit non pas une ou deux, mais de nombreuses épreuves, et après avoir ainsi rendu son témoignage, il s'en est allé au séjour de la gloire, où l'avait conduit son mérite. C est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré quel est le prix de la patience : chargé sept fois de chaînes, exilé, lapidé, il devint héraut du Seigneur au levant et au couchant, et reçut pour prix de sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, jusqu'aux bornes du couchant, il a rendu son témoignage devant les autorités et c'est ainsi qu'il a quitté ce monde pour gagner le lieu saint, demeurant pour tous un illustre modèle de patience. (5, 8-11).

La deuxième lettre à Timothée est écrite de Rome : Paul est à nouveau prisonnier, comme semble l'indiquer le premier chapitre de cette lettre :

Tu sais que tous ceux qui sont en Asie m'ont abandonné, entre autres Phygelle et Hermogène. Que le Seigneur répande sa miséricorde sur la maison d'Onésiphore, car il m'a souvent consolé, et il n'a pas eu honte de mes chaînes ; au contraire, lorsqu'il est venu à Rome, il m'a cherché avec beaucoup d'empressement, et il m'a trouvé. Que le Seigneur lui donne d'obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce jour-là. Tu sais mieux que personne combien de services il m'a rendus à Éphèse. (2 Tim. 1, 15-18)

évoquant un certain Onésiphore, totalement inconnu, à part deux mentions dans cette lettre. La fin de cette lettre mentionne la solitude de Paul, pendant ce nouveau temps de captivité :

Viens au plus tôt vers moi ; car Démas m'a abandonné, par amour pour le siècle présent, et il est parti pour Thessalonique ; Crescens est allé en Galatie, Tite en Dalmatie. Luc seul est avec moi. Prends Marc, et amène-le avec toi, car il m'est utile pour le ministère. J'ai envoyé Tychique à Éphèse. Quand tu viendras, apporte le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpus, et les livres, surtout les parchemins. Alexandre, le forgeron, m'a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses oeuvres. Garde-toi aussi de lui, car il s'est fortement opposé à nos paroles. Dans ma première défense, personne ne m'a assisté, mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit point imputé ! C'est le Seigneur qui m'a assisté et qui m'a fortifié, afin que la prédication fût accomplie par moi et que tous les païens l'entendissent. Et j'ai été délivré de la gueule du lion. Le Seigneur me délivrera de toute oeuvre mauvaise, et il me sauvera pour me faire entrer dans son royaume céleste. A lui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! (2 Tim. 4, 9-18).

Rien n'est certain quant à la fin de la vie de Paul, même si la tradition est unanime pour attester qu'il est mort martyr, sous Néron, mais aucun texte ne permet de savoir dans quelles circonstances. La tradition rapport simplement qu'il aurait été décapité, en sa qualité de citoyen romain, et qu'il aurait été enseveli près de la route d'Ostie.

Pentecôte 30 ou 31

hiver 36 ou 37

 

 

 

autour de 39

 

autour de 43

43 ou 44

45 à 49

autour de 48

48-49

50-52

hiver 50 à été 52

printemps 52

été 52

53-58

 

54-57

 

 

 

hiver 57-58

Pâques 58

été 58

Pentecôte 58

 

 

58-60

60

 

automne 60

61-63

la première communauté

martyre d'Etienne

dispersion de la communauté

prédication de Philippe en Samarie

vocation de Saül

Paul s'échappe de Damas

Première visite aux responsables de l’Eglise

Paul et Barnabé à Antioche

Agrippa I fait décapiter Jacques, frère de Jean

Première mission de Paul

Famine en Judée

Assemblée de Jérusalem

Deuxième mission de Paul

Paul à Corinthe. Lettre aux Thessaloniciens

Comparution devant Gallion

Paul à Jérusalem puis Antioche

Troisième mission de Paul

Apollos à Ephèse puis à Corinthe

Paul séjourne 2 ans et 3 mois à Ephèse

après être passé par la Galatie et la Phrygie.

Lettres aux Corinthiens, aux Galates

(aux Philippiens ?)

Corinthe. Lettre aux Romains

Philippes et Césarée

Jérusalem

arrestation de Paul au Temple

comparution devant Ananie et le Sanhédrin

à Césarée, comparution devant Félix

Paul captif à Césarée

Paul comparaît devant Festus et

en appelle à César

voyage à Rome, Naufrage Hiver à Malte

Paul à Rome sous garde militaire

Epîtres aux Colossiens, aux Ephésiens, à Philémon

(aux Philippiens ?)

Ac. 2, 42-47

Ac. 7, 54 -8, 1

Ac. 8, 1-2

Ac. 8

Ac. 9

Ac. 9, 25. Cf. 2 Co. 11, 32s

cf. Gal. 1, 18s

Ac. 11, 19-26

Ac. 12, 1 s

Ac. 13-14

Ac. 11, 27s

Ac. 15, 5s

Ac. 15, 36s

Ac. 18

Ac. 18, 12

Ac. 18, 22

Ac. 18, 23

 

Ac. 19, 10

 

 

 

Ac. 20, 3

Ac. 20, 6

 

Ac. 21, 27s

Ac. 22, 30s

Ac. 24, 10s

Ac. 24, 24s

Ac. 25, 1 s

 

Ac. 27-28

Ac. 28, 16s