Qui est cet homme,

Jésus de Nazareth ?

 

 

On recherche Jésus Christ, autrement dit le Messie,

le Fils de Dieu, Roi des Rois, prince de la paix, etc...

Pour les raisons suivantes : il pratique la médecine, distribue le pain et le vin sans autorisation ; il en veut aux gens d'affaires des Églises, il s'associe avec les criminels, les prostituées, les gens des rues ;. il déclare qu'il a le pouvoir de transformer les gens en enfants de Dieu.

Son portrait : typiquement hippie, avec ses longs cheveux, sa barbe, sa robe, ses sandales. Il hante les bidonvilles, n'a que peu d'amis riches et va souvent dans le désert.

Son message est insidieusement révolutionnaire. Il change les hommes et les appelle à se libérer.

Attention ! On ne l'a toujours pas attrapé.

 

Ce texte percutant d'une affiche américaine émane du mouvement des " Fous de Jésus " ; il est devenu célèbre. Et si nous nous mettions ensemble en quête du visage de cet homme ! Nous pourrions découvrir le mystère de la personne qui l'anime.

De même qu'il y a un fait Israël, vérifiable historiquement, il y a également un fait Jésus de Nazareth, personnage de l'histoire. Et de même qu'il existe une énigme Israël, il y a aussi une énigme Jésus. Qui est-il ?

Ce dernier n'ayant jamais tenu de journal de bord, nous devons nous tourner vers ces quatre peintres, les évangélistes, qui ont porté sur l'unique modèle des regards différents mais convergents, selon leur caractère et les influences de la communauté croyante pour laquelle ils ont écrit. Ce n'est qu'à la lumière de l'expérience des premiers chrétiens - de l'Église primitive - que nous pouvons comprendre qui fut vraiment Jésus de Nazareth.

Dès l'abord, il faudrait se souvenir que l'homme Jésus de Nazareth a été inséré dans l'Histoire du peuple. C'est un homme dans l'histoire, mais c'est aussi un homme dans un pays déterminé. L'homme Jésus a été un "homme-en-situation", un "homme-en-relation". I1 conviendra d'expliciter parfois les situations dans lesquelles se trouve Jésus, les relations qui ont été les siennes avec les différents groupes de personnes de son temps....

 

A la découverte d'un pays : la Palestine

Économie

La Palestine est constituée de plaines fertiles (Ysréel, Saron, Shéphéla), des plateaux de Galilée et de Samarie-Judée où l'on cultive, parfois en terrasses, un sol caillouteux, la vallée du Jourdain avec son îlot de fraîcheur qu'est Jéricho.

Les pluies, assez abondantes, ne tombent qu'entre octobre et mars et l'eau doit être soigneusement conservée dans des citernes. L'agriculture est la principale ressource. Le blé, base de l'alimentation, et l'orge sont cultivés un peu partout. Les semailles commencent après les premières pluies. La moisson de l'orge se fait avant Pâques, celle du blé, entre Pâques et Pentecôte. L'olivier donne une huile abondante qu'on exporte en Égypte et Syrie. 0n exporte aussi des figues jusqu'à Rome. La vigne est cultivée surtout en Judée. Dans les vignobles, se trouvent le pressoir à vin et aussi une tour d'où l'on guette voleurs et renards. A côté des fruits et légumes communs comme lentilles, pois chiches, salade, on trouve d'autres produits, plus raffinés, apportés jusqu'à la table de l'empereur, comme les grenades et les dattes de Jéricho ou de Galilée, les truffes de Judée, les roses dont on fait une essence parfumée et surtout le baume de Judée qui vaut un prix d'or et est l'objet d'un gros trafic. Le pays était alors très boisé... avant le passage des chèvres !

L'élevage est partout répandu. Brebis et chèvres produisent viande, lait, cuir, laine. Le Temple, avec ses nombreux sacrifices, fait une grosse consommation de bovins. On élève aussi de petits ânes robustes qui servent aussi bien aux travaux agricoles qu'aux déplacements. Pour les transports plus lourds, on peut utiliser le chameau. Le cheval est réservé aux riches.

