Lao-Tseu ou le Tao-To-King

 

Dans ses nombreuses pérégrinations, Confucius rencontra de nombreuses personnes, qui, bien qu'informées de la doctrine qu'il professait, ne la condamnaient pas moins, dédaignant tout l'effort de prosélytisme déployé pour faire connaître l'enseignement de Confucius lui-même. Pour de nombreux individus de son époque, l'important dans l'existence était d'arriver à faire son salut personnel, en se tenant à l'écart de toute la vie publique, qui ne pouvait rien apporter de bon ni dans l'existence individuelle, ni dans l'existence collective d'une société quelconque. Il arrivait cependant que certains de ces personnages, désireux pourtant d'assurer leur propre salut, se risquaient à faire école et à regrouper autour d'eux de petits cénacles de disciples qu'ils entretenaient eux-mêmes de leur enseignement personnel. Les premiers livres taoïstes ont certainement dû voir leur origine dans ces petits cercles privés de penseurs qui refusaient toutes les compromissions de ce monde et qui voulaient se détourner complètement de toutes les turpitudes de la vie en société. Leurs auteurs se retiraient de toutes les sociétés urbaines et préféraient mener leur vie totalement à l'écart, soit en montagne, soit en pleine brousse...

Il va sans dire que l'histoire n'a guère retenu les noms des illustres fondateurs de toutes ces écoles isolées, alors que l'école de Confucius, qui cherchait à sauver la civilisation traditionnelle tout en lui assurant des principes moraux des plus fondamentaux, se trouva à l'origine d'un vaste mouvement qui finit par imposer le confucianisme comme l'authentique dépositaire de la civilisation chinoise antique.

A l'exemple de l'école de Confucius donc, de nombreuses écoles virent ainsi le jour. Parmi cel1es-ci, il convient de citer celle du philosophe Mo Ti, dans la seconde moitié du cinquième siècle : Mo Ti était résolument anti-confucéen, reprochant au maître aussi bien les rites qu'il voulait maintenir que l'emploi de la musique... préférant exalter les vertus héroïques et la justice, dans une doctrine de l'amour universel ; cependant, il manquait à ce philosophe une dimension spirituelle qui aurait pu éviter à. sa théorie de tomber dans l'utilitarisme... Des légistes firent aussi école, voulant assurer le bon fonctionnement des sociétés humaines, en légiférant et en appliquant, au besoin par la violence, strictement les lois qu'ils édictaient... Il y eut aussi des politiciens, des stratèges, des diplomates Mais il y eut surtout les taoïstes, dont Lao-Tseu passe pour être le grand maître, le grand initiateur. Et l'influence exercée par le taoïsme devait rester vivante, notamment dans la vie spirituelle des individus, alors que le confucianisme se maintenait comme la doctrine de l'état et de la civilisation.

Actuellement, l'aspect religieux développé par la communauté taoïste semble se réduire à un mélange de magie et de superstition, méprisé par les intellectuels chinois et méconnu par les occidentaux. Cette vision très superficielle ne rend cas compte évidemment de l'extrême complexité du taoïsme qui, sous des aspects déconcertants, renvoie sans cesse à la recherche et à la spéculation philosophique. Certaines sectes sont très proches des cultes populaires et se présentent facilement sous une forme superstitieuse : mais, par là même, elles s'enracinent profondément dans la tradition antique : le tao avait des attaches populaires, accessibles à ceux qui n'étaient pas des lettrés, parmi la société féodale chinoise. C'est dans la rivalité avec la puissance intellectuelle que s'est inaugurée une nouvelle forme de pensée religieuse, reprenant les éléments principaux des cultes paysans de l'époque.

Lao-Tseu, un dieu sauveur

Les taoïstes considèrent généralement Lao-Tseu comme le fondateur de leur religion, méconnaissant quelque peu les recherches historiques des savants. Pour ces derniers l'origine de ce mouvement religieux ne remonterait qu'aux mouvements sectaires du deuxième siècle, lesquels prenaient appui sur des éléments de piété et de mystique répandus depuis très longtemps dans le peuple. Quoi qu'il en soit, Lao-Tseu, personnage historique ou personnage mythique, a été rapidement transformé en un dieu sauveur pour tous ceux qui mettaient leur confiance dans la doctrine qui lui était attribuée.