L'industrie connaît quelques secteurs prospères. La pêche est pratiquée dans les rivières et surtout dans le lac de Tibériade qui commercialise du poisson fumé ou séché dans tout le pays. Le bâtiment marche bien. De 20 avant Jésus-Christ à 64 après, on fait de grands travaux d'embellissement dans le Temple, qui emploient jusqu'à 18000 ouvriers. Hérode Antipas construit Tibériade et fortifie Sepphoris et Julias. Agrippa construit un mur au nord de Jérusalem et Ponce-Pilate un nouvel aqueduc. L'artisanat répond aux besoins de la vie quotidienne : fabrication des vêtements (tissage, filage, teinture, foulage), de vaisselle (poterie), de bijoux.

Le Temple est le grand "complexe industriel". Prêtres et lévites s'y affairent ; tailleurs de pierre l'entretiennent ; des milliers d'agneaux et de bovins y sont sacrifiés chaque année : les peaux (propriété des prêtres) sont tannées puis transformées et exportées. 0n y utilise des bois précieux, des parfums. L'afflux des pèlerins favorise les commerces d'alimentation, mais aussi celui des "souvenirs", car les pèlerins doivent dépenser sur place le montant de la seconde dîme.

Le commerce intérieur consiste surtout en troc. Pour le commerce extérieur, on importe surtout des produits de luxe : cèdres du Liban, encens, aromates, or, fer et cuivre d'Arabie, épices et tissus des Indes... On exporte des aliments (fruits, huile, vin, poisson), du parfum, des peaux et du bitume de la Mer morte. Ce commerce est l'affaire de gros négociants.

Tout cela fait que la Palestine pourrait être un pays "où coule le lait et le miel", s'il n'y avait pas les impôts et l'inégale répartition des richesses.

Riches et pauvres

Une minorité mène une vie souvent fastueuse. On y trouve le souverain et sa cour, mais aussi l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem, les gros négociants, les chefs des collecteurs d'impôts, les propriétaires fonciers (de Galilée notamment). La classe moyenne est constituée des artisans, des prêtres de village ; les petits fermiers, souvent endettés, sont plus proches des pauvres. Les plus démunis sont les ouvriers et journaliers, les chômeurs, à qui il ne reste souvent que la ressource de mendier, et, bien sûr, les esclaves. Les malades (les maladies de peau, la lèpre) semblent fréquentes), les infirmes vivent d'aumône : celle-ci constitue un devoir religieux important. Il faut mettre à part les voleurs, fort nombreux.

Groupes sociaux

Nous allons présenter successivement les groupes sociaux, religieux, politiques. En fait, il est impossible de les distinguer aussi clairement, car ils se recoupent. A côté des riches, des classes moyennes, des pauvres, on peut isoler quelques catégories particulières.

Le clergé

Il y a un monde entre l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem et le reste du clergé. Au sommet de la hiérarchie se trouve le Grand Prêtre. Responsable de la Loi et du Temple, président du Sanhédrin, seul à pouvoir entrer une fois l'an dans le Saint des saints, il est le chef incontesté du peuple. Nommé autrefois à vie, les rois juifs puis les Romains les nomment et les destituent à leur gré : le grand prêtre en place cherche donc à plaire aux autorités civiles. Par ailleurs, cette charge rapporte énormément : part sur les offrandes, bénéfice sur les ventes d'animaux... Et comme ces grands prêtres appartiennent à quatre familles, on devine leur puissance politique et économique !

Les différents responsables du Temple font également partie de cette aristocratie et, souvent, de ces mêmes familles. Tous ces prêtres sont sadducéens. Les prêtres ruraux sont environ 7000. Très proches du petit peuple, ils en partagent la vie, le métier et la pauvreté. Répartis en 24 sections ou classes, ils exercent leur fonction au Temple, à tour de rôle, pendant une semaine par an ainsi qu'aux trois fêtes de pèlerinage. On tire au son celui qui offrira l'encens et comme il ne pourra être désigné de nouveau avant que tous y soient passés, c'est pratiquement la chance de sa vie. Certains, plus instruits, sont scribes. Beaucoup sont pharisiens.

Les lévites, sorte de bas-clergé ayant perdu tout pouvoir, sont les parents pauvres du clergé. Près de 10000, répartis aussi en 24 sections, ils exercent une semaine par an, au Temple, des fonctions subalternes : préparation des sacrifices, perception des dîmes, musique, police du Temple.

Les anciens

Les anciens sont une sorte d'aristocratie laïque aux contours mal définis. Là encore, il y a une grande différence entre les chefs de village et le petit groupe de riches commerçants ou fermiers qui siège au Sanhédrin de Jérusalem. Ils tiennent à leur pouvoir et sont, pour cela, liés aussi bien aux occupants romains qu'aux grands prêtres, Ils semblent être sadducéens.

Les scribes ou docteurs de la Loi

Ils sont essentiellement les spécialistes de la Loi, reconnus comme tels, au terme de longues études, vers l'âge de 40 ans. Ils ont une grande influence en tant qu'interprètes officiels des Écritures, aussi bien pour la vie courante que devant les tribunaux. Certains sont prêtres, mais la plupart sont laïcs et pharisiens. Véritables maîtres à penser du peuple, ils en partagent souvent la pauvreté. Les plus célèbres, à cette époque, sont Hillel et Shammai (avant notre ère), Gamaliel, maître de Paul, Johannan ben Zakkaï, le chef de l'école de Jamnia après 70, Aqiba, exécuté par les Romains en 135.

Les scribes ont entouré la Loi d'une véritable " haie " de prescriptions. Celles-ci nous apparaissent comme un joug asservissant. En fait, elles pouvaient être un moyen de libération : en étendant ainsi à tout le peuple les règles de pureté primitivement réservées aux prêtres, elles permettent à tous d'être proches de Dieu.

Les publicains

Ces percepteurs ne sont pas les riches fermiers généraux, mais leurs auxiliaires. Juifs, ils collectent les impôts pour le compte de l'occupant romain ; pour cette raison et parce qu'ils ont tendance à majorer les impôts pour leur propre compte, ils sont mal vus et tenus pour pécheurs publics.

Groupes religieux

On désigne habituellement ces groupes du nom de sectes : le mot n'a évidemment aucun caractère péjoratif. Les trois principales sont nées à l'époque des Maccabées.

Les pharisiens

Ils ont mauvaise presse : c'est dommage et injuste. Les pharisiens sont des saints. Ils se sont séparés (c'est le sens du mot des Asmonéens jugés infidèles et ils se séparent du péché. Ils sont avant tout soucieux de la sainteté de Dieu dont ils méditent assidûment la Loi. Parce qu'ils savent qu'il est difficile de vivre sans cesse en présence du Dieu saint, ils s'entourent de tout un réseau de pratiques. Mais ils ne sont pas hypocrites : quand le pharisien de la parabole déclare jeûner deux fois la semaine, donner 10 % de ses biens aux pauvres.., il le fait ! Ils sont les authentiques témoins de la vraie foi et Jésus, qui a reçu d'eux sa formation et sa façon de prier Dieu, se sent proche d'eux. Leur seul tort est de penser qu'ils peuvent s'appuyer sur leur sainteté pour s'approcher de Dieu, qu'ils ont bien gagné le ciel par leurs mérites. Si Jésus s'oppose si durement à eux, c'est peut-être qu'il est déçu de les voir pervertir ainsi leur sainteté et aussi parce qu'ils ont une grande influence sur le petit peuple qui les admire. Cette influence tient plus à leur sainteté qu'à leur nombre : ils ne sont guère que 6000. Certains d'entre eux adopteront envers Jésus et ses disciples une attitude très ouvert. Ce sont eux qui sauveront le judaïsme après 70.

Les sadducéens

Caste aristocratique, surtout sacerdotale, leur doctrine est mal connue. Ils semblent ne reconnaître comme Loi que le Pentateuque et non les Prophètes) ; ils ne croient ni à la résurrection ni aux anges. Opportunistes en politique, ils collaborent volontiers avec l'occupant romain pour maintenir le pouvoir. Ils seront très durs envers Jésus et le christianisme naissant. Ils n'avaient pas assez de vitalité religieuse pour survivre au désastre de 70 et ils disparaissent alors de l'histoire.

Les Esséniens

Sorte de moines vivant en communauté sur le bord de la Mer morte, leur doctrine est mieux connue depuis la découverte, en 1947, des manuscrits de Qumrân. Sous la conduite d'un prêtre qu'ils appellent le Maître de Justice, ils se sont séparés des autres juifs qu'ils jugent trop peu fervents. Ils vivent dans la prière et la méditation des Écritures préparant activement la venue du Règne de Dieu. Leur monastère sera détruit par les Romains en 70.