Avec Confucius, il apparaît que Lao-Tseu a été le personnage le plus illustre de l'ensemble de l'antiquité en Chine, un de ceux qui est également le mieux connu dans les ouvrages de la pensée occidentale.

Pour l'historien, ce Lao-Tseu apparaît comme une énigme, à. tel point qu'un historien chinois du premier siècle avant l'ère chrétienne notait déjà que l'on ne savait rien de certain sur ce personnage, tout en livrant à son propos certains témoignages, lesquels se présentent parfois comme contradictoires. Même son nom rend perplexe : il ne saurait être question qu'il s'appelât Lao, ce nom signifiant vieux, ou vénérable et se présentant toujours comme un surnom attribué à des sages anciens : la vieillesse apparaît souvent comme le signe même d'une très grande sagesse. Toujours, selon cette source historique au premier siècle, son nom de famille était Li, son prénom Eul, son appellation Tan. Ce prénom et cette appellation soulignent également une idée de longévité ou de sagesse, Eul signifiant oreilles et Tan longues oreilles, les vieux sages sont toujours représentés avec de longues oreilles. Une légende rapporte qu'il serait né avec les cheveux blancs d'un vieillard, après avoir passé quatre-vingt ans dans les entrailles maternelles : nouvelle preuve de sagesse remarquable, et très prématurée.

Cette même légende rapporte d'ailleurs qu'il aurait vécu plus de cent soixante ans, et même peut être plus de deux cents ans... D'où le nom sous lequel il est universellement connu : Lao Tseu, ou le vieux maître. Il aurait été archiviste à la cour des Tcheou. Il aurait également rencontré Confucius, alors que celui-ci se rendait chez les Tcheou. Confucius venait s'informer auprès de lui du rituel, alors Lao-Tseu lui répondit :

Ceux dont tu parles, même leurs ossements sont tombés en poussière, il ne reste plus d'eux que leurs propos. De plus, lorsque l'honnête homme vit à une époque favorable, il se hâte vers la Cour en char : et quand il vit à une époque défavorable, il erre à l'aventure. J'ai entendu dire que le bon marchand cache ses richesses et semble démuni. S'il a une plénitude de vertu intérieure, l'homme supérieur a l'apparence d'un sot. Élimine ton humeur arrogante, et tous ces désirs, cet air suffisant et ce zèle débordant. Tout cela n'est d'aucun profit pour ta personne. C'est tout ce que je puis te dire.

En sortant de cette entrevue, Confucius aurait confié à ses disciples :

De l'oiseau, je sais qu'il peut voler : du poisson, je sais qu'il peut nager ; des quadrupèdes, je sais qu'ils peuvent courir. Les bêtes qui courent peuvent être prises au filet ; celles qui nagent peuvent être prises à la nasse ; celles qui volent peuvent être atteintes par la flèche ; mais le dragon, je ne puis le connaître : il s'élève au ciel sur la nuée et sur le vent. J'ai vu aujourd'hui Lao-Tseu, il est comme le dragon.

Plus tard, ayant constaté la décadence de la maison royale qu'il servait comme archiviste et comme astrologue, il serait parti vers l'ouest. Pour ce voyage, il aurait dû traverser le col de Hien-Kou, dont le gardien, nommé Yin Hi ou Kouan Yin, le reconnut et le supplia de demeurer pendant toute une année chez lui et d'écrire un livre résumant sa doctrine. Ce gardien de la passe est devenu lui aussi un personnage de légende, puisque c'est sur ses instances que le Vieux Maître aurait écrit son livre, le Tao-Tö King, en cinq mille idéogrammes, répartis sur deux sections, l'une exposant sa pensée sur le Tao, l'autre sur le Tö, sur la vertu du Tao. Ce livre était d'abord appelé le Lao-Tseu ; ce n'est qu'au premier siècle de l'ère chrétienne qu'il reçut le nom de Tao-tö King, le livre du Tao et du Tö. Mais, de l'avis des spécialistes, il ne peut guère remonter au sixième siècle avant l'ère chrétienne, il a dû être constitué au troisième siècle, en utilisant des éléments plus ou moins anciens. Ainsi, l'authenticité du livre est elle-même mise en doute par les spécialistes.