Les mouvements baptistes

Entre 150 avant Jésus et 300 après, il y eut, en Palestine et en dehors, de nombreux mouvements baptistes. Ils se caractérisent par l'importance donnée au baptême comme rite d'initiation ou de pardon et par une attitude hostile au Temple et aux sacrifices.

Les Nasaréens (différents des Nazoréens) refusent tout sacrifice sanglant. Le mouvement de Jean-Baptiste s'inscrit dans ce courant, mais il n'a rien de sectaire : il est ouvert à tous et ne rejette rien de la foi traditionnelle. Ce mouvement survivre à sa mort, semble-t-il, comme en témoigne le groupe existant à Éphèse vers 54.

Le "peuple de la terre"

C'est par ce terme méprisant que les pharisiens désignent parfois le petit peuple ignorant la Loi incapable donc d'en respecter les multiples prescriptions et, par le fait même, impur.

Les Nazôréens

Une fois, les juifs désignent ainsi les chrétiens. On discute l'origine du mot. Cela marque bien, en tout cas, un fait incontestable : pendant longtemps, les disciples de Jésus apparaissent simplement comme une secte nouvelle au sein du judaïsme.

Les Samaritains

Ceux-ci ne forment pas une secte proprement dite. D'origine très mélangée, les Samaritains se sont séparés du judaïsme officiel. Ils ont le Pentateuque en commun avec les Juifs, mais ont construit leur temple sur le mont Garizim. Les relations sont très tendues entre eux et les Juifs. Le comportement de Jésus à leur égard scandalise ses contemporains. La mission chrétienne se développera d'abord chez eux.

Païens rattachés au judaïsme

Pour le judaïsme, le monde se divise en deux : les juifs (les circoncis) et les païens (ou nations, Gentils, les incirconcis). Mais ces derniers peuvent s'agréger aux premiers. Les prosélytes (d'un verbe grec signifiant s'approcher) sont les païens qui acceptent tout de la Loi juive, la foi mais aussi la circoncision et les autres pratiques. Les craignants-Dieu acceptent la foi juive, mais non la circoncision ; ils restent donc des païens.

Groupes politiques

Face à l'occupant romain, les juifs se divisent entre collaborateurs et résistants. Pour conserver leur pouvoir, riches, haut-clergé collaborent volontiers. Mal connus, les Hérodiens sont sans doute les partisans d'Hérode Antipas ; ils seront hostiles à Jésus.

Le "zèle" pour la Loi, au contraire, provoque les plus religieux à une résistance, pacifique de la part des pharisiens, violente de la part de ceux qu'à partir de 66 on appellera les Zélotes et, pour certains d'entre eux, les sicaires (du nom de leur courte épée, sica, facilement dissimulable sous les vêtements). Ce sont eux les principaux responsables de la révolte qui aboutira au désastre de 70. Avant cela, on a connu plusieurs révoltes avortées, menées par des gens se prétendant "messie". Il est important de se rappeler ce contexte passionnel pour comprendre les différentes attitudes qu'on prendra face à Jésus, messie.

Les institutions

Le Temple

Magnifiquement restauré par Hérode, le Temple se dresse au milieu d'une esplanade de près de 300 sur 500 mètres. C'est le lieu saint de la présence de Dieu, aux approches strictement réglementées. Dans le Saint des saints, chambre vide fermée par le rideau du Temple, où se trouvait autrefois l'arche, seul le Grand Prêtre peut pénétrer, une fois l'an, au jour de Kippour. Puis, autour de l'autel, est un premier parvis réservé aux prêtres. Viennent ensuite le parvis d'Israël (les hommes), le parvis des femmes séparé du parvis des Gentils par une balustrade que nul païen ne peut franchir sous peine de mort.

Sur l'immense autel de 25 m de côté et de 7,50 m de haut, on immole, matin et soir, un agneau en " sacrifice perpétuel " et les innombrables sacrifices privés. Aux jours de fête, les sacrifices se multiplient, prêtres et lévites s'affairent, la foule se presse... L'agneau pascal doit être immolé avent d'être mangé en famille. Aussi, depuis la destruction du Temple en 70, la Pâque juive se célèbre sans agneau.

Centre de la religion, le Temple est aussi le centre politique (c'est là que siège le Sanhédrin} et économique de la nation par toute l'activité qu'il engendre.

La synagogue et le culte

Le mot synagogue désigne d'abord le rassemblement des croyants. Comme notre mot "église", il en est venu à désigner l'édifice où se rassemble la communauté. Plus encore que le Temple, lointain pour beaucoup et où on ne monte (théoriquement) qu'aux fêtes, c'est le lieu où se forgent la foi et la piété du peuple.

Le culte, trois fois par jour, comporte un enseignement : une lecture de la Loi, éclairée par un texte de prophète, suivie de l'homélie. Tout fidèle peut la faire, mais, en fait, elle est réservée aux scribes, pharisiens, qui forment ainsi la foi commune selon leur doctrine. La prière, outre la récitation de psaumes, consiste essentiellement en trois grandes bénédictions qui encadrent la récitation du Shema, résumé de la foi d'Israël. Elle se termine par les Dix-huit bénédictions pour les merveilles de Dieu envers son peuple.

Les fêtes

Les trois fêtes de pèlerinage sont particulièrement importantes ; rassemblant le peuple autour du Temple, elles renforcent la foi commune.

La fête de Pâque célèbre la libération lors de l'Exode. Près de 200000 pèlerins viennent à Jérusalem pour cette occasion. Dans l'après-midi du 14 Nisan, on égorge au Temple les agneaux qui sont mangés en famille après le coucher du soleil. La fête se prolonge pendant huit jours. L'effervescence est alors si grande que l'autorité romaine craint les émeutes et le procurateur, qui réside habituellement à Césarée, monte, lui aussi, à Jérusalem.

La Pentecôte, cinquante jours plus tard, primitivement fête de la moisson ou des semaines, était devenue, dès le début de notre ère, la célébration du don de la Loi au Sinaï, fête de l'Alliance et du renouvellement de l'Alliance (un peu comme le chrétien renouvelle son baptême dans la nuit pascale).

La fête des tentes est la plus spectaculaire. Pour rappeler le séjour au désert, chaque famille se construit une hutte de branchages aux abords de la ville (sur son balcon ou dans la salle de séjour aujourd'hui). Certains rites étaient très populaires comme la procession des prêtres à la fontaine de Siloé, accompagnés du peuple portant des palmes et l'allumage des quatre chandeliers illuminant la ville entière.

Le Yom Kippour ou Jour du pardon est une fête de pénitence. Seule fois dans l'année, le Grand Prêtre entre dans le Saint des saints pour offrir en expiation le sang de victimes. Cette fête est préparée par Rosh ha Shana ou Nouvel an. La fête de la Dédicace ou Hanoukka célèbre la purification du Temple en 164 avant Jésus par Judas Maccabée. Les Pourim ou les sorts commémorent le salut du peuple obtenu par Esther ; cette fête est devenue l'équivalent du "carnaval".

Le sabbat

Le sabbat est, avec la circoncision, la pratique la plus sacrée. Le repos strict, aux rares activités permises minutieusement codifiées, devait permettre à l'homme de se reposer et de louer Dieu. Il avait pu devenir un joug insupportable.

Le Sanhédrin

Le grand Sanhédrin de Jérusalem (d'un mot grec signifiant siéger ensemble) est composé de 71 membres : anciens et grands prêtres (sadducéens) et quelques scribes (pharisiens). Le Grand Prêtre le préside. Institué sans doute un siècle avant Jésus, il siège dans le Temple, deux fois par semaine. Il a un pouvoir politique : il vote les lois. a une police propre, peut condamner à mort, mais, au temps du Christ, il ne peut plus exécuter la sentence. C'est la cour suprême religieuse qui fixe la doctrine, établir le calendrier liturgique, règle la vie religieuse. Il cesse d'exister en 70 comme pouvoir politique. En tant que pouvoir religieux, il renaît à Jamnia. Dans tous le pays. il y a de petits sanhédrins composés de 23 membres

Jésus est bien enraciné dans un pays, dans une histoire, dans des traditions religieuses et culturelles. En période de Noël, les chrétiens se souviennent plus spécialement de la naissance et de l'enfance de Jésus. Nous chercherons à mieux connaître la vie de cet homme Jésus. . .