Après s'être laissé fléchir par le gardien de la passe, Lao Tseu serait parti vers 1'0uest, chez les barbares. Il continua ainsi sa route et disparut à tout jamais. Mais, de tout cela, selon l'historien chinois du premier siècle, personne ne peut dire si cela est vrai ou faux. Conformément à l'idéologie qui est véhiculée par son livre, Lao-Tseu aurait toujours vécu comme un sage caché.

Le Tao-Tö King

Le Lao-Tseu ou livre du Tao et du Tö se présente comme un petit recueil de pensées, souvent ésotériques, qui donnent lieu à de très nombreuses interprétations variées, ou encore comme une sorte de bréviaire offrant aux adeptes du taoïsme des thèmes de réflexion et de méditation. Le livre en lui-même, qui était jadis désigné comme le livre aux cinq mille idéogrammes, aux cinq mille caractères, en comporte actuellement un peu plus, et le nombre varie d'ailleurs selon les éditions. Depuis ses origines, il est divisé en deux parties, la première couvrant trente-sept chapitres, et la seconde quarante-quatre. Le terme de King, qui a été attribué au titre de l'ouvrage, indique que ce livre se veut être une règle directrice dans l'enseignement taoïste.

Dans leurs querelles avec les bouddhistes, les taoïstes useront largement de la légende selon laquelle le Vieux Maître avait franchi le col de la montagne séparant la Chine des pays limitrophes de l'Ouest, c'est-à-dire séparant symboliquement la culture de la nature : le Bouddha ne serait personne d'autre que Lao-Tseu parti vers l'ouest convertir à sa doctrine de nouveaux peuples.

Dès les premières lignes du premier chapitre de cet ouvrage, Lao-Tseu s'appuie sur des taos existants, non pas pour les nier en bloc, non pas pour les rejeter, mais pour s'élever au-dessus d'eux, en recherchant un Tao universel, absolu, éternel. Mais il conviendrait de définir, autant que faire se peut, le tao : étymologiquement, selon l'idéogramme même de ce mot, le tao est un chemin, une voie, ce qui permet la communication entre les différentes parties du monde, ce qui permet à tous les éléments de ce monde de s'organiser selon l'ordre. C'est ainsi que le tao prend également le sens de l'organisation intellectuelle, de l'enseignement, grâce à quoi peut se faire toute communication intellectuelle. Du sens de chemin droit, de voie droite, les significations de ce terme ont dérivé progressivement, au point de devenir une marche à suivre, une méthode de vie, un chemin de vertu, une règle de conduite, avant de se transformer en ce qui donne le pouvoir efficace : la cause première, l'intelligence directrice du monde. Ainsi, d'un aspect proprement empirique, le tao est passé à un concept métaphysique qui permettra, par exemple, d'expliquer les origines du monde. Il n'est plus simplement ce qui permet de suivre la voie de la vertu, il est aussi un principe d'ordre universel, la réalité originelle de l'ensemble du monde. Puis, ce pouvoir du tao s'exerce par son Tö, par son efficacité, par sa vertu même, et finalement par son pouvoir magique. Pour faire bref, tao et tö constituent les deux aspects d'une même réalité, selon qu'il s'agit de l'aspect le plus fondamental, le plus essentiel ou qu'il s'agit de l'aspect le plus existentiel, le plus réalisateur dans la pratique. Finalement, la traduction même du titre Livre du Tao-Tö King pourrait se faire de la manière suivante : Livre de la Voie et de sa Vertu.

La voie qu'il s'agit surtout de découvrir, c'est le chemin de l'invisible, de ce qui est innommable, par-delà même tout ce qui peut être perçu par les sens, par-delà ce qui peut être nommé ; il s'agit de découvrir la présence de l'innommable et de l'invisible, qui garantit la réalité effective de tout ce qui est nommé et perçu.