- Vous trouverez ci-après un texte de Jacques LACOURT, intitulé : Jésus, homme libre, qui fait apparaître Jésus comme étant véritablement libre parmi son peuple. Jésus a surmonté les différentes contraintes qui pouvaient lui être imposées par les traditions de son peuple.

D'après le texte de Roger GARAUDY, Jésus, par sa naissance, est venu bouleverser l'ordre établi, aussi bien dans Je monde religieux que dans le domaine des relations entre les hommes. Sa naissance ne s'inscrit pas dans l'ordre naturel. Jésus n'apporte pas de somnifère, il apporte la subversion. Quel est l'ordre le plus remis en question par sa naissance et par sa vie ? Ce texte de GARAUDY est une tentative de réponse â la question qui était posée par le Père CARRE (o.p.) : "Que dites-vous de Jésus-Christ ?"...

Jésus, homme libre

Jésus se révèle comme un homme libre, c'est-à-dire vivant selon ses convictions intimes, ne se laissant déterminer ni par les personnes, ni par les traditions familiales, sociales ou religieuses. Non seulement son attitude est libre, mais elle est libérante, respectueuse de la liberté d'autrui. Il propose, mais n'impose pas : " Si tu veux... ".

Prêchant le règne de Dieu, qui est nouveauté de vie, il aurait pu choisir la capitale, Jérusalem, comme centre de son action, et commencer son oeuvre par l'évangélisation des autorités religieuses avant d'atteindre la masse. Il choisit de s'adresser d'abord au peuple galiléen, sachant très bien que les experts en Écritures, indisposés, ne manqueront pas de lui objecter : " Il ne se lève pas de prophète en Galilée ".

Cette liberté souveraine, Jésus la prend à l'égard de sa famille, Celle-ci, sans doute ses cousins et cousines, et même sa propre mère, entreprend des démarches pour mettre un terme à son activité débutante, sous prétexte qu'il a perdu la tête. La volonté familiale avait dans la société juive une force contraignante. Mais Jésus a conscience d'avoir un projet à réaliser et rien ni personne n'est capable de l'arrêter. Les exigences du royaume de Dieu dépassent les liens les plus sacrés. Pour être son disciple, il faut lui préférer père, mère, et jusqu'à sa propre vie. Dans le royaume nouveau qu'il annonce sa nouvelle famille sera les croyants ; sa mère et ses frères sont désormais ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent.

Il ne se laisse pas influencer par son milieu d'origine. Venant un jour chez lui, Nazareth, il refuse d'y accomplir une guérison : " nul n'est prophète en son pays ", fait-il observer. Il eût pu se tailler un succès facile, lui, le fis]s du charpentier. Par un acte de puissance. Ses compatriotes, furieux, tentent de le précipiter du haut d'un escarpement. Mais il réussit à leur échapper.

Il manifeste encore cette liberté dans le choix de ses disciples. Jamais on ne lui pardonnera d'avoir choisi des gens très simples, sans culture humaine ni prestige, des bateliers, des paysans. Voilà les futurs chefs de Église, ceux qui sont appelés à faire basculer l'Empire romain, idolâtre, malgré la puissance de ses armées, le renom de ses philosophes, l'éclat de ses écrivains. Pris dans la classe des pauvres. Les disciples du charpentier de Nazareth ne faisaient humainement pas " le poids " par rapport aux puissants de l'époque !

Jésus prend position contre toutes les ségrégations raciales ou nationales, idéologiques ou partisanes et plus encore contre la ségrégation par l'argent. Il fréquente les pauvres, il béatifie les pauvres. Quant à l'enfance, pour qui la société juive n'avait aucune considération, Jésus la choisit comme symbole des dispositions morales nécessaires pour devenir disciple. Le royaume des cieux appartient à qui lui ressemble ; accueillir un enfant en son nom, c'est accueillir Dieu lui-même. Dans le contexte du temps, Jésus, en s'intéressant aux enfants, les bénissant, les embrassant, en les citant comme modèles, ne commet pas seulement un geste considéré comme déplacé, une incongruité, il pose un acte révolutionnaire.