Le Tao est l'entité primordiale et éternelle, antérieure aux choses visibles comme aux réalités invisibles également, comme les divinités supérieures aux hommes. Inaccessible aux sens, il n'est pas perceptible. Invisible, il est pourtant la réalité fondamentale de l'univers : Tous les êtres du monde naissent du visible : mais, le visible, lui, naît de l'invisible. Innommable, il est donc innommé.

Et c'est d'ailleurs par cet aspect de la non-connaissance que s'ouvre l'ouvrage attribué à Lao-Tseu :

Un tao dont on peut parler n'est pas le Tao éternel, un nom qui sert à nommer n'est pas le Nom éternel Ce qui est sans nom est l'origine du ciel et de la terre, ce qui porte un nom est l'origine des dix mille êtres.

A l'état permanent de non-désir, on contemple ses mystères, à l'état permanent de désir, on contemple sa surface.

Ces deux modes ont le même principe, mais leurs noms diffèrent.

Ensemble, ils constituent l'obscur, et le plus obscur dans cette obscurité est la porte de tous les mystères.

L'aspect primordial du tao se caractérise par le néant, non pas le vide d'être, mais l'opposition à la matière sensible, qui est immédiatement perceptible par les sens. Le Tao est plein de possibles, et il est efficace dans ses potentialités. Pour illustrer cette affirmation théorique, les exemples ne manquent pas. Un vase quelconque n'est qu'un vide, mais c'est ce vide qui est aussitôt réceptacle. L'exemple le plus probant apparaît comme celui de la matrice, ce vide qui est susceptible de donner naissance à l'homme. De la sorte, le Tao est comparable à une mère, à une femelle mystérieuse, parce qu'il est source de toute vie. Le Tao innommé donne naissance à l'Un, qui est aussi le sans Nom, et qui donne naissance aux Deux, au ciel et à la terre. En tant que producteur de l'univers, le Tao est un principe féminin, mère du monde, qui fait naître l'ensemble des êtres qui peuplent l'univers, et par son Tö, par sa vertu nourricière efficace, il entretient ces êtres pour les faire parvenir à leur pleine maturité. Mais pour accomplir cette naissance de ces êtres, la collaboration de deux principes sexués se trouve exigée : le ciel et la terre seront ces intervenants nécessaires, et ils sont souvent désignés sous les noms des deux grands principes du Yin et du Yang. Dans un chapitre du Tao-Tö King, l'explication des origines du monde se trouvé exprimée de la façon suivante :

Tao donna naissance à l'Un,

l'Un donna naissance à Deux,

Deux donna naissance à Trois,

Trois donna naissance aux dix mille êtres.

Il est sans doute étonnant de constater que le Tao donne naissance à l'Un, car finalement cet Un, qui représente l'unité et la totalité, n'est-ce pas le Tao lui-même ; mais il est vraisemblable que l'auteur ait voulu manifester que toute action du Tao, que toute l'action même du Tao commence par une oeuvre d'unité. Et comme l'unité en elle-même ne peut pas donner la vie, elle est subdivisée immédiatement dans les deux grands principes du Yin et du Yang, grâce à l'union desquels naîtront les dix mille êtres, car le Trois qui est ici mentionné, c'est précisément l'union harmonieuse des Deux. Les spéculations les plus diverses peuvent toujours être faites à propos des réalisations de ce monde : l'idée qui est affirmée avec force, c'est que le Tao est source ultime de toute vie. C'est dans ce sens également que la Vertu même du Tao, qui est désignée sous le nom de Tö, est identifiée à la vertu nourricière de la terre, notamment dans ce texte tiré du Tao-Tö King :

L'esprit de la vallée ne meurt pas,

c'est la femelle mystérieuse.

La porte de la femelle mystérieuse,

c'est la racine de l'univers.