Il en est de même pour le Samaritain : ennemi de race, Jésus en fait un exemple d'amour fraternel, au risque de scandaliser son auditoire. Il fréquente aussi des gens peu recommandables au regard de l'opinion courante. Les publicains, par exemple, ces collecteurs d'impôts au service de l'occupant, étaient honnis par la population, considérés comme collaborateurs d'abord, puisqu'ils achetaient leur charge aux autorités d'occupation, comme voleurs ensuite, car ils prélevaient parfois pour eux-mêmes une partie des sommes ramassées. Ils étaient classés dans la catégorie des pécheurs, des gens à ne pas fréquenter, puisqu'ils étaient au service des païens. Jésus les accueille, mange avec eux, descend, à Jéricho, dans la maison de l'un d'entre eux, Zachée, à la surprise générale. Il a même l'audace d'en choisir un dans son groupe, Lévi, le futur Matthieu. Décidément, Ieschoua ne se comporte pas comme il convient.

D'autant qu'il fréquente aussi des pécheresses, des femmes légères, les prostituées. Il se laisse essuyer les pieds par l'une d'elles, alors que, selon la loi juive, le seul contact d'un être impur entraînait une souillure. Pour lui, il n'est de souillure que celle qui vient du coeur. Il annonce même aux Pharisiens, imbus de leur vertu que les prostituées et les publicains les précéderaient dans le royaume des cieux ! Il refuse de jeter la pierre à la femme surprise en flagrant délit d'adultère. Loin de l'humilier, il lui redonne sa dignité. Jésus respecte toute femme qu'elle qu'ait été sa vie.

La femme dans la société du temps était pourtant victime d'une certaine ségrégation. Elle était loin d'être l'égalité de l'homme. Là encore Jésus va à l'encontre des idées reçues. Sait-on qu'il était formellement déconseillé par les rabbis d'adresser en public la parole à une personne du sexe, fût-ce sa propre épouse, à cause du quand dira-t-on ? Jésus manifestera une audace particulière en conversant en tête à tête avec une femme, au bord du puits de Jacob, une femme aux moeurs faciles, une Samaritaine de surcroît ! " Les disciples étaient stupéfaits que Jésus parlât avec une femme... " (Jn 4, 27). Jésus ne fréquente pas que des " pécheresses ". C'est un groupe de femmes, riches et dévouées, qui subviendra aux besoins matériels du petit groupe des apôtres. (Luc, 8, 2-3).

Une telle liberté de Jésus dans ses relations féminines, une telle absence de convoitise donne tout son poids à l'éloge qu'il fait de la " chasteté pour le Royaume des Cieux ". Chasteté dont la source n'est pas, chez lui, la sécheresse du coeur mais un amour accordé à tous et à toutes, et dont il dévoilera progressivement le secret.

Jésus renverse donc par sa vie et son enseignement toutes les barrières que les hommes dressent entre eux. Il manifeste aussi sa liberté envers le pouvoir politique. Non pour en contester la légitimité, mais pour faire reconnaître sa fragilité et ses limites. Tout pouvoir vient d'en haut. C'est ce qu'il dit au représentant du pouvoir romain lui-même, Ponce-Pilate.

Il ne craint aucun puissant de ce monde. Apprend-il qu'Hérode veut le faire mourir. Ieschoua répond; " Allez dire à ce renard... ", ce qui signifie, dans le contexte, un homme sans importance, qui n'a même pas la force d'un lion (Luc 1 3, 32).

Il n'entre pas dans les calculs politiques ni dans les compromissions, ne se laisse pas enfermer dans les vues nationalistes des résistants zélotes. Il refusera de jouer le rôle politique de libérateur du territoire que la foule attendait, après l'accueil triomphal à Jérusalem. Jésus ira jusqu'à décevoir sur ce point le petit peuple qui, après l'avoir acclamé, l'abandonnera finalement à son sort tragique.

La liberté de Jésus a impressionné ses contemporains. Le plus bel éloge que nous possédions sur lui vient de ses ennemis mêmes, les Pharisiens : " Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens " (Mt 22, 16).

Cette liberté est en relation avec la conscience qu'a Jésus de sa vocation : établir le Règne de Dieu, et rien ne peut arrêter sa détermination. Le prophète galiléen est un passionné de Dieu et des hommes.

Il est tendu vers sa mission dans une grande liberté vis-à-vis des institutions humaines et des pouvoirs établis, mais dans une parfaite soumission à une volonté supérieure celle du " Père ", qui est sa nourriture, sa joie, sa raison d'être. Le bon plaisir divin est le but de sa vie, la seule volonté capable de faire fléchir sa volonté.

J'appelle un homme libre, dit Malraux, celui qui est capable de se soumettre à quelque chose en lui qui le dépasse.

Jésus est bien la personnalité la plus réussie, le prototype de l'homme, le sommet de l'humain. Il en possède toutes les qualités. Les plus grands philosophes, savants, artistes, saints, ont eu leur côté imparfait, voire sordide, à un moment de leur vie Ieschoua possède une perfection morale inégalée. Il a lancé un jour à ses adversaires un défi qui n'a jamais été relevé : Qui de vous me convaincra de péché ? De quelle source profonde jaillit cet être mystérieux ? Qu'est-ce qui constitue l'unité de sa personnalité ? Jésus est-il plus que ce que révèle de lui son visage ? De la réponse à cette interrogation dépend le sens de toute vie d'homme.

Un brasier a été allumé

Environ sous le règne de Tibère, nul ne sait exactement où ni quand, un personnage dont on ignore le nom a ouvert une brèche à l'horizon des hommes. Ce n'était sans doute ni un philosophe ni un tribun, mais il a dû vivre de telle manière que toute sa vie signifiait : chacun de nous peut, à chaque instant, commencer un nouvel avenir.

Des dizaines, des centaines peut-être, de conteurs populaires ont chanté cette bonne nouvelle.

Nous en connaissons trois ou quatre. Le choc qu'ils avaient reçu, ils l'ont exprimé avec les images des simples gens, des humiliés, des offensés, des meurtris, quand ils rêvent que tout est devenu possible : l'aveugle qui se met à voir, le paralytique à marcher, les affamés du désert qui reçoivent du pain, la prostituée qui se réveille une femme, cet enfant mort qui recommence à vivre.

Pour crier jusqu'au bout la bonne nouvelle, il fallait que lui-même, par sa résurrection, annonce que toutes les limites ont été vaincues, même la limite suprême : la mort.

Tel ou tel érudit peut contester chaque fait de cette existence, mais cela ne change rien à cette certitude qui change la vie. Un brasier a été allumé. Il prouve l'étincelle ou la flambée première qui lui a donné naissance.

Ce brasier, ce fut d'abord une levée de gueux sans quoi, de Néron à Dioclétien, l'establishment ne les aurait pas frappés si fort. Chez cet homme l'amour devait être militant, subversif, sans quoi, lui le premier n'aurait pas été crucifié.

Toutes les sagesses, jusque-là, méditaient sur le destin, sur la nécessité confondue avec la raison. Il a montré leur folie, Lui, le contraire du destin. Lui, la liberté, la création, la vie. Lui qui a défatalisé l'histoire.

Il accomplissait les promesses des héros et des martyrs du grand éveil de la liberté. Pas seulement les espérances d'Isaïe ou les colères d'Ezéchiel. Prométhée était désenchaîné, Antigone désemmurée. Ces chaînes et ces murs, images mythiques du destin, tombent devant lui en poussière. Tous les dieux étaient morts et l'homme commençait. C'était comme une nouvelle naissance de l'homme.

Je regarde cette croix, qui en est le symbole, et je rêve à tous ceux qui ont élargi la brèche : de Jean de la Croix qui nous apprend, à force de n'avoir rien, à découvrir le tout, à Karl Marx qui nous a montré comment on peut changer le monde, à Van Gogh, et à tous ceux qui nous ont fait prendre conscience que l'homme est trop grand pour se suffire à lui-même.

Vous, les receleurs de la grande espérance que nous a volée Constantin, rendez-le nous. Sa vie et sa mort sont à nous aussi, à tous ceux pour qui elle a un sens. A nous tous qui avons appris de lui que l'homme est créé créateur.

Pouvoir de créer, attribut divin de l'homme, elle est là, mon hostie de présence réelle chaque fois que quelque chose de neuf est en train de naître pour agrandir la forme humaine, dans le plus fol amour ou dans la découverte scientifique dans le poème ou la révolution.

Roger Garaudy