Puisque toute vie provient du vide, le salut, c'est-à-dire la vie éternelle, est un retour è ce vide originel, un retour à. cette Mère mystérieuse. Il s'agit, pour le fidèle de cultiver cette vertu purement féminine de la vacuité pure, du vide mental total. Bien qu'il soit invisible, insensible, le Tao est partout présent, et, Lao-Tseu affirme qu'il est possible de le découvrir déjà dans l'expérience quotidienne. Outre l'exemple du vase et de la matrice susceptibles de devenir des contenants, il donne d'autres modes qui indiquent la présence du Tao dans l'ensemble de l'univers, sous des formes paraboliques. C'est d'abord l'exemple du soufflet :

L'intervalle entre ciel et terre

ressemble à un soufflet.

Vidé, il n'est pas aplati,

activé, il ne demande qu'à souffler.

Le vide du soufflet signifie l'absolue dépossession du Tao innommable et éternel, ce qui le rend capable d'être à l'origine de tout et de remplir à la perfection son rôle de souffle de vie pour tous les êtres qui peuplent l'univers. Un autre exemple est fourni par la roue, dont le vide entre les rayons permet le mouvement :

Les trente rayons d'une roue

se réunissent en un seul moyeu.

Et là où il n'y a que vide

réside l'efficacité, l'utilité de la roue.

Le Vide du Tao est aussi efficace que le vide du vase, du soufflet ou de la roue : ce vide est un réceptacle de toutes les possibilités qui sont offertes à l'activité humaine.

L'absence même devient le signe de la présence, et celle-ci est tellement évidente qu'il devient impossible de découvrir l'absence même en dehors de la présence : sans le vide, les dix mille êtres ne pourraient pas naître, ne pourraient pas circuler librement, et pourtant ce vide est imperceptible. L'esprit même du taoïste doit se libérer complètement de toutes ses attaches dans le monde, de ses passions, de ses désirs, de ses plaisirs, pour se laisser habiter par le Tao, comme par toutes les puissances spirituelles, par le Ciel et la Terre. Il doit découvrir que lui-même vient ainsi du Tao et qu'il y retourne, qu'il est absolument dépendant de lui, de qui il tient sa forme et son existence : tous les êtres viennent du Tao comme les enfants viennent d'une mère. Mais la comparaison de la Mère Mystérieuse va beaucoup plus loin : tous les enfants du Tao sont appelés à retourner dans son sein :

Tous ces êtres qui foisonnent,

chacun fait retour à sa racine.

De retour à sa racine, il est calme :

calme, il est revenu à sa condition originelle.

Revenir à la condition originelle est la loi commune.

Connaître la loi commune, c'est être éclairé.

La méconnaître, c'est s'agiter vainement,

c'est s'attirer le malheur.

La connaissance de la loi commune est compréhension.

La compréhension conduit à l'impartiale universalité.

L'impartiale universalité est la perfection.

Celui qui est parfait est semblable au Ciel.

Celui qui est semblable au Ciel peut s'identifier au Tao.

Identifié au Tao, il peut durer,

et, jusqu'à la fin de ses jours, il ne craint pas les périls.

Cette loi du retour permet à tous les êtres qui subsistent dans le monde d'établir avec leur origine un lien et un rapport permanents. L'origine de tout, comme la fin de tout se trouve dans le Tao, et celui-ci finalement se présente comme le mouvement même. C'est grâce à ce mouvement qu'il y a de la vie et que les êtres eux-mêmes peuvent exister dans ce monde. Se conformer au rythme même de l'univers devient le principe fondamental de la sagesse taoïste : le sage est celui qui est capable de reproduire en lui-même le grand mouvement de l'univers, celui qui est capable de se saisir sans cesse dans le mouvement même qui lui indique qu'il est issu du Tao et qu'il y retourne. Mais, ce faisant, il doit aussi savoir échapper à tous les pièges de l'agitation mondaine : il doit dépasser l'activisme, comme il doit surmonter le verbiage, il doit échapper à toute détermination, qu'elle vienne de l'action ou qu'elle vienne de la simple parole, pour atteindre la vertu essentielle du Tao pour atteindre le Tao lui-même. Et cela ne lui est possible qu'en suivant la doctrine proposée par Lao-Tseu, par le Maître Vénérable, et qui s'identifie à une pure mystique qui permet à l'homme d'accéder à sa véritable détermination qui est d'être un homme spirituel , un véritable saint, en suivant la technique proposée également par le Tao-Tö King